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Nouveau clivage

Progressistes contre nationalistes : le clivage qui pourrait fragiliser la cohésion de La République En Marche

On a beaucoup dit que la victoire d’Emmanuel Macron avait fait sauter le clivage droite- gauche. Elle a surtout marginalisé ceux qui occupent ces deux côtés de l’échelle politique, les réduisant à un espace beaucoup plus étroit qu’auparavant.

Vincent de Bernardi

Vincent de Bernardi

Vincent de Bernardi est directeur de la communication et des relations institutionnelles de CCI France. Il a été auparavant directeur du service d'information du Gouvernement (SIG), directeur général du Syndicat de la Presse Quotidienne Régionale (SPQR) et conseiller dans différents cabinets ministériels. 

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Pourtant le macronisme reste fortement traversé par ce vieux clivage gauche droite. Dans le portrait-robot dresser par Ipsos pour la Fondation Jean Jaurès, les sympathisants du mouvement En marche se divisent sur bien des sujets. Si le libéralisme économique constitue le ciment idéologique des marcheurs, la cohésion est loin d’apparaître sur les questions de justice sociale, d’immigration ou plus encore sur l’islam.

A quelques mois des élections européennes, et après une année d’exercice du pouvoir, le macronisme apparaît de plus en plus challengé par les Républicains de Laurent Wauquiez et par le Rassemblement National de Marine Le Pen, avec qui il n’a pas réussi à creuser l’écart. Libéraux et europhiles, les soutiens d’Emmanuel Macron devront croire en la capacité du Président à faire de cet enjeu un match entre progressistes et conservateurs nationalistes. Ces dernières semaines, le ton est monté entre les deux camps, donnant à Matteo Salvini et surtout à Viktor Orban le statut de meilleur opposant au modèle d’une Europe à tendance fédéraliste. A droite de l’échiquier politique, il ne fait aucun doute que Marine Le Pen les suivra dans la promotion d’une Europe des nations libres et des identités. La position de Laurent Wauquiez demeure ambigüe après le vote du Parlement européen qui visait à interpeler fermement la Hongrie sur la détérioration des libertés individuelles, la réduction du pluralisme de la presse, les atteintes répétées à l’expression de l’opposition, les menaces sur l’indépendance de la justice. Il a semé le trouble chez une partie de ses électeurs en disant que Viktor Orban avait toute sa place au sein du Parti Populaire européen, formation politique de droite modérée dans laquelle siègent les députés européens LR. Sa position revient à dédouaner le dirigeant hongrois de violation grave à l’Etat de droit, aux valeurs de la France comme de l’Europe.

Ailleurs, les leaders de droite n’ont pas tergiversé et ont même fermement condamné Budapest, y compris le chancelier autrichien qui gouverne avec une coalition d’extrême-droite. Dans une tribune publiée dans la presse nationale, Nathalie Loiseau, la ministre des affaires européennes a souligné l’orientation singulière de Laurent Wauquiez qui choisit de s’aligner sur la droite nationaliste française et européenne. Incontestablement, il s’agit d’un « étrange compagnonnage ». Le politologue Luuk van Middelaar, ex conseiller du président du Conseil européen Hermann Von Rompuy, auteur d’un essai intitulé « Quand l’Europe improvise », analyse le positionnement du premier ministre hongrois et estime qu’il pourrait prendre la tête d’une extrême-droite européenne. Il est le seul à être solidement installé au pouvoir. Il manie avec habileté son côté chrétien-démocrate, rendant hommage à Helmut Kohl, avec une ligne dure anti-immigration qui fait recette en Italie, en Pologne, en France et jusque dans les pays scandinaves. En soutenant Orban, Laurent Wauquiez choisit son camp. Il sait que les questions d’immigration comme celles sur la place et le rôle de l’islam suscitent de fortes inquiétudes chez les Français, y compris chez les sympathisants d’En Marche. L’enquête d’Ipsos pour Le Monde et la Fondation Jean Jaurès sur le profil des « macronistes » le souligne. 37% d’entre eux approuvent l’idée qu’il y a trop d’immigrés en France. Ils sont 44% à estimer que l’Islam représente une menace pour l’occident. C’est là que la stratégie d’Emmanuel Macron apparaît risquée. Pourra-t-il refaire en Europe ce qu’il a réussi à faire en France, c’est-à-dire « casser » les partis politiques de droite comme de gauche, et rassembler autour de lui, les partisans d’une Europe libérale, d’une Europe en marche ? Le contexte a beaucoup évolué, son étoile a pâli et son socle électoral donne des signes de fragilité. Au plan intérieur, plusieurs évènements sont venus entamer la confiance des électeurs.

Si l’affaire Benalla témoigne que les pratiques du vieux monde existent encore dans les allées du pouvoir, les résultats des réformes engagées tardent à venir. Peu d’indicateurs permettent de dire que les choses s’améliorent et le gouvernement semble hésiter même s’il affirme que « le cap est là ». Au plan européen, Emmanuel Macron demeure peu suivi par ses partenaires sur les consultations citoyennes sur l’avenir de l’Union Européenne et le relatif affaiblissement d’Angela Merkel ne pourra vraisemblablement suffire à lui conférer un leadership continental face à Orban et Salvini qu’il a lui-même mis en scène dans ce match pour les élections européennes.

 

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