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Quand Hollande encourageait les socialistes à rester groupés face à Macron
©STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Bonnes feuilles

Quand Hollande encourageait les socialistes à rester groupés face à Macron

Avec un sens savoureux de la formule, Françoise Degois dresse un portrait inédit, aussi truculent qu’attachant, du « président normal chez qui il n’y a rien de normal ». Fine connaisseuse des arcanes du pouvoir, elle nous fait vivre jour après jour les coulisses de la campagne présidentielle la plus inattendue de la Ve République. Extrait de "Il faut imaginer Sisyphe heureux - Les cents derniers jours de Francois Hollande" de Françoise Degois aux Editions de L'Observatoire (1/2).

Françoise  Degois

Françoise Degois

Françoise Degois est une journaliste et une conseillère politique française. Elle est également l’auteur de Quelle histoire ! Ségolène Royal et François Hollande (Plon) et Femme debout (Denoël).

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Mardi 25 avril 2017

Macron « désastreux »

Il arrive, accompagné de Julie Gayet. Les deux semblent très heureux. Très complices. Une évidence : François Hollande a fait le deuil de cette présidentielle à laquelle il participe par candidat interposé. Il s’accorde une soirée amicale chez des artistes. Ils ont mis les petits plats dans les grands pour passer une soirée « sympa ».

Le président est soulagé : Jean-Luc Mélenchon n’est pas parvenu au second tour. Emmanuel Macron, selon toute vraisemblance, va lui succéder.

Très en verve. Très drôle.

« Je viens de regarder Emmanuel au 20 heures de France 2. Il a été désastreux. Tendu, crispé, arrogant. Il doit se ressaisir. » La table approuve. Et joue à se faire peur sur cet inconnu Macron et la diablesse Marine Le Pen qui avance à marche forcée dans cette campagne de second tour.  « Il va passer, bien sûr, mais il ne doit pas trop s’abîmer dans ce second tour car la suite sera ingérable. »

Comme toujours, François Hollande reste un commentateur avisé, saillant, de la vie politique. Il a déjà mis en garde Macron sur l’idée d’une victoire acquise. Il l’a fait en aparté avec des journalistes, lors de son déplacement, le matin même, à Laval. « Rien n’est fait. Une élection, ça se gagne, ça se conquiert. »

Exécution sommaire à peu de frais, du cadet par l’aîné, mise évidemment en musique par toutes les chaînes d’infos.  Le cadet a peu goûté et s’est livré, à la sortie de sa visite à l’hôpital de Garches, à un réquisitoire sur « tous ceux qui ont mené le FN à ces niveaux »… Comprendre François Hollande et son gouvernement, dont il oublie un peu vite qu’il a été l’un des membres éminents.

Admonester Macron tout en le soutenant. Le président se livre à l’un de ses exercices préférés, avec tout de même une tendresse pour « Emmanuel », « l’homme qui l’a trahi avec méthode », selon ses propres mots, mais auquel il passe encore beaucoup de choses. Étrange sentimentalisme pour un homme qui semble en être dépourvu. Mais le président poursuit : « Il est dans la continuité de mon quinquennat » et là on comprend mieux son intérêt à soutenir Macron. L’héritier. Il n’a pas de mots si tendres pour Manuel Valls, « cynique. Un cynisme qui l’a perdu. Il ne se relèvera jamais de ses manœuvres actuelles ». François Hollande préfère garder une rancune tenace à son Premier ministre plutôt qu’à son ministre de l’Économie. Il est vrai que dans ce duel de frères ennemis, Valls n’avait aucune chance d’emporter l’affection du président. Moins diplômé que Macron, moins agile intellectuellement, moins dissimulé, moins manœuvrier. Plus laborieux. Il voit arriver Valls à dix kilomètres. N’a jamais vu arriver Macron et de cela, il fait une qualité. Hollande reconnaît en Macron le manipulateur qu’il sait être, et l’intelligence des situations. Il reconnaît aussi ses propres défauts. Se décider du jour pour le lendemain après avoir pris un temps infini à ne pas trancher. Il se voit en Macron. Pour le meilleur et pour le pire.

Ce soir, le président est donc d’humeur de pinson. Heureux de voir son héritier naturel lui succéder. Peu mécontent de voir Valls s’empêtrer dans des manœuvres ingérables que les électeurs lui feront payer, pense-t‑il. Heureux avec Julie Gayet, qui le dévore des yeux et dont il aime la décontraction. Heureux de se projeter déjà dans les législatives.

Il adore supputer, projeter, être mis au courant des situations locales. Anticiper. Encourager les socialistes à rester groupés. « Macron va essayer de vous décrocher individuellement. Restez unis. Faites bloc. Il ne peut rien », voilà les consignes qu’il passe, directement ou via Stéphane Le Foll.

Il s’en régale par avance, de ces élections inédites. Quadrangulaires puisque le paysage politique français est désormais coupé en quatre blocs d’égale épaisseur : la droite, le FN, En Marche ! et la France insoumise. Et un cinquième, dévoré de toute part, qui ne demande qu’à renaître.

La présidentielle a signé la fin du cycle d’Épinay. Il faut reconstruire et il se projette très bien en reconstructeur. « Emmanuel ne voudra pas gouverner avec la droite, prophétise le président. Il devra trouver des accords avec la gauche de gouvernement, c’est-à-dire avec nous. »

Extrait de "Il faut imaginer Sisyphe heureux - Les cents derniers jours de Francois Hollande" de Françoise Degois aux Editions de L'Observatoire

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