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Quand Matteo Renzi lance la rébellion contre l’Allemagne dont l’Europe a besoin... dans l’indifférence absolue de la France de François Hollande
©REUTERS/Philippe Wojazer

C'est une révolte

Quand Matteo Renzi lance la rébellion contre l’Allemagne dont l’Europe a besoin... dans l’indifférence absolue de la France de François Hollande

Suite aux mauvais score électoral du gouvernement espagnol, c’est au tour de Matteo Renzi de sentir la menace du retour du mouvement 5 étoiles, qui s’approche des 30% des intentions de vote. En guise de réaction, le Président du Conseil italien souhaite que l’Europe puisse s’inspirer des résultats économiques de l’administration Obama sur le front de la croissance et du chômage.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Atlantico : Dans une interview donnée au Financial Times, Matteo Renzi salue les résultats économiques de l’administration Obama, notamment en les comparants à la déception en termes de croissance et d’emplois en Europe. Le modèle américain est-il applicable en Europe ? Quels sont les freins existants à sa mise en application ?

Nicolas Goetzmann : Il est déjà utile de saluer la perspective prise par Matteo Renzi. Car l’approche habituelle pour un pays européen est de regarder ce que font ses voisins et de prendre exemple de ce qui peut marcher chez les uns ou chez les autres. A l’inverse, dans son interview donnée au FT, Matteo Renzi recule d’un pas et constate la divergence qui existe entre les deux continents. D’une part les Etats Unis et leur taux de chômage de 5%, et d’autre part, une Europe qui reste encore engluée avec un taux de chômage supérieur à 10%. La pertinence de cette approche repose sur un fait simple, l’Europe, comme les Etats Unis, fonctionne avec une seule Banque centrale. Il est donc assez logique de mesurer les actions de chacune d’elle dans une approche globale. Cette échelle de grandeur est donc la bonne, et c’est d’ailleurs la seule possible lorsque l’on cherche à être rigoureux dans l’analyse macroéconomique de la situation. Et le constat de divergence devient alors beaucoup plus frappant. Il n’est plus possible de se réfugier derrière des statistiques interétatiques pour revendiquer le succès de l’un ou de l’autre, non, il s’agit d’un échec généralisé pour le continent européen. Et le modèle américain devient alors une sorte d’évidence au regard du succès de ces 5 dernières années, ce qui se traduit par la création de 12 millions d’emplois.

Quant à l’application de ce modèle au continent européen, il ne s’agit que d’un choix politique. Mais ce choix suppose un lourd affrontement entre les principaux pays membres de l’union, car ce qui est en cause, c’est l’idéologie, la philosophie économique de la construction européenne. Il n’est pas question de procéder à des ajustements mais bien d’organiser une refondation totale. Avec un seul objectif, la recherche du plein emploi comme l’objectif prioritaire du continent. L’Allemagne et certains pays du nord seront immanquablement des opposants à un tel objectif, mais il est question de la survie des autres pays membres, tout comme il est question d’un intérêt général européen.

« Maintenant, il s’agit d’une nouvelle Italie qui est en mesure de dire ce qu’elle pense de l’Europe ». Matteo Renzi est-il réellement en position de défendre une telle position, visant à remettre en cause la prépondérance du couple franco-allemand au sein de l’Union Européenne ?

Cela est malheureux pour la France, mais Matteo Renzi cherche simplement à remplir le vide laissé par François Hollande. Le Président français avait fait mine d’être le candidat anti austérité, seul à même de pouvoir « réorienter » l’Europe vers la croissance et l’emploi. Cette promesse a été très vite oubliée, et la locomotive Angela Merkel a pu tracer son chemin sans véritable opposition au sein du continent. La construction européenne a donc été privée de son moteur, qui repose sur une confrontation productive entre France et Allemagne. La nature et Matteo Renzi ont horreur du vide, et c’est ce que le Président du Conseil italien chercher à combler. Cependant, et malgré l’intérêt de l’initiative, le gouvernement italien aura bien du mal à se faire entendre s’il ne parvient pas à rallier d’autres pays à sa cause. Et le principal allié à convaincre ici est la France. Il est également intéressant de noter que l’allié objectif de l’Allemagne dans sa recherche de rigueur, c’est-à-dire la Finlande, est en train d’exploser sous le poids des politiques d’austérité. Il existe donc un coin chez les partisans de l’austérité, il serait opportun de l’enfoncer tout en proposant une alternative, celle offerte par l’exemple américain.

En attaquant l’Allemagne à mots à peine voilés « L’Europe doit servir l’ensemble de ses 28 membres, pas seulement un », Matteo Renzi ne rejoint il pas le camp des « populistes » européens ? Son agenda intérieur, dominé par le regain d’attractivité du parti M5S, justifie-t-il une telle sortie ?

Matteo Renzi constate simplement que les gouvernements qui ont appliqué les politiques d’austérité sont balayés les uns après les autres par les populations des pays membres. Depuis la victoire de Syriza en janvier 2015, et la défaite des gouvernements portugais, espagnols, et même français, c’est l’instabilité politique qui domine. Au même moment, le parti italien M5S revient effectivement en force dans les sondages (un sondage IFOP mesure le mouvement 5 étoiles à un niveau de 29,1% contre 31,2% pour le parti démocrate de Matteo Renzi), ce qui oblige le gouvernement en place à réagir. Sinon, il sera le suivant sur la liste. Il y a déjà quelques mois, le gouvernement de Matteo Renzi avait commencé un bras de fer avec la commission européenne pour sortir des clous budgétaires qui avaient été fixés au préalable. Mais cette tentative était plus symbolique que pragmatique. Parce qu’une telle sortie de route n’est en rien suffisante pour permettre au pays de retrouver le chemin de la croissance et de l’emploi, il ne s’agit que de bomber le torse. Cela est peut être utile en termes de popularité, mais certainement pas pour parvenir à des résultats tangibles.

L’essentiel est donc d’argumenter et de mettre en évidence une politique européenne qui est effectivement calibrée au profit de la seule Allemagne. Il est à ce titre incroyable de constater que les lobbys patronaux allemands sont vent debout contre la politique menée par la BCE, alors que celle-ci ne fait que tenter de restaurer un semblant d’équilibre au sein de la zone euro. Les 7 années de crise vécues par l’Europe offrent suffisamment de données pour prouver cette situation. Il est également utile de rappeler que le FMI, l’OCDE, les membres du G20 ont déjà alerté le continent de ce problème, mais cela est, pour le moment, resté sans effet. L’éléphant rose au milieu de la pièce, dans le cas présent, c’est l’immobilisme européen de François Hollande. Car seul le Président français a le poids politique pour renverser cette tendance.

S’agit-il finalement d’une opportunité pour certains dirigeants européens afin de s’unir ? Une telle initiative est-elle à même de faire dévier la stratégie économique européenne ?

Lors de la victoire de François Hollande en 2012, une telle opportunité était ouverte. Après ses déclarations de campagne, Angela Merkel pouvait s’attendre à un changement de ton par rapport à la politique menée. Il suffisait au Président français de proposer une alliance anti austérité, composée des pays du sud, comme l’Italie ou l’Espagne, et de proposer une alternative. Au lieu de cela, François Hollande s’est empressé de ratifier le TSCG, le pacte budgétaire européen, alors qu’il s’était initialement engagé dans la voie de la renégociation. A partir de cet instant, les choses étaient entendues, il n’était plus question de contestation, mais bien d’une affiliation à la stratégie économique existante en Europe. La question est donc de connaître l’intention de François Hollande sur ce point, mais pour le moment, rien ne permet de soutenir l’hypothèse d’une volonté de changement. Aune décision, aucun acte ne permet d’argumenter en ce sens. Mais si cette volonté existe, le fait est que l’Allemagne pèse 30% du PIB de la zone euro, contre 20% pour la France, il serait donc nécessaire de s’allier avec l’Italie de Renzi, et avec l’Espagne dont on ne connaît pas encore le nom du prochain premier ministre, pour faire basculer le rapport de force. Si une telle union d’intérêt voyait le jour, l’Allemagne aurait du mal à résister. Parce que fondamentalement, même avec un changement de régime moins favorable à l’Allemagne, la zone euro resterait avantageuse pour la plus grande économie de la zone euro.

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