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Quand votre enfant est un psychopathe
©Chris Delmas / AFP

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Quand votre enfant est un psychopathe

Encore mal-comprise, la psychopathie touche certains adultes mais aussi les enfants. Troubles du comportement, agressivité ou perversité, quels signes peuvent permettre d'identifier la psychopathie chez l'enfant ?

Pierre Tuffet

Pierre Tuffet

Psychiatre spécialiste des enfants et adolescents.

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Atlantico: La détection de la psychopathie au plus jeune âge se base sur certains signes avant-coureurs comme un comportement antisocial, des pulsions de violence, ou encore de la torture d'animaux et une tendance au sadisme. Ces traits de caractères sont-ils suffisants et nécessaires pour diagnostiquer une psychopathie ? Comment ne pas confondre un mal-être chez l'enfant qui pourrait être l'origine de ces actions, et un réel trouble psychopathique ?

Pierre Tuffet: Le problème de la psychopathie est qu'elle n'est pas une "maladie" psychiatrique, c'est un problème de caractère et de comportement. Chez l'enfant, il peut y avoir de multiples raisons aux pulsions violentes, la psychopathie ne se résume pas à cela. L'enfant doit faire face à l'expérience de ces pulsions pour pouvoir les dompter plus. Le problème des psychopathes est qu'ils n'arrivent pas à dompter leurs pulsions. Mais le fait d'être agressif ou asocial pour un enfant n'a rien d'étonnant, Freud appelait les enfants "pervers polymorphes" car ils passent par tous les problèmes et situations émotionnelles possibles. Mais la plupart du temps cela se discipline, grâce à l'éducation et à l'insertion sociale.

Diagnostiquer la psychopathie est très difficile, c'est plus un constat par élimination, contrairement à la névrose par exemple qui elle est réellement d'origine psychiatrique. On parle beaucoup de psychopathie aujourd'hui car la société est beaucoup plus violente qu'auparavant, on a tendance à diagnostiquer "psychopathe" n'importe quel délinquant. Si on prend le cas d'une psychose, là il y a un délire et une mauvaise santé psychique, la psychopathie est complètement différente. Le psychopathe ne se rend pas compte qu'il l'est, il se fiche des conséquences de ses actes et va franchir toutes les barrières possibles. Sa pulsion est reine ! Cependant quand il fait une chose, criminelle par exemple, il le fait en toute conscience.

Dans la culture populaire, les psychopathes ont souvent eu des enfances dramatiques, avec des abus physiques, psychologiques ou sexuels, ce qui expliquerait leur comportement par la suite. Mais certains cas, comme l'affaire des "enfants tueurs de Liverpool" où deux enfants de 10 ans ont torturé et tué un enfant de 2 ans en 1993 pour s'amuser, viennent nuancer cette affirmation. Ces enfants ne souffraient apparemment pas de carences éducationnelles. Quelle est la part de l'inné dans la psychopathie ?

C'est très difficile à dire, certains enfants ont des pulsions violentes précoces, mais je ne m'avancerai pas à dire que cela est inné ou héréditaire. De fait, l'environnement y est pour beaucoup ! Regardez les enfants soldats, on les habitue à une violence extrême dès le plus jeune âge, et par la suite, même en temps de paix, il est quasi-impossible de les réinsérer et de leur faire retrouver un équilibre psychique. C'est comme la déradicalisation, qui est une vaste blague puisqu'une fois un individu radicalisé, il est très difficile de le changer. Je pense que les causes de la psychopathie se trouvent dans l'enfance, avec des parents trop laxistes, ou pas assez.

Il y a des conditions favorisantes à l'émergence de troubles psychopathiques. Cependant l'on n'est pas obligé de devenir psychopathe à cause de brimades ou d'humiliations. Dans cette pathologie il y a une notion de chaos, le psychopathe ne se maitrise pas, il ne peut pas s'empêcher de faire ce qu'il fait, même s'il le fait en toute conscience.  Il y a eu des cas où l'enfant avait des parents psychopathes, mais lui allait très bien, ce qui me fait croire que ce trouble n'est pas inné ou génétique.

Si une psychopathie est avérée chez un enfant, quelles solutions s'offrent aux parents ? Peut-on "guérir" ou limiter les effets de cette pathologie ?

À mon sens la meilleure solution reste la psychothérapie et un travail de fond avec les parents, ça ne fonctionne pas à tous les coups mais on arrive quand même à de bons résultats. Notamment ménager le caractère du patient pour qu'il soit plus "tolérable" pour son environnement social (famille, amis, professeurs…). Les médicaments peuvent être efficaces, mais sur la durée ça ne sert à rien, on ne peut pas en prendre indéfiniment. De plus il peut y avoir de mauvais effets secondaires. Comme dit plus haut, le mieux reste "l'alliance thérapeutique" entre une psychothérapie aiguillée par un professionnel, et la famille du patient. Cela permettra de comprendre ce qui pousse l'enfant à franchir les limites, dans la plupart des cas on observe une amélioration considérable du comportement.

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