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Que peut attendre 
Jean-Luc Mélenchon 
de l'après-présidentielle ?
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Que peut attendre Jean-Luc Mélenchon de l'après-présidentielle ?

En progression dans les intentions de vote, Jean-Luc Mélenchon a réussi ce mardi une nouvelle démonstration de force en réunissant plusieurs milliers de personnes à Lille. De quoi pourrait donc être fait l'avenir du candidat du Front de gauche ?

Christian  De Villeneuve, Denis Sieffert, François d'Orcival,Maurice Ulrich, Ruth Elkrief

Christian De Villeneuve, Denis Sieffert, François d'Orcival,Maurice Ulrich, Ruth Elkrief

Christian de Villeneuve est journaliste. Il est l'ancien directeur des rédactions du Parisien, du Journal du Dimanche et France Soir.

Denis Sieffert est Président, directeur de la publication et directeur de la rédaction de l'hebdomadaire Politis.

François d'Orcival est journaliste. Il est président du Comité éditorial et membre du Conseil de surveillance de l'hebdomadaireValeurs actuelles.

Maurice Ulrich est journaliste et éditorialiste politique pour le quotidien L'Humanité.

Ruth Elkrief est journaliste. Elle anime la tranche de 19h - 20 h pour une émission de débats sur la chaine d'information en continu BFMTV.

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Atlantico : Jean-Luc Mélenchon est actuellement le troisième homme de la présidentielle, selon plusieurs sondages. Que peut-il espérer pour l'après présidentielle ?

Christian De Villeneuve : Il faut s'intéresser en premier lieu au score que le Front de Gauche qu'il dirige aujourd'hui pourrait réaliser lors des législatives qui suivront la présidentielle. Dans ce cadre, François Hollande sait très bien qu’il n’a pas à négocier avec Jean-Luc Mélenchon car les électeurs de ce dernier se reporteront à 80-90% sur lui au second tour. En outre, le Front de gauche a une organisation structurellement très faible et ne pourra, au mieux, que passer quelques accords avec le Parti comuniste. Ce dernier n’entend pas totalement disparaitre.

Denis Sieffert : Jean-Luc Mélenchon est condamné à un accord durable avec le Parti communiste. Tout comme le PCF est condamné à un accord durable avec lui (c’est quand même sa personnalité et son talent qui ont fait la campagne présidentielle).

Jean-Luc Mélenchon n’est pas un homme seul. Si l’alliance avec les communistes se pérennise, il aura des troupes, des municipalités, des collectivités locales etc. Cependant, il n’est pas évident qu’il passe avec brio l’épreuve des législatives car le PCF et lui pourraient avoir des intérêts divergents. Il pourrait y avoir, ici ou là, des tentations d’alliance entre le PCF et le PS, je ne sais pas comment cela serait vécu par Jean-Luc Mélenchon. Si cette période est traversée sans trop de casse, on peut alors penser qu’une nouvelle force politique s’installera durablement dans le paysage politique français.

François d’Orcival : François Hollande au pouvoir n’échappera pas à l’épreuve sociale. Dans l’hypothèse où il est élu grâce aux voix de Jean-Luc Mélenchon, il va se retrouver dans une situation où le vote Mélenchon aura été déterminant pour son élection. Ces électeurs-là ne disparaitront pas au lendemain du second tour, ils vont également vouloir peser aux élections législatives. Probablement, ceux-ci seront nettement plus exigeants que ne l’ont été les Verts il y a six mois. On voit mal Jean-Luc Mélenchon ne pas vouloir obtenir un certain nombre de sièges de députés à l’issu de la bataille.

Maurice Ulrich : Le but de Jean-Luc Mélenchon et du Front de gauche, ce n'est pas de concourir uniquement sur une élection, mais d'engager un mouvement de reconstruction d'une gauche de transformation, en s'attaquant au capitalisme financier. Bien entendu, ils espèrent faire le plus haut score possible à l'élection, et peut-être même figurer au second tour, mais ils ne s'arrêtent pas là.

Reste que pour les législatives, il n’y aura pas de négociations avec le Parti socialiste, comme l’a répété à plusieurs reprises Jean-Luc Mélenchon lors de ses meetings. En revanche, le Front de gauche présentera ses candidats, et sur la base des résultats obtenus, procédera à un vote de la gauche plurielle pour le candidat le mieux placé. Il n’est donc pas question d’un véritable bras de fer avec le PS, mais d’une émulation. 

Le problème pour le Front de gauche, c’est que l’émulation socialiste reste limitée à une politique sociale libérale, qui ne correspond pas forcément aux meilleures propositions possibles. Le Front de gauche avait d’ailleurs souhaité avoir un vrai débat avec le PS, qui lui s’y est toujours opposé. D’où le refus de compromis de la part de Jean-Luc Mélenchon, qui n’est pas prêt à céder pour quelques sièges à l’assemblée nationale.

En cas d’élection de François Hollande, l’hypothèse d’un Jean-Luc Mélenchon dans un gouvernement socialiste est-elle envisageable ?

Christian De Villeneuve : S’il est élu, peut-être que François Hollande, dans un souci de rassemblement lui proposera un ministère (mais les places sont chères…). Je vois plutôt pour Jean-Luc Mélenchon un rôle d’animateur à gauche comme l’a pu l’être à une certaine époque Jean-Pierre Chevènement. Il ne faut pas oublier que structurellement le Front de gauche n’est qu’à 2-3%, comme le Mouvement républicain et citoyen.

