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Quand et comment NKM a décidé de conquérir la mairie de Paris
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Bonnes feuilles

Quand et comment NKM a décidé de conquérir la mairie de Paris

NKM construit sa trajectoire vers l'Élysée, se rêvant en nouvelle "Iron lady". Cette année, le chemin de l'ancienne ministre et porte-parole de Nicolas Sarkozy traverse la campagne de Paris. Vainqueur de la primaire à droite, au centre du jeu pour les municipales, elle vit cette candidature comme une petite présidentielle. Extrait de "NKM, la présidente" (1/2).

Soazig Quéméner

Soazig Quéméner

Soazig Quéméner a 36 ans. Entrée au Journal du dimanche en 1999, elle y a suivi les dossiers « Environnement » et « Religion » avant d’entrer au service politique en 2010.

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À la sortie du pont Chaban, Premier ministre qui n’a jamais réussi à atteindre l’Élysée, elle nous fait une révélation. « La première fois que j’ai pensé à la mairie de Paris, c’était en 2001 ou 2002, au moment d’entrer dans la vie politique », confesse- t-elle. Si tôt que cela ? « J’ai toujours eu un bout de vie à Paris », tient- elle à se justifier. En 2001 ou 2002 ? La jeune ingénieur n’avait alors pas trente ans et pas le moindre mandat mais celle qui tentait d’obtenir, appuyée par Jacques Chirac, une investiture pour les législatives se voyait en secret lui succéder, comme maîtresse de l’Hôtel de Ville. S’il fallait un marqueur de ce formidable appétit politique, de son ambition débridée, le voilà ! Plus d’une décennie a passé. Pour que NKM puisse être enfin candidate à Paris, il aura fallu un très bel alignement de planètes, une capacité à saisir les occasions et le coup de pouce de l’un de ses plus farouches adversaires au sein de sa famille politique, Jean- François Copé, sans même que celui- ci le devine.

C’est d’abord un député de Paris, l’ancien urologue de François Mitterrand, Bernard Debré, avec qui, nous le verrons, NKM a des liens de parenté, qui ravive la flamme capitale. « En septembre 2012, j’ai fait l’analyse suivante : je me suis dit qu’il y avait trois personnes à droite qui pouvaient se présenter à la mairie de Paris, François (Fillon), Valérie (Pécresse), ou Nathalie. Moi j’ai déjà soixante- huit ans et les autres, eh bien, ce sont des brêles », raconte- t-il très doctement. Ce filloniste comprend vite que l’ancien Premier ministre qui vient pourtant d’être élu député de Paris, après trente et un ans de mandat dans la Sarthe, ne souhaite pas se lancer dans ce combat. « Je n’ai jamais eu l’intention de me présenter à la mairie de Paris, confirme François Fillon. Mes amis me disaient de faire comme Jacques Chirac qui avait commencé par remporter l’Hôtel de Ville avant de conquérir l’Élysée. Mais je trouve que ce sont des raisonnements d’un autre siècle. » À bon entendeur… De son côté l’ancienne ministre du Budget, Valérie Pécresse, fait vite savoir par voie de presse qu’elle se consacre aux Régionales en Île- de- France. Toujours à l’affût, NKM décroche son téléphone et répond au frère jumeau de Jean- Louis Debré, président du Conseil constitutionnel. « Bernard, il faut que l’on se voie », lance- t-elle au député- urologue de la manière la plus lapidaire qui soit. À sa manière. L’actualité nationale de l’UMP viendra télescoper et peut- être même accélérer ces manoeuvres d’approche.

(...)

Car elle aussi nourrit de hautes ambitions. Elle n’avait que trente- six ans quand elle l’a avoué, le plus naturellement du monde à une journaliste de Libération : « Je veux être présidente de la République. » En octobre 2009, déjà. Dans l’équipe de NKM, on a contesté cette formulation. La parution de ce portrait en dernière page du quotidien aurait suscité chez « Nathalie » un drame. Chose finalement assez courante, NKM répugne, uniquement quand cela la concerne d’ailleurs, à ce genre d’exercice de dissection. À la question cruciale de son ambition élyséenne, celle qui était alors secrétaire d’État à l’Économie numérique aurait simplement répondu : « Oui, comme tous les autres. » Présidente, « comme tous les autres » ? Quel aveu ! Dès 2009, elle songeait donc déjà à l’ultime compétition, se voyait figurer dans cette short- list que parfois l’on s’amuse à dresser sur des nappes en papier dans les déjeuners parisiens. Dès ce moment- là, elle jaugeait ses adversaires. Mentalement, elle évoluait dans le cercle fermé de ceux qui pensent à la conquête de l’Élysée le matin dans leur salle de bains, en se rasant, en se coiffant, ou en se brossant les dents, qu’importe. Mais « pas seulement le matin ». C’est- à- dire tout le temps. Nicolas Sarkozy avait fait cette confidence en 2003, il a été élu quatre ans plus tard.

