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Nicolas Sarkozy.
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Primaires UMP pour 2017 : ce que Nicolas Sarkozy devra réussir s'il veut y échapper, ce que les autres devront avoir fait pour parvenir à les lui imposer

C'est la question qui fâche à l'UMP, avec d'un côté les partisans de primaires comme Xavier Bertrand, François Fillon ou Jean-François Copé et de l'autre les soutiens de Nicolas Sarkozy comme Brice Hortefeux ou Nadine Morano.

Atlantico : Que doit faire Nicolas Sarkozy pour arriver en position de force en 2016 et éviter de passer par la case primaire en vue de l'élection présidentielle de 2017 ? 

Marc Crapez : La vérité est que personne n’en sait rien. Cela dépend d’évènements qui ne sont pas encore advenus. On peut néanmoins formuler des hypothèses. Premier scénario, en cas de krach économique suivi d’un délitement politique, il se pose en  recours gaulliste. Ce super-Sarko à la sauce 1958 ne va pas de soi, car il n’existe plus la possibilité d’un coup d’Etat parlementaire en douceur comme à l’époque.

Deuxième scénario, apparaître comme le Sauveur interne à la droite si l’UMP faisait de moins bons scores que le Front national aux municipales puis aux européennes. Ce serait un Sarko-capitaine, chargé de mettre tout le monde d’accord en sauvant du naufrage le vaisseau de la droite. Mais contrairement aux autres commentateurs, je n’envisage pas cette éventualité. A mon avis, le FN ne dépassera pas l’UMP, car les résultats des élections intermédiaires sont des indicateurs plus fiables que les sondages.

Troisième scénario, celui d’un Sarko-stratège, arrivant en position de force en 2016 par la portée de ses propositions et des ralliements à sa personne… Le plus plausible est un Sarko-tacticien qui plaidera l’union sacrée et la hauteur de l’enjeu, en vue d’affronter à armes égales François Hollande et Marine Le Pen, sans s’être auparavant "dévalué" dans les méandres d’un processus de qualification interne

Marika Mathieu : Nicolas Sarkozy peut tout à fait continuer sur sa lancée, à savoir d’un côté entretenir sa popularité à coups de cartes postales (ou de tweets) choisis aux Français, et de l’autre veiller à ne rien dénouer des rivalités qui règnent à l’UMP. Ses soutiens directs s’y font rares, une fois passés Nadine Morano et Brice Hortefeux, mais il a tout à gagner à ce qu’aucun leader ne se détache en son absence.

Polluer le débat interne par le roman public de son retour annoncé, multiplier visites et confidences et entretenir le mythe d’une armée de l’ombre, telle est en somme la meilleure manière d’inhiber, quoi qu’ils en disent, les ambitions des autres et de se placer en tête (par déni du corps). Le scénario de l’homme providentiel ne peut fonctionner que sur un champ de bataille.

Est-ce qu'un apaisement des tensions entre lui et Jean-François Copé est essentiel pour Nicolas Sarkozy ?

Marc Crapez : Bof, y a-t-il autant de tensions que cela entre les deux hommes ? En politique, la politique du pire fonctionne rarement. Il n’est pas exact, par exemple, que Jean-François Copé téléguide, ni même souhaite, la défaite de NKM à la mairie de Paris. C’est une vision pseudo-perspicace.

Copé est en difficulté parce que moult journalistes s’acharnent contre lui en "l’extrême-droitisant" alors que, dans le même temps, comme il est très anti-FN, il ne "mord" absolument pas sur l’électorat FN. Il perd ainsi sur les deux tableaux. Quant à Sarkozy, il est plébiscité à droite, mais il demeure très impopulaire à gauche et détesté aux extrêmes. Autrement dit, s’il rassemble l’essentiel des sympathisants UMP, il reste honni par certains Français et globalement 6 sondés sur 10 ne lui font pas confiance.

Marika Mathieu : Nicolas Sarkozy dispose d’une carte que Jean-François Copé regrette sûrement, mais l’actuel président de l’UMP a annoncé publiquement et solennellement qu’il soutiendrait Nicolas Sarkozy en cas de retour. Autant dire que Nicolas Sarkozy part gagnant sur ce terrain, sans oublier que le courant majoritaire de l’UMP, la Droite forte, alliée de Jean-François Copé, a le sarkozysme chevillé au corps et travaille d’arrache-pied à son retour, notamment par le biais de l’Association des Amis de Nicolas Sarkozy. C’est donc Jean-François Copé qui a bien plus intérêt à récupérer un peu de l’aura de Nicolas Sarkozy que l’inverse.

Que doivent faire les autres membres de l'UMP pour imposer une primaire à Nicolas Sarkozy, comme le souhaite par exemple Xavier Bertrand ? 

Marc Crapez :Prendre les médias à témoin pour faire pression sur Sarkozy, mais ce serait trahir son camp. De plus, cette affaire de primaires n’est pas forcément à prendre au sérieux. Certains se positionnent dans les starting-blocks pour acquérir une image de premier-ministrable. Xavier Bertrand est une valeur sûre de l’UMP. Ce parti doit se préoccuper d’essayer de faire élire un président qui, au lieu de promettre d’inverser la courbe du chômage en un an et demi, promettra une embellie du chômage au bout d’un an et demi, une fois que les effets des réformes se seront fait sentir.

Marika Mathieu : Les primaires de l’UMP ne devraient pas être en question, c’est déjà une victoire de Nicolas Sarkozy que de laisser planer le doute autour d’une élection inscrite dans les statuts du parti. Ces primaires sont à défendre au nom de ces statuts et dans le cadre de la démocratisation de l’UMP qui, après l’élection désastreuse de son président, ne peut se permettre d’abdiquer face à cette échéance. Le dernier sondage BVA est éclairant. Si 62% des sympathisants de droite souhaitent le retour de Nicolas Sarkozy, 68% souhaitent aussi qu’il en passe par les primaires. C’est sur le désir de démocratie interne qu’il faut appuyer, sur le désir de reconstruire une unité solide au sein du parti, et non pas sur le principe de rivalité ou d’évitement de Nicolas Sarkozy.

Doivent-ils avant tout se réunir et cesser les querelles internes ? Comment ?

Marc Crapez : L’union est une grande thématique de la droite car les hommes politiques de ce bord sont plus individualistes et moins disciplinés que ceux de gauche. Alain Juppé et Henri Guaino exceptés, le conseil national de l’UMP s’est réuni samedi dernier pour entériner son programme élaboré en décembre. Occasion d’émettre des critiques plutôt factuelles, donc intéressantes, sur les annonces du gouvernement comme sur le programme du Front national. François Fillon a imaginé ce que serait la nation française "si nous avions le cran de la réformer vraiment"…

C’est le programme le plus libéral depuis celui de la droite en 1986 (revenir à un taux de dépenses publiques de 50% du PIB en cinq ans, plafonner les revenus de la solidarité à 75% du Smic…). A mon sens, il y manque des mesures d’exemplarité telle qu’une réduction drastique du train de vie au sommet de l’Etat. Et puis des mesures qui déplaisent à certains libéraux inconséquents : tempérer les retraites-chapeau élevées, mettre des freins à l’optimisation fiscale, sabrer dans les niches fiscales et diminuer l’indemnité chômage pour les cadres sup.

Marika Mathieu : En étudiant la Droite forte, c’est avant tout le vide idéologique du parti qui me semblait à l’origine de la dérive vers les thématiques identitaires et sécuritaires du FN. C’est ce que j’ai nommé "la droite meuble", une droite qu’on peut bouger en tous sens sans trouver son point de résistance. Une droite qui ne travaille pas. De la même manière, les querelles internes reposent sur la difficulté à situer le projet de l’UMP, autrement dit, à reconstruire une vocation politique pour ce parti. Les propositions très libérales issues du conseil national de samedi dernier ne font pas l’unanimité car elles semblent manquer de justifications autres que celle de la "surenchère". L’alliance avec l’UDI est introuvable, sauf à Pau… La droite identitaire continue de mener le débat sur les questions sociétales sans que la stratégie du parti vis-à-vis du FN ne soit éclaircie.

Les élections européennes, que Nicolas Sarkozy attend avec impatience comme pour signer la débandade du parti sans lui, ne feront que rappeler que rien n’est réglé entre fédéralistes et souverainistes. Il me semble donc, pour en revenir à la base, qu’un véritable travail de réflexion et d’édification d’un projet politique solide est la meilleure manière de faire l’unité, aussi bien dans l’opposition que dans la reconquête éventuelle du pouvoir. C’est ainsi que Nicolas Sarkozy a procédé en 2007 car aucun chef ne s’impose pas par son seul charisme. Les prétendants au trône devraient donc s’armer de propositions politiques plutôt que d’enjeux stratégiques s’ils veulent emporter la mise. Mais j’imagine sans doute un autre monde.

La popularité de Nicolas Sarkozy est-elle suffisante pour lui permettre de tenter une candidature dissidente ?

Marc Crapez :Oui. Edouard Balladur, lui, avait échoué dans sa candidature dissidente, mais il n’était pas ancien président. Cela dit, je ne crois pas que Sarkozy aille jusque-là. A supposer qu’il soit en situation et que l’UMP ne cède pas, il se pliera à la primaire et la remportera. Ce qui travaille en sa faveur, outre l’impéritie de ses adversaires PS et la fragilité de ses concurrents UMP, c’est ce cri du cœur qui fait son chemin à chaque nouvel épisode du feuilleton-Hollande : imagine-t-on le tollé si c’était arrivé sous Sarkozy ?

Son meilleur ennemi, c’est souvent lui-même. On lui prête des déclarations à l’emporte-pièce sur la nullité de ses rivaux UMP et le mauvais score qui attend cette formation aux élections municipales. Si c’est véridique, cela confirmerait le portrait que l’on brosse de lui sous les traits d’un homme ayant tendance à dire "heureusement que je suis là bande de nazes !", et à se dire "je pense deux choses en même temps pour épater la galerie, la gauche ne va pas en revenir !" (*). Propension à mésestimer les siens et à vouloir plaire à l’adversaire. Et pas au peuple de gauche, ce qui est honorable, mais aux intellectuels de gauche, ce qui n’offre à une pensée de droite que des victoires à la Pyrrus.

Marika Mathieu : Certes la popularité de Nicolas Sarkozy est grande, et comme le reconnaît Jean-Pierre Raffarin, si elle se maintenait loin de celle de tout autre dirigeant de la droite, il faudra se résoudre à soutenir sa candidature au nom de l’unité. Mais tous ne sont pas dans les bonnes dispositions de Raffarin, Fillon en tête, et déjà les menaces fusent, comme celle de prévenir que si Nicolas Sarkozy devait ainsi se présenter, il ne serait pas le seul. En imaginant que Nicolas Sarkozy évite les primaires et se présente directement, il faut donc plutôt imaginer que la candidature dissidente soit celle… de l’UMP ! Et sous les traits de François Fillon ou de Xavier Bertrand. Si ce genre de scénario suicidaire n’était pas déjà arrivé dans l’histoire de la droite, on pourrait éviter de s’en inquiéter, mais là…

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(*) Formules de Jean-Marie Bockel, émission de France 5 sur les Conseils des ministres ; et d’Alain Finkielkraut, interview au Figaro du 13/10/13.

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