En cas de victoire de François Hollande, dans un premier temps, il y aura un grand rassemblement autour du nouveau président élu. Une personne comme Arnaud Montebourg marcherait sur ses plates-bandes. Il faudra alors attendre quelques mois ou quelques années pour voir à nouveau émerger Jean-Luc Mélenchon.

Denis Sieffert : Jean-Luc Mélenchon a déjà dit qu’il ne l’accepterait pas. Il n’y a pas de raisons qu’il ne soit pas cohérent avec lui-même sur cette question-là, il l’a répété sur tous les tons. Cela n’empêche pas que quelqu’un de son entourage, comme Pierre Laurent, puisse y aller.

François d’Orcival : Jean-Luc Mélenchon ne veut pas être impliqué dans une politique quotidienne qui l’obligerait à faire du « social-démocrate ». L’extrême gauche, par l’intermédiaire de Philippe Poutou et Nathalie Arthaud, lui a déjà assez reproché d’avoir déjà participé au gouvernement Jospin.

Maurice Ulrich : Il est parfaitement clair que Jean-Luc Mélenchon ne participera pas au gouvernement socialiste de François Hollande si ce dernier est élu Président de la République. Qui plus est, il a déjà été ministre et ne formule peut-être pas le souhait de l’être de nouveau, et enfin, les conditions ne sont pas réunies pour que le Front de gauche gouverne avec les socialistes sur la base d’un accord commun, même à minima.

Dans cette démarche, l’extrême gauche préfère donc une construction de long terme, ce que Pierre Laurent appelle une « révolution citoyenne ». Et Jean-Luc Mélenchon n’a pas l’intention de saboter ce travail de reconstruction en cédant aux premières sirènes d’un ministère quel qu’il soit.

Ruth Elkrief : Je suis convaincu que Jean-Luc Mélenchon ne souhaite pas renter dans un gouvernement, même si le Parti socialiste n’arrête pas de lui faire des appels du pied. Sa logique est très semblable à celle du parti allemand Die Linke qui veut constituer un parti à la gauche de la gauche qui serait en position critique vis-à-vis d’un gouvernement gestionnaire de gauche. En d’autres termes, un parti qui sert d’aiguillon, de vigie, de mauvaise conscience éventuelle et qui va grossir sur les déceptions que pourraient occasionner un gouvernement de gauche gestionnaire.

Son objectif n’est donc pas de rentrer dans un gouvernement mais d’obtenir des députés pour peser à l’Assemblée et surtout de constituer une force politique qui pèse sur un gouvernement de gauche modéré.

Sur le long terme, Jean-Luc Mélenchon peut-il devenir une force viable dans le paysage politique français ?

Christian De Villeneuve : Jean-Luc Mélenchon est assurément la révélation de cette campagne présidentielle. Mais cela reste un épiphénomène qui profite de la faiblesse des candidats d’extrême gauche et des écologistes qui manquent totalement de charisme. Les sondages lui accordent un score tout juste supérieur à ce que faisait dans les précédentes élections présidentielles la somme  des candidats d’extrême gauche et des écologistes. Si Jean-Luc Mélenchon peut donc espérer un score à deux chiffres au premier tour de la présidentielle je ne crois pas que, sur le moyen et long terme, le rapport de force lui soit très favorable.

Denis Sieffert : Jean-Luc Mélenchon peut espérer la reconstitution d’une force homogène à gauche de la gauche et récupérer ce qui était historiquement l’espace du Parti communiste. Ce ne serait pas la première fois de l’histoire qu’il y aurait deux composantes de la gauche qui seraient presque à parité.

Si le score de Jean-Luc Mélenchon est important au premier tour de la présidentielle et s’il réussit un bon score aux législatives, François Hollande devra alors compter avec une force importante sur sa gauche qui pourra prendre à témoin l’opinion sur une éventuelle dérive centriste ou néolibérale du Parti socialiste.

François d’Orcival : Je ne sais pas si Jean-Luc Mélenchon envisage réellement d’être l’homme fort de la gauche. Pour l’instant, tout ce qu’il veut, c’est être incontournable, un Montebourg qui aurait réussi électoralement.

Maurice Ulrich : Concernant la longévité de Jean-Luc Mélenchon et du Front populaire, bien que les détracteurs dénoncent un discours séduisant avec une absence flagrante de fond, ce n’est pas vrai. Pour avoir interrogé les gens présents dans les meetings du Front de gauche, il apparaît qu’ils ne sont pas seulement motivés du fait des effets de communication, mais bel et bien parce qu’il y a un programme et des idées ambitieuses, qui certes s’en prend aux marchés financiers, mais qui propose également : planification écologique, augmentation smic, emploi, redéveloppement industriel, etc. 

Par ailleurs, dans les meetings, personne ne crie « Mélenchon Président ! », mais « Résistance ! », cela témoigne de la volonté du Front de gauche de mener une démarche collective sur du long terme. Le peuple de gauche veut poursuivre ce travail de reconstruction entamé par Jean-Luc Mélenchon et le Front de gauche, qui ont déjà rendu à une partie de la classe ouvrière une véritable identité, alors qu’elle avait été abandonnée par le PS au profit des classes moyennes. Ce donc pas seulement un discours de séduction, mais également une démarche permettant à des milliers de gens de se redécouvrir comme des acteurs du changement à gauche.

Propos recueillis par Franck Michel et Jean-Benoît Raynaud

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