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 Primaires : 
le quinté socialiste vu de droite
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En face

Primaires : le quinté socialiste vu de droite

Entre réflexions sur ce que le phénomène des primaires changera à la vie politique et comparatif ironique des gagnants et des perdants surprise de dimanche, revue de réactions à droite...

Matthieu Creux

Matthieu Creux

Matthieu Creux est blogueur politique sur Le Mal Pensant.

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Vu de droite, les primaires socialistes étaient une expérience inédite à commenter : c'était à la fois un évènement politique qui ne nous concernait absolument pas et en un séisme politique qui allait probablement révolutionner notre manière de faire de la politique dans les années à venir.

Le sentiment qui s'en dégage en coulisse, à l'UMP, est très partagé. Rue la Boétie, on se demande ce que vont devenir les militants s'ils ne pèsent pas plus que les sympathisants, in fine. Ce n'est pas du tout dans la culture de la droite que de se chercher un chef pour les réunir tous. Ou le champion s'impose sans débat, comme Sarkozy, ou il y a dissidence car on se doit de rester la droite la plus bête du monde (Chirac-Balladur, Séguin-Tibéri…). L’UMP a déjà fait des primaires d’ailleurs : des simulacres (Sarkozy contre Rachid Kaci en 2006 pour la présidentielle) et des guerres fraternelles (Karoutchi contre Pécresse en 2009 pour les régionales). 

Pourtant, on aimerait bien finir "à l'américaine", avec deux grands partis (le PS à gauche, l'UMP à droite, et finies les petites candidatures à la Borloo ou à la Villepin qui parasitent le scrutin et font perdre des voix), des primaires ouvertes et en conclusion, d'immenses bases de données de sympathisants collectées et un régime qui deviendrait ultra-présidentiel, conséquence directe des primaires qui confère à un candidat la seule légitimité à représenter non pas un parti mais un bord politique tout entier.

Hier soir, sur les réseaux sociaux, la droite a pris un malin plaisir à relayer les fuites des résultats insignifiants de la primaire en Outre-Mer ou en Amérique du Nord. Ensuite, on a fait la liste (non déclarée à la CNIL, évidemment, mais qui se retrouvera vite publiée sur des blogs) des journalistes qui ont publiquement annoncé avoir voté aux primaires socialistes et qui ont donc signé la charte d’appartenance aux valeurs de gauche. Ça peut toujours servir… On s’est aussi rassuré en se disant que 96% (ndlr : 4% de votants si l’on prend en compte non le corps électoral mais la population française dans son ensemble) des français s’étaient abstenus d’aller voter. Ça nous laisse de la marge ! On s'est aussi étonné de voir que François Hollande avait établi son QG à la Maison de l'Amérique Latine, le restaurant-hôtel-particulier des grands patrons qui vaut bien, en terme de prestige, le Fouquet's !

Et puis comme tout le monde, gauche comprise, on a collectivement essayé de deviner puis d’établir, au gré des résultats partiels qui nous parvenaient de plusieurs sources, l’ordre du « quinté plus » gagnant. On s’est vite rendu compte qu’il y avait quatre perdants dont deux qui pouvaient gagner et un gagnant qui avait quand même perdu.

En résumé, les bobos des grandes villes ont majoritairement voté Martine Aubry quand ceux qui ont fait de l’humour corrézien et qui vivent dans les campagnes ont préféré voter François Hollande. Les (vrais) gens de gauche ont voté Arnaud Montebourg (qui fait + 50 % par rapport à son meilleur sondage) et les gens de droite ne sont pas allés voter aux primaires, le score de Manuel Valls l’attestant. A moins justement que les gens de droite soient allés voter Martine Aubry pour être certains de tomber sur la femme des 35 heures et du PACS, comme l’ont fait au moins 5 militants UMP que je connais. 

Du côté des perdants, Manuel Valls a découvert ce que Jean-Marie Bockel savait depuis quelques années déjà : le blairisme n’a pas sa place au sein du Parti socialiste français. Ségolène Royal s’est faite enterrer par sa propre démocratie participative et est enfin devenue une femme sensible en lâchant quelques larmes sincères devant les caméras. Incompréhensible comme toujours : elle pleure suite aux résultats des primaires mais fit la fête en 2007, le soir de sa défaite. La droite en a profité pour déclencher l’alerte enlèvement sur Twitter : 18,8 millions d’électeurs royalistes du second tour 2007 ont disparu. N'agissez pas seul. C’est bien dommage pour elle : en 2007, elle aurait pu devenir Présidente de la République et en 2012, elle aurait pu être 1ère Dame de France.  Elle finira le reste de ses jours politiques dans le Poitou.

Place maintenant au jeu des alliances...

Le jeu des alliances de second tour va être tout à la fois passionnant et déprimant, à coups sûrs. Au bilan, le Parti socialiste est divisé entre mondialistes et souverainistes, ce qu’on savait depuis le référendum de 2005 mais qu’on avait un peu oublié. Certains vont devoir oublier leurs idées ou renoncer à pactiser. 

Arnaud Montebourg va devoir essayer de concilier social-démocratie et « démondialisation ». Il a le choix entre les deux mêmes candidatures, si on reprend son analyse, lorsqu’il disait qu'il n'y avait aucune différence de fond entre FH2012 et MA2012. Il sait qu’il vaut plus cher chez Martine Aubry qui ne peut pas gagner sans lui, mais comment pourraient-ils s’allier, eux qui se détestent depuis des années (et les choses ont encore empiré avec l’affaire Guérini) ?

Comment Arnaud Montebourg pourrait rejoindre François Hollande, le « défaut » de Ségolène Royal, souvenez-vous, lui-même rejoint par Manuel Valls, l’homme qui n’avait qu’un pas à faire avant de prendre sa carte à l’UMP ? Comment pourrait-il rejoindre l’équipe de campagne d’Hollande dirigée par François Rebsamen, administrateur de Dexia au moment des crédits toxiques, lui qui hurle contre les banquiers voyous ?

Ségolène Royal devrait probablement appeler à voter François Hollande, d’abord parce qu’elle est légitimiste, ensuite parce qu’une mère peut difficilement éviter de se rapprocher du père de ses enfants et enfin, parce que Martine Aubry a triché au congrès de Reims en 2008, la privant de la tête du Parti. Cela ne suffira pas tout à fait à Hollande. 

Maintenant, la parole est à l’UMP, qui se voit offrir plus de 800 heures de temps de parole sur tous les plateaux pour rattraper l’exposition médiatique des primaires ! Et encore plus au lendemain du second tour... 

Hier soir, il pleuvait, comme le 8 mai 1981. Ce matin, il faisait froid, comme le 9 mai 1981. Un symbole pour les socialistes. Qu’ils n’oublient pas que si l’histoire peut bégayer, elle ne se répète pas. 



PS : Quelques comptes Twitter qui ont inspiré cet article et qu'il faut surveiller pour suivre la primaire vue de droite : @arnauddassier @koztoujours @[email protected]_veron @DominiqueReynie sans oublier @kaboul_fr

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