Quand Manuel Valls s'indignait de la nomination d’un homme de l’Elysée à la Caisse des dépôts | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
Xavier Musca (à droite).
Xavier Musca (à droite).
©Reuters

Chaises musicales

Quand Manuel Valls s'indignait de la nomination d’un homme de l’Elysée à la Caisse des dépôts

La candidature de Pierre-René Lemas, jusqu'ici secrétaire général de l'Elysée, va être proposée pour le poste de directeur général de la Caisse des dépôts (CDC). Pourtant en 2011, Manuel Valls s'était indigné lorsque Nicolas Sarkozy envisageait d'y nommer Xavier Musca, l'un de ses proches collaborateurs.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

Voir la bio »

Dans la répartition des fromages de Hollande à laquelle nous assistons, l’arrivée de Pierre-René Lemas à la Caisse des Dépôts et Consignations constitue sans doute l’une des nouvelles les plus dangereuses que nous recevions.

Le désormais ex-secrétaire général de la Présidence de la République est en effet tout sauf un banquier. En dehors d’un passage à la tête de Paris Habitat, il n’a d’ailleurs jamais goûté aux joies de l’entreprise, si l’on admet l’idée qu’un office HLM soit une entreprise. Lemas est un préfet, ce n’est pas un financier. C’est le mirage d’un pouvoir décadent, qui a oublié le sens des institutions, de croire qu’un préfet peut se commuer sur le tard en banquier. C’est bien entendu une aberration, qui apparaîtra mieux si l’on rappelle ce qu’est la Caisse des Dépôts et à quoi elle sert.

L’ironie de l’Histoire veut que la Caisse des Dépôts fut créée dans des conditions proches de celles que la France connaît aujourd’hui. Durant la Révolution, la France fait faillite et se prive donc d’un accès aux marchés financiers de l’époque. Politiquement, cette rupture avec les milieux financiers met l’intégrité du pays en danger pour une raison simple : il faut de l’argent pour financer la guerre. L’Angleterre recourt à l’emprunt pour financer sa vaste entreprise de déstabilisation et sa mobilisation militaire contre la France. La France, elle, est à court. Lorsque l’empereur Napoléon doit lever la Grande Armée, il craint de tenter un retour vers les marchés. En cas d’échec, il devrait faire un aveu de faiblesse devant le peuple français qu’il entreprend de domestiquer. Ce risque est trop grand. Il décide de créer une caisse de garantie et d’amortissement, chargée d’acheter de la dette publique en faisant appel à l’épargne. Cette caisse est l’ancêtre de la Caisse des Dépôts et Consignations créée en 1816.

Officiellement, la Caisse des Dépôts est créée sous Louis XVIII pour acheter de la dette d’Etat avec les fonds déposés obligatoirement chez les notaires. Assez vite, le gouvernement y à ajouter le dépôt des livrets d’épargne et du livret A. Cette épargne réglementée sert à financer un Etat effrayé par le recours aux marchés.

La Caisse des Dépôts est donc une banque : une banque administrée, certes, mais une banque garante de l’accès fluide de l’Etat au financement de sa dette.

Si la note de la France devait baisser en septembre, il est bien possible que la Caisse des Dépôts joue un rôle plus crucial encore que celui joué aujourd’hui : elle devrait mettre l’argent des épargnants à disposition du gouvernement pour acheter une dette dont les marchés ne voudraient plus, sauf à prix d’or. C’est évidemment une grande imprudence de confier cette fonction à quelqu’un qui n’est pas de la partie. Sans préjuger des qualités personnelles de M. Lemas, sa méconnaissance des mécanismes financiers est une prise de risque importante pour l’Etat lui-même. Espérons que nous n’ayons jamais à nous en mordre les doigts. 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !