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Depuis 2013, il se vend plus de prosecco que de champagne dans le monde.
Depuis 2013, il se vend plus de prosecco que de champagne dans le monde.
©Reuters

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Prosecco : la nouvelle folie des apéros italiens est-elle une menace pour les producteurs de champagne ?

Depuis 2013, il se vend plus de prosecco que de champagne dans le monde. Une pénurie de cet alcool italien est même envisagée avant la fin de l'année, suivant l'état des récoltes.

Fabrizio Bucella

Fabrizio Bucella

Fabrizio Bucella est professeur des Universités (Université Libre de Bruxelles), physicien, docteur en Sciences et sommelier.

Il est Juré-Expert dans de nombreux concours internationaux, journaliste à la Revue des Vins de France, et il écrit régulièrement des articles et billets concernant le vin et la bière pour des sites spécialisés et généralistes.

Consultez son dossier des 10 meilleurs bars à vin à Bruxelles (Revue des Vins de France).
Son compte Twitter :@FabSommelier

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Atlantico : Comment expliquer le succès du prosecco en France, vin blanc pétillant italien ? Est-ce dû au prix du prosecco plus abordable que le champagne ?

Fabrizio Bucella : En effet, selon une étude de l'Observatoire italien du vin, l'année dernière, 307 millions de bouteilles de prosecco se sont vendues contre 304 millions de champagne. Il faut donc d'abord relativiser. Il y a un dépassement en termes de volumes, mais cela se joue à peu. Ce qui est important à noter est la tendance lourde, non négligeable, puisque d'année en année il se vend plus de prosecco. Mais en valeur, entre prosecco et champagne, cela n'a rien à voir, le marché en valeurs est bien entendu favorable au champagne. Le prosecco est un vin blanc pétillant de la région italienne de Vénétie et son marketing est efficace. Un certain nombre de marques de prosecco sont la propriété de grands groupes, ayant une force de frappe importante.

Il faut noter que ce qui explique cette tendance, c'est avant tout les tendances du marché qui sont très différentes. La vision du marché du champagne n'est pas d'augmenter indéfiniment la production, d'étendre les appellations facilement, mais de mieux valoriser la bouteille, c'est-à-dire conserver caractère luxueux du produit. Quant au prosecco, il s'agit clairement d'un marché de volumes. Prenons un peu de distance avec ce phénomène, il se vend par exemple 5 fois plus de cava que de prosecco en France !

Quels sont les profils d'amateurs de champagne et ceux de prosecco ?

Beaucoup d'études ont été faites  à ce sujet, notamment en France. Ce n'est pas forcément le profil mais la situation qui diffère. La même personne peut boire du champagne dans certains moments et dans d'autres du prosecco. Certains boivent d'ailleurs ce vin blanc italien sans le savoir, dans des cocktails comme le spritz ou un bellini. Le prosecco est une boisson très peu formelle, de partage et de convivialité, à l'image du rosé.

Au Royaume-Uni, les ventes de prosecco ont bondi de 72%  en un an pour atteindre 338,6 millions de livres soit 479 millions d'euros. Celles de champagne ont certes, modestement progressé de 1,2% sur la même période, mais reste en deçà du mousseux italien avec 250 millions de livres soit 353 millions d'euros en termes de ventes. Dans quelle mesure le prosecco peut-il être une menace pour les producteurs français de champagne ?

Il n'y a aucune menace. Ce n'est pas le même terrain, ce n'est pas le même produit, pas la même fabrication. Le champagne ne va pas être remplacé par le prosecco demain, cela me semble évident. Par contre, le prosecco peut être un concurrent quelque peu gênant pour les crémants. Ces derniers sont justement en dessous des 10 euros, alors que le segment de prix du champagne  est au-dessus de 15 euros. Il va falloir observer si cette mode du prosecco va augmenter de manière globale la consommation de vins effervescents en France – sans consommer donc moins de crémants - , ou si au contraire, le consommateur va vouloir changer et boire un alcool qui a le goût de l'Italie. Il est trop tôt pour le dire aujourd'hui.

Comme je l'expliquais plus haut, le prosecco  bénéficie d'une image décontractée, détendue. On propose ainsi naturellement de le mixer ce qui est difficilement envisageable avec le crémant. C'est novateur, bien que le produit ait plusieurs centaines d'années cela apporte une fraicheur dans un univers viticole plutôt traditionnel. Un consommateur jeune, urbain, féminin y est assez sensible.

Vins rosés italiens, Spritz, Aperol… Les alcools italiens ont le vent en poupe en France notamment. Pourquoi ? D'autres alcools français sont-ils menacés ?

En matière de vin rosé, la population française est une énorme consommatrice, bien plus que de vin blanc ! Et la France n'a pas assez de vin rosé puisque 22% des vins rosés importés arrivent en France, la France consommant 37% de la production mondiale de vin rosé. On importe des rosés d'entrée de gamme ou de complément de gamme essentiellement. Ces rosés ne sont donc pas forcément en conflit avec la production française de certaines régions.

Avec les alcools, autres que bière et vin, les histoires à succès ne sont pas toujours considérées dans notre pays. La très belle production de cognac est peu reconnue, pour beaucoup en France c'est un produit ringard alors qu'outre Atlantique on en est friand, c'est tendance.

Ces apéritifs italiens font partie d'un effet de mode, cela touche d'autres pays que la France, et ce n'est pas forcément au détriment de la production des alcools locaux.

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