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Quel réel bilan énergétique et environnemental quand vos ados écolos imposent leurs exigences à la maison ?
©FREDERIC J. BROWN / AFP

"J’ai trois Greta Thunberg à domicile"

Quel réel bilan énergétique et environnemental quand vos ados écolos imposent leurs exigences à la maison ?

A l'heure de la médiatisation permanente du changement climatique, de plus en plus d'adolescents prennent la figure de Greta Thunberg en exemple, et imposent un mode de vie écologique radical au sein de leurs foyers.

Bruno Durieux

Bruno Durieux

Conseiller au cabinet de Raymond Barre (1976-1981), ancien député (1986-1994), ancien ministre (Santé, 1990-1992 ; Commerce extérieur, 1992-1993), Bruno Durieux est maire de Grignan dans la Drôme. Il est notamment l'auteur de "Contre l'écologisme, Pour une croissance au service de l'environnement", publié aux éditions de Fallois. 

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Atlantico.fr : Parmi les listes de comportements imposés aux familles, y en a-t-il certaines particulièrement contre-productives ?

Bruno Durieux : Les gestes que les adolescents imposent à leur famille ont été prescrits solennellement par Nicolas Hulot lors de « L’émission pour la Terre » de France 2, au mois d’octobre dernier. Notre Moïse national a brandi pour 3,5 millions de fidèles le Décalogue écologiste : dix commandements qui vont du manger local, du manger de saison et du végétarien à l’abandon de la voiture et de l’avion, en passant par les fleurs de son balcon pour les abeilles, la gourde plutôt que le plastique et la réduction de ses achats de chemises (en coton), sans oublier la baisse du chauffage.

Rien de cela n’est contre-productif. C’est ce que font spontanément, depuis toujours, les personnes soucieuses de ne pas gaspiller leur argent. C’est évidemment totalement insignifiant pour la planète. Ce pourrait même paraître légèrement ridicule tant c’est banal. En fait, du point de vue de nos Prophètes de l’apocalypse écologique, c’est indispensable : ils conditionnent ainsi les esprits à la pratique et au rituel de la religion qu’ils veulent imposer ; la question ici est moins l’utilité du comportement que la vertu par l’exemple.

Le fait nouveau est qu’alors qu’autrefois c’étaient les parents qui envoyaient, bon gré mal gré, les enfants à la messe, au temple ou à la synagogue, aujourd’hui ce sont les enfants qui les contraignent à la prière écologiste. L’office se tient à la maison. Les adolescents, intransigeants, n’octroient pas facilement le pardon ou la rémission des péchés. Les parents peuvent renâcler, la jeune police religieuse écologiste est chez eux, surveille leurs achats, leurs emballages, leur frigo, et ne les lâche pas.

Ces jeunes, assommés quotidiennement par la prétendue tragédie de la planète et de l’humanité, sont en fait honnêtes, logiques et rationnels. Ils ne font que tirer les conséquences de la doxa et de son « urgence » inlassablement ressassées.Un véritable sentiment de panique s’est répandu chez les adolescents et les jeunes.Les adultes sont victimes de l’outrance catastrophiste de la propagande écologiste qu’ils répandent et que les jeunes leur renvoient comme un boomerang. 

De nombreux enfants se revendiquent du mouvement « Youth for Climate ». Leur implication est-elle comparable à l’engagement des générations précédentes au même âge ?

Chaque jeune génération a ses combats. 

Le « combat » pour la planète et son climat de « Youth for Climate » a ceci de particulier qu’il ne se rattache pas à des valeurs de type social et humaniste. Les dix commandements de Nicolas Hulot incitent les jeunes à éteindre la lumière, faire du vélo, composer eux-mêmes leurs produits d’hygiène, etc. Ils ne les tournent pas vers leur prochain. On les entraîne à se méfier du monde qui les entoure, soupçonné de leur être hostile et de les mettre en danger. Ils sont au fond dans la défiance et la défensive.

Les générations précédentes avaient des préoccupations qui s’appliquaient davantage aux questions sociales et humaines. J’ai connu des normaliens qui se faisaient ouvriers ou plongeurs de restaurant pour partager une condition sociale modeste et ses combats. De nombreux jeunes diplômés partaient en coopération en Afrique pour soutenir le développement dans les pays pauvres. D’autres s’engageaient dans les programmes humanitaires, contre la faim, pour l’éducation, pour secourir des populations fuyant des zones de guerre.

Cette génération ne considérait d’ailleurs pas que ses parents lui léguaient une planète invivable. Alors que les « Youth for Climate » estiment avec Geta Thunberg que leurs aînés ont des comptes à leur rendre.

La préoccupation sociale ne les effleure guère. Greta Thunberg, comme Extinction Rebellion, semblent ignorer que des gestes comme éteindre la lumière, abandonner sa voiture ou l’avion, refuser les mets hors saisons ou exotiques, éliminer la viande, économiser ses vêtements ou éviter le plastique, sont des gestes qui sont déjà une réalité pour des milliards d’êtres humains, puisqu’ils n’y ont pas accès. Ils n’ont jamais connu que la pauvreté, la frugalité dont ils ne savent pas qu’elle pouvait être heureuse.

Il est tout à fait paradoxal de voir ces adolescents réclamer le retour des composts à grand cris, sans pour autant renoncer à leurs smartphones et aux confortables trajets en voiture jusqu’au lycée. Qu’en pensez-vous ?

Je n’y vois pas d’hypocrisie ; peut-être un peu d’incohérence, mais surtout les limites du rejet de la modernité et de ses aménités par l’écologisme. Pourquoi nos jeunes écologistes se priveraient-ils absolument du meilleur des technologies contemporaines quand le haut clergé écologiste lui-même ne brille pas par son empreinte carbone. Pour être écologiste on n’en est pas moins homme, aurait dit Molière.

Les sociologues de demain auront sans doute de grandes surprises lorsqu’ils étudieront ce que sont devenus les « Youth for Climate » vingt ans après.

Propos recueillis par Aliénor Barrière

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