À la fin du mois d’août 2012, tout ce que le parti de droite compte de présidents en salle de bains annonce vouloir participer à la compétition : Jean- François Copé, le secrétaire général de l’UMP, se déclare à son tour. Bruno Le Maire, ancien ministre de l’Agriculture, Henri Guaino, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Christian Estrosi, ancien ministre de l’Industrie, et Xavier Bertrand, ancien ministre de l’Emploi, tenteront, eux aussi, un tour de piste. Dans cette ronde des « ex », ne manquent que Valérie Pécresse, ancienne ministre du Budget, et Laurent Wauquiez, ancien ministre de l’Enseignement supérieur, qui se sont rangés sous l’aile protectrice de François Fillon. Mais tous ont oublié que la règle est viciée. Les statuts du parti, particulièrement flous, ont été rédigés pour un congrès d’acclamation. En 2002, Alain Juppé, premier président de l’UMP, l’avait emporté au Bourget avec 79,42 % des voix. Deux ans plus tard, toujours au Bourget, Nicolas Sarkozy, soutenu, on s’en souvient par son jeune fils Louis souhaitant « bonne chance » à son « papa », écrasait ses concurrents avec 85,1 % des voix. Mais en 2012, dans l’après- Sarkozy, aucun leader ne parvient à faire plier les autres.

S’engage une bataille sauvage entre un Fillon qui, fort de son aura d’ancien Premier ministre populaire, pense pouvoir être le nouvel élu de la droite, et un Copé qui n’a qu’une obsession, l’Élysée. Les autres n’ont pas pu se présenter, butant sur l’obstacle des 8 000 parrainages militants, préalable nécessaire à toute candidature. Pour réunir ces paraphes, NKM s’était infligé cet été- là un baroque tour de France à la rencontre des militants. Embarquée dans une camionnette avec affiche à son effigie, rebaptisée « la NKMobile » par son équipe, jamais à court d’une trouvaille marketing. Elle a échoué à 1 000 signatures du but. À trente- neuf ans, c’est là sa toute première défaite politique. Près du siège de l’UMP, elle organise une conférence de presse, le 18 septembre 2012. Plutôt que de reconnaître son échec, elle s’arrange pour le retourner en une expérience positive : « C’est un trésor pour moi, un fichier pour la suite », se vante- t-elle en désignant les cartons qui contiennent les précieuses signatures.

Le soir des résultats de la consultation, l’écart entre Copé et Fillon est ténu. Le premier s’autoproclame vainqueur. Deux jours plus tard, sur la foi de voix oubliées, le second entame une longue contestation. Avec Bruno Le Maire, NKM prend la tête du mouvement des « non- alignés ». Ils réclament une nouvelle élection militante pour la présidence de l’UMP. Non sans arrière- pensées : les deux anciens ministres de Nicolas Sarkozy souhaitent que soient instaurées de nouvelles règles pour pouvoir eux aussi y participer. « Elle essaie de se faire une notoriété sur notre dos », grogne alors François Fillon.

En réalité NKM- Marthe s’est déjà fixé un nouveau cap, grâce à Jean- François Copé. Quarante-huit heures après son coup de force, celui- ci a voulu la rencontrer. Le mardi 20 novembre, il l’accueille dans son bureau immaculé, au huitième étage du siège du parti dans le XVe arrondissement de Paris. Comme le bâtiment du journal Libération, il s’agit d’un ancien parking transformé en bureaux. Jean- François Copé tient Nathalie Kosciusko- Morizet en peu d’estime. Elle ne fait pas partie de son cercle de fidèles, il n’a pas oublié qu’elle l’a traité de « lâche et inélégant » pendant le débat parlementaire sur les OGM. Et il a longtemps considéré ses ambitions présidentielles avec le plus grand mépris. « Si on va par là, cela peut être plein de gens », confiait- il, dédaigneux, à l’automne 2011. S’il reçoit NKM ce jour- là, c’est d’abord parce qu’il lui plaît que l’ancienne porte- parole de Nicolas Sarkozy vienne reconnaître sa victoire, sa victoire à lui.

Pas dupe, NKM a soigneusement préparé le rendez-vous avec son entourage. Son plan ? « Nous avions décidé de ne rien dire à Copé, explique l’un de ses conseillers. Ou plutôt que nous allions demander un poste qu’il ne pouvait pas nous donner. » La jeune femme réclame donc la présidence du conseil national du parti. Elle sait bien que le président de l’UMP ne pourra jamais répondre favorablement à sa requête. Toute particulière dans l’organigramme de l’UMP, cette place de choix est dévolue à l’ancien Premier ministre, Jean- Pierre Raffarin, l’un des seuls soutiens de poids de Copé. Impensable de le mettre de côté. Dans ce jeu de poker- menteur, Copé avance une autre carte, tout aussi inacceptable pour la députée de Longjumeau. Il lui offre le rôle de chef de file de l’UMP pour les Régionales de 2015 en Île- de- France. Une place déjà bien occupée par Valérie Pécresse, chef du groupe d’opposition à l’Assemblée régionale.

Un piège grossier. D’ici à penser que la proposition n’a été faite que pour, dans un jeu de billard à trois bandes, sortir au grand jour, être commentée et semer la zizanie là où il le souhaite… En effet, le patron du parti ne pardonne pas à Valérie Pécresse, l’ancienne ministre du Budget, d’être passée sans transition de l’éphémère club des mousquetaires, un groupe de ténors de droite (Copé, Christian Jacob, Luc Chatel, Bruno Le Maire, François Baroin, Pécresse) qu’il considérait comme l’un de ses bras armés, aux rangs fillonistes lors de la campagne interne. Cette petite pique en direction de la chiraquienne Valérie montrera qu’il ne fera rien pour lui faciliter la tâche en 2015, au moment des élections régionales. Comme prévu, NKM décline la proposition. La région ne l’intéresse pas et il n’est pas question pour elle de se laisser entraîner dans un combat contre Valérie Pécresse. Femmes, quadragénaires, douées, rescapées sans trop de blessures du quinquennat Sarkozy, à la différence des étoiles filantes Rachida Dati et Rama Yade, elles savent qu’un jour, elles s’affronteront. Mais le plus tard possible, espèrent- elles. Pour le moment, les deux anciennes ministres de Sarkozy font semblant de s’apprécier, même si elles n’ont guère en commun que leurs origines bourgeoises. Nathalie Kosciusko- Morizet est déterminée, frondeuse et transgressive. Valérie Pécresse est tout aussi tenace mais plus policée et travailleuse. Ce n’est pas un hasard si la première a été la porte- parole de Nicolas Sarkozy tandis que la seconde, en lice pour Matignon en 2017, avance dans le sillage de Fillon. Les deux voies qu’elles explorent s’affichent jusque dans le titre de leurs livres. En 2009, NKM publie un aguicheur Tu viens ? Pécresse réplique en 2010 par un plus consensuel : Et si on parlait de vous ?

Malgré les apparences, NKM ne sort pas les mains vides de ce rendez- vous avec Copé. Cinq mois après sa réélection aux législatives dans la quatrième circonscription de l’Essonne, deux mois après avoir échoué à recueillir suffisamment de parrainages pour concourir à la présidence de l’UMP, les berges de Seine viennent d’apparaître derrière la brume. « Quelque part, Jean- François Copé a réveillé chez elle l’idée que d’autres échéances approchent et que des gens l’imaginent ailleurs », note l’un de ses proches conseillers. Pour évoquer le fonctionnement de Nathalie Kosciusko- Morizet, son mari, Jean- Pierre Philippe, utilise une expression très imagée. Selon lui, dans le manège politique, elle fait partie de ceux qui savent « attraper la queue du renard ». Une occasion se présente, elle la saisit. Huit jours plus tard, NKM rencontre enfin le député Bernard Debré pour évoquer son éventuelle candidature à Paris. « À partir de ce moment- là, ses yeux brillent, poursuit son conseiller qui l’invite à foncer : Si tes yeux disent la vérité, tu dois y aller. » Et d’insister : « De toute manière personne ne s’implante à Longjumeau dans l’Essonne (la ville dont elle est alors le maire), ni à Longpont non plus d’ailleurs (le village où elle habite). Ce bled n’est même pas sur mon GPS ! » D’un argument, son conseiller va achever de la convaincre : « Tu as intérêt à le faire. Et puis, tu pourras difficilement faire plus mal que Panafieu. » Françoise de Panafieu, candidate de la droite en 2008, avait échoué face au maire sortant Bertrand Delanoë, perdant au passage une vingtaine de conseillers de Paris.

Pour évoquer sa décision, NKM explique : « En politique, il y a un moment où ce qui fait la différence, c’est la détermination, une manière de prendre des risques. Vous êtes dans un système qui a son inertie, ses habitudes. Les moments les plus intéressants sont ceux qui rencontrent une certaine limite. Il faut beaucoup d’énergie pour en sortir. » Elle se fait mystique, plus Marie au fond que Marthe : « Ce ne sont pas des instants au fil de l’eau. Vous exercez alors une forme de liberté. Ce sont des moments qui changent l’ordre du monde. » Des moments où l’on attrape la queue du renard.

Extrait de "NKM, la présidente", Soazig Quéméner (JC Lattès Editions), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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