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Quand les journaux scientifiques diffusent de la pseudo science
©SEBASTIEN BOZON / AFP

Alerte fake news

Quand les journaux scientifiques diffusent de la pseudo science

Dans un article en pré-publication, des chercheurs avertissent la communauté scientifique contre la dissémination de pseudo-science qui augmente depuis le début de la crise sanitaire.

Jérôme Barriere

Jérôme Barriere

Le Dr Jérôme Barrière est oncologue à Cagnes-sur-Mer. 

Voir la bio »

Dans un article en pré-publication, vous avertissez la communauté scientifique contre la dissémination de pseudo-science dans certaines revues, sur quoi se base votre alerte ?

Il s’agit d’une prise de position générale qui s’appuie sur un article publié dans un journal considéré comme sérieux avec un impact conséquent. Cet article est une revue de la littérature sur les effets potentiellement néfastes de la vaccination anti-Covid. Il prétend que la vaccination anti-Covid avec un vaccin ARN messager pourrait induire des déficits du système immunitaire aboutissant à des risques infectieux accrus et à une baisse de la vigilance immunitaire anti cancer donc à un risque accru de cancers.

Une telle publication nous a alertés. Moi en tant que cancérologue et des confrères scientifiques de tous horizons. 

Qu’avez vous fait une fois la publication détectée ? 

Dans la littérature, il n’y a strictement rien qui puisse étayer ce fait. Nous avons donc écrit à l’éditeur pour lui souligner le fait que cet article nous paraissait dangereux et que tout ce qui était prétendu venaient d’interprétations que l’on jugeait fausses, non étayées. L’article en lui même n’apporte aucune données, analyses supplémentaires, il s’agit d’interprétations qui nous paraissent fallacieuses.

Surtout, cet article est symptomatique de la désinformation. Il a été partagé plus de 40 000 fois en quelques mois. 

Avez-vous écrit cette lettre en réaction à ces partages ? 

Une fois contacté, le rédacteur en chef de la revue (J.L. Domingo) nous a conseillé d’écrire une lettre que nous avons écrite et publiée en pré-print. Dans cette lettre nous expliquons le process de la construction de cet article et exposons les différents points qui posent problème et pourquoi ce qu’il a été écrit est faux. Nous demandons de manière explicite et étayée la rétractation de cet article.

La lettre a été reviewé en trois rounds par quatre reviewers différents. Le reviewing est anonyme ce qui peut poser dans cette situation controversée une question de crédibilité et d’impartialité car seul un reviewer sur les 4 a accepté la publication de la lettre et les trois autres ont dit que le débat devait rester scientifique et ont refusé que nous maintenions notre demande de rétractation. L’éditeur aurait pourtant pu exposer les raisons de la controverse à défaut de prendre ses responsabilités et de supprimer cet article. Pourtant, on nous a refusé l’attribut et l’interrogation ainsi que cette crainte vis à vis de ce papier.  

L’éditeur de ce papier publié dans Food and Chemical Toxicology, Domingo, n’a pas de garde-fou. Le groupe éditorial du journal, Elsevier, qui possè de un département éthique, devrait aller au-delà du journal et se positionner mais reste sourd à notre requête. Chacun ainsi se renvoie la balle pour éviter de rétracter l’article. 

Pourquoi une telle publication de pseudo-science est-elle dangereuse ? 

En tant que cancérologue, je me dois par militantisme d’éviter qu’une telle information soit reprise. Maintenant que le papier est publié, il sert de base solide à des groupuscules anti-vax. L’un des auteurs est connu pour être anti-vax,  n’hésite pas à véhiculer le fait que la vaccination est dangereuse en aboutissant à une catastrophe sanitaire. Mon travail en tant que cancérologue est de protéger mes patients et en tant que médecin engagé la population. Quand on a un cancer, on est plus à risque de forme grave de COVID alors que la vaccination a transformé le pronostic. Faire croire de manière fallacieuse que la vaccination contre la COVID pourrait être une source de cancer ou favoriser son développement est tout bonnement criminel. C’est une lutte contre la désinformation, mais c’est une tâche ingrate car très chronophage et qui expose aux insultes voire menaces ceux qui s’y attèlent. 

Affirmer de telles choses aboutit pour la santé publique à provoquer des décès. Certains vont écouter, discuter et voir des reprises de telles informations par des faux médias tels que France Soir. 

De telles situations sont-elles récurrentes ? 

Depuis l’apparition de l’épidémie de Covid, nous sommes arrivés à une apothéose de ce style de publication. Depuis deux ans, nous vivons une époque inédite. Si l’on regarde les publications dans Pubmed, nous avons 280 000 papiers sur la Covid-19 en trois ans, alors que pour le VIH nous sommes à 400 000 papiers en 30 ans. Nous sommes face à un défi éditorial sans précédent! 

Si un papier est repris très vite et en fonction de la sphère qui le reprend, cela doit nous alerter. Si le papier est repris depuis une revue connue comme le Lancet ou le New England sans qu’il y ait d’alerte scientifique derrière c‘est un gage de qualité. À l’inverse, si le papier vient d’une revue moyenne et qu’il devient le papier le plus lu de toute son histoire, c’est qu’il y a un problème. Si le vaccin causait un réel problème de santé publique, cela serait publié dans une revue de santé majeure et non dans une revue moyenne… 

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