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86% des Français considèrent que le gouvernement doit en priorité s’attaquer au train de vie des élus.
86% des Français considèrent que le gouvernement doit en priorité s’attaquer au train de vie des élus.
©Reuters

A moitié vide

Pourquoi s'intéresser au patrimoine des politiques sans se pencher sur leur train de vie donne une vision trompeuse de la réalité

Alors que les patrimoines des membres du gouvernement ont été dévoilés pour la première fois hier lundi, 86% des Français considèrent que le gouvernement doit en priorité s’attaquer au train de vie des élus, selon un sondage Opinionway.

 Monsieur T

Monsieur T

Agé de 34 ans, Monsieur T est membre d'un grand parti. Il a conseillé plusieurs élus. 

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Pour la première fois, les patrimoines des membres du gouvernement sont dévoilés. Mais ces déclarations ne disent rien du train de vie des ministres et plus généralement du train de vie de ceux qui font de la politique un métier. Qu’apprendrait-on si on s’y intéressait de près ?

Monsieur T : Qu’on la juge maladroite ou salutaire, la publication du patrimoine des membres du gouvernement a le mérite d’ouvrir un débat sur la transparence en politique, domaine dans lequel la France accuse un net retard par rapport aux démocraties d’Europe du Nord. Il s’agit de trouver le juste équilibre entre transparence et populisme. Je retiendrai un critère : toute dépense engagée dans l’exercice d’une fonction publique, qu’elle soit électorale ou non, doit être justifiée et publiée. Pourquoi ne pas élaborer un code de déontologie régissant chaque situation – restauration, déplacement, dépenses de communication - de façon précise ? Il permettrait de réduire la zone grise qui existe entre ce qui est légal et ce qui est moral. Il pourrait être révisé, à intervalles réguliers, pour tenir compte des pratiques et des aspirations de la société.

Selon un sondage Opinionway pour Tilder et LCI publié jeudi, 86% des Français considèrent que le gouvernement doit en priorité s’attaquer au train de vie des élus afin de redresser les comptes publics. Comment expliquer cette réaction ? Est-elle fondée ?

Dans la mesure où les sommes engagées proviennent de l’impôt, elle peut se justifier. Par ailleurs, au moment où chacun doit faire un effort, il semble normal que celui-ci soit partagé par le plus grand nombre. Pour autant, on ne peut pas dire que la réduction du train de vie des élus suffirait à redresser les comptes publics ! Certes, il existe des sources d’économies. Il suffit de consulter les rapports de la Cour des comptes pour s’en convaincre. Comme souvent, ce ne sont pas les idées qui manquent, mais la volonté de les mettre en œuvre.

Indépendamment de leurs salaires, quels sont les avantages dont bénéficient les professionnels de la politique ? Vivent-ils intégralement au crochet de l’Etat ?

Il ne s’agit pas tant d’avantages que de facilités censées permettre aux élus d’exercer des fonctions souvent difficiles, dans les meilleures conditions qui soient. Les ministres disposent ainsi d’une voiture avec chauffeur, d’une intendance, de frais de représentation et d’un appartement de fonction. En revanche, et c’est normal, ils prennent en charge leurs dépenses privées. J’ajoute que ces facilités bénéficient à un grand nombre de hauts fonctionnaires comme les directeurs d’administration centrale, les préfets ou les ambassadeurs. Tant qu’elles se justifient par l’exercice d’une fonction, exigeante et temporaire, celles-ci ne me choquent pas. Ce qui est choquant, c’est l’utilisation d’avantages publics en-dehors de l’exercice d’une fonction officielle. La frontière est parfois ténue. Est-il normal, par exemple, qu’un ministre invite des collègues à dîner dans son ministère pour traiter de tactique politique ou soigner ses réseaux, comme on le lit parfois dans la presse ? Pour certains, oui. Pour d’autres, non.

Il est frappant de remarquer que la plupart des ministres du gouvernement n’ont rien sur leurs comptes et sont même endettés. Doit-on forcément en déduire qu’ils sont des flambeurs ?

On en déduit que contrairement à une idée reçue, ils ne forment pas une "caste" richissime, totalement déconnectée de la vie quotidienne. La plupart d’entre eux ne gagnent pas plus qu’un cadre de grande entreprise, un haut fonctionnaire, un médecin ou un notaire. La politique, comme n’importe quelle activité qui demande du temps et de l’énergie, permet de vivre confortablement. Ni plus, ni moins. Est-ce trop ou pas assez ? Chacun aura tendance à se prononcer en fonction de ses revenus. Le mieux, me semble-t-il, est de nous tourner vers nos voisins européens. On constate que les élus français se situent plutôt dans la moyenne haute du classement. N’est-ce pas aussi un gage d’indépendance ?

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