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Pourquoi les pères sont de moins en moins à la fête (et la lourde facture sociale qui va avec)
©PIERRE ANDRIEU / AFP

Bonne fête, ou pas

Pourquoi les pères sont de moins en moins à la fête (et la lourde facture sociale qui va avec)

Un sondage Ifop pour Alliance Vita met en évidence, chez les Français, l'importance du rôle du père dans la construction des enfants. Pourtant, depuis les années 1970, un questionnement sur leur utilité est apparu, allant de paire avec les tentatives de déconstruction du patriarcat.

Pascal Anger

Pascal Anger

Pascal Anger est psychologue, psychanalyste, psychothérapeute, sexothérapeute, systémicien et médiateur familial.

Il est également chargé de cours à Paris VII. 

Il est l'auteur de Le couple et l'autre, livre publié aux éditions l'Harmattan.

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Atlantico : Un sondage Ifop pour Alliance Vita met en évidence, chez les Français, l'importance du rôle du père dans la construction des enfants. Comment la figure du père est-elle abordée dans les discours politiques et officiels ? Dans la société ?

Pascal Anger : Je crois déjà que la PMA pose un problème de société et que le rôle du père est quand même bien mis en cause, même si tout le monde est d'accord pour dire que le père a une très grande importance dans la famille. Ainsi, on voit bien que dans la société, l'image du père bouge. Et que les pères n'ont pas tout à fait les mêmes droits que les mères. On entend partout que l'on est pour une égalité des rôles. Or, malgré tout, il y a des différences : le père n'apporte pas la même chose que la mère et vice-versa. Et on ressent un manque de repères, avec une société qui avance mais n'a peut-être pas beaucoup pensé au sens des repères. On n'a pas assez de recul par rapport à ce qu'il se passe.

Donc se repose, depuis les années 70, la question de savoir ce qu'est un père, à quoi ça sert, est-ce que c'est vraiment utile. Et l'on entend de plus en plus, parmi les questionnements des familles "un père est-il au fond vraiment utile ?". Moi je réponds que oui, c'est utile, d'abord parce que ça va permettre à l'enfant de grandir sereinement. Et s'il n'y a pas de père ? Alors on peut imaginer inventer ce père, et se servir des personnes qui entourent la famille pour être utiles en tant qu'images paternelles.

Chez les autorités publiques, je pense que l'image du père est en questionnement, mais avec une non-réponse qui n'arrange personne. En plus, la famille est complètement éclatée, il n'y a plus un seul modèle de famille, mais des modèles de famille qui sont sans arrêt forcée à bricoler ce modèle.

Dans un contexte de remise en cause du patriarcat, quelles sont les conséquences sur le rôle du père dans la famille, et dans la société ?

Pour ce qui est du rôle de père dans la société, j'ai le sentiment qu'on est un peu perdu. Il n'y a plus véritablement d'image du père. Je le vois même dans les séparations conjugales, lorsque j'entends les hommes demander le même droit que les femmes en tant qu'image matriarcale. Ils veulent cette égalité, comme si souvent, ils n'avaient pas compris qu'il y a des différences entre leur rôle et celui de la mère. Au sein de la famille, le père vient en fait jouer un rôle de mère bis, assez souvent. C'est peut-être aussi en fonction de l'évolution de la société : le père peut changer l'enfant, sortir avec les enfants, etc. Il sait s'occuper des enfants, au même titre que la mère. Mais en même temps, je pense que là où il devrait y avoir autorité, un peu de mise à distance, les pères ne savent plus trop faire ça. D'ailleurs, il me semble que l'on est dans un moment où les familles n'ont jamais autant réclamé de l'éducatif pour elles, des réponses à la question de savoir comment on éduque un enfant. Dès lors, on a l'impression que les familles sont un peu perdues. Et les pères aussi sont perdus, ils ne savent plus bien faire. Ce dimanche, je ne sais d'ailleurs pas s'il va falloir fêter la fête des pères ou la réconciliation avec les pères.

Dans quelle mesure cette remise en cause de l’autorité paternelle peut-elle entraîner des manques dans l’éducation des enfants et dans leur construction psychologique ?

Je dis souvent aux pères : "à un moment donné, dites à vos enfants que vous êtes le père". C'est-à-dire que dans l'autorité, quand il y a un différend avec l'enfant, il faut être capable de dire : "Je te dis ça parce que je suