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La présidentielle n'aura pas lieu
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Politique spectacle

La présidentielle n'aura pas lieu

Polémique du 14 juillet, primaire socialiste : la campagne pour l'élection présidentielle 2012 pointe le bout de son nez. Au premier plan, plus de spectacle que d'idées. Bienvenue dans la politique du XXIe siècle...

Aurélien Fouillet

Aurélien Fouillet

Aurélien Fouillet est chercheur au Centre d’Etudes sur l’Actuel et le Quotidien (Université Paris V René Descartes). Il est docteur en Sociologie. Sa thèse s’intitule : "L’esprit du jeu dans les sociétés post-modernes. Anomies et socialités : Bovarysme, mémoire et aventure." Il a également collaboré à l’ouvrage dirigé par Michel Maffesoli et Brice Perrier : L’homme postmoderne.

Ses thématiques de recherche sont : le jeu, le risque, la morale, les nouvelles technologies, la science fiction et la bande dessinée.

Il est membre de la rédaction des Cahiers Européens de l’Imaginaire et l’un des trois fondateurs de La Tête qui manque.

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Les journalistes politiques, et certainement une partie des électeurs, attendent avec impatience le début de la campagne présidentielle de 2012.  Le top départ sera-t-il donné par la déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy – qui ne fait pourtant aucun doute – ou par l’éventuel retour à la vie politique de Dominique Strauss Kahn ? Personne ne peut prédire l’avenir et nous dire véritablement quand est-ce que cette course au palais présidentiel va commencer.  Et si la campagne n’avait tout simplement pas lieu ?

Quand la politique rejoint la fiction

Faisons un petit retour en arrière et revenons à ces moments où le soleil rayonnait sur la croisette (les vacances auraient dû commencer à ce moment-là). Un des films événements – pour la politique française tout au moins – devait être La Conquête. Film qui racontait l’histoire de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Quand soudain, nous avons appris stupéfaits l’arrestation du directeur du FMI dans l’avion qui l’amenait en Europe pour un sommet international, le G8.

Je ne vais pas revenir sur l’ensemble de la chronologie des événements mais n’y a-t-il pas eu ici un tournant, ou plutôt une cristallisation dans la vie politique française ? Le film qui devait humaniser notre illustre Président s’est retrouvé obsolète le jour même de sa sortie en raison d’une histoire bien plus croustillante et incroyable. Celle d’un homme politique puissant mouillé dans une affaire de mœurs avec une femme de ménage. L’homme politique menotté, l’homme politique humilié, l’homme politique entouré d’amis, l’homme politique conspué, la femme de ménage innocente, puis pute et menteuse, autant de rebondissements qu’un studio hollywoodien avec de bons scénaristes aurait pu nous concocter pour l’été prochain.

Bref, la politique rejoignait la fiction et la spectacularisation de la campagne présidentielle atteignait tous les sommets. Sidération des médias et des foules…

La société du spectacle, c'est ici et maintenant

Cela fait plusieurs années que l’on parle de déclin du politique, que l’Italie, en la personne de Silvio Berlusconi et de ses soirées Bunga Bunga, nous donne l’exemple typique de la politique spectacle. Ce déclin n’arriverait-il pas à son apogée ? Même si le Français est assuré que ce qui se passe ailleurs ne se passera pas chez lui, on peut remarquer depuis plusieurs années les taux d’abstention records aux différentes élections (souvenons-nous des dernières), ou l’écart grandissant entre les discours de nos hommes politiques et les réalités sociales du pays – dont la crise est un alibi qui tombe à point.

Bref, ne faisons pas de grands signes, arrêtons d’en appeler à nos illustres ancêtres, Général de Gaulle, Jaurès, plus récemment Pompidou et autres macchabées politiques, concentrons-nous plutôt sur le présent. On remarque alors que le déclin de la modernité et des valeurs contractuelles qu’elle portait est en train de s’effondrer face à la montée en puissance de valeurs émotionnelles et spectaculaires. Jean Baudrillard ou Michel Maffesoli ont bien décrit ces phénomènes. Sans oublier Guy Debord dont le titre d’un de ces livres est sans aucun doute visionnaire : La société du spectacle.

Les diverses gesticulations médiatiques de nos dirigeants, à défaut de résultats, nous divertissent au moins un peu. Qui ne s’amuse pas des envolées lyriques et dévorantes de Jean Luc Mélenchon – qui rappellent sans aucun doute la verve d’un Georges Marchais qui manque tant au bébête Show contemporain ? Qui n’est pas stupéfait devant les joutes merveilleuses entre Marine le Pen et Caroline Fourest accompagnée du chevalier Joffrin ? Qui n’est pas suspendu au suspens insoutenable que nous a fait vivre Martine Aubry Colombo concernant sa possible et éventuelle et évidente candidature ? Trêve de plaisanterie, les premiers à se délecter du spectacle ce sont les acteurs !!! Frappez alors les trois coups et que la pièce commence.

Polémique du 14 juillet, primaire socialiste : bienvenue au spectacle !

Pour illustrer ces considérations politico-estivales, voici deux exemples de la vie politique contemporaine.

Le premier d’entre eux concerne le défilé du 14 juillet. D’un côté, notre Premier ministre qui parle d’ancienneté de la culture française, sans préciser que le défilé a été instauré à la suite des « branlées » (pardonnez moi l’expression) qu’a subies l’armée française en 1870. Défilé qui a donc historiquement une valeur de renforcement du sentiment national. Sentiment qui, ne l’oublions pas, a mené l’Europe à deux guerres mondiales. Et de l’autre côté, Mme Joly qui, voulant rentrer en campagne, n’a rien trouvé de plus intéressant que de parler du défilé de nos pauvres bidasses et de nos élites polytechniciennes, certainement sur les conseils de la jeune tête blonde militante qui l’accompagne. Mais au-delà de la mauvaise foi des différents partis, on constate qu’une fois de plus le débat politique se cristallise sur un grand spectacle populaire.

Le second exemple concerne les primaires socialistes. On nous vend ces primaires comme de grandes réunions démocratiques, prenant exemple sur la campagne de ce pauvre Barack Obama. Mais n’est-ce pas oublier un peu vite la dimension spectaculaire gonflée à coup de dollars des campagnes américaines ? Confettis, ballons, t-shirts, spots de pub, stars de la pop musique et du cinéma sont les marteaux indispensables à tous types de bourrages de crânes et d’adhésions populaires outre-atlantique.

Régression, évolution, progrès ou danger pour la vie politique française, je n’ai personnellement pas d’avis sur les évolutions spectaculaires de la campagne présidentielle. Mais je me rappelle mes premières lectures de Pierre Clastres décrivant le chef de tribus brésiliennes ne possédant aucun pouvoir décisionnaire, n’étant là que pour souder le groupe autour de ces gesticulations verbales. Un chef élu démocratiquement, et spectaculairement, en ces temps de troubles, ne devrait-il pas avoir pour première fonction de rassembler les gens nom d’une pipe en bois ?

La campagne présidentielle n’aura donc pas lieu, pas comme nous l’attendions en tous cas.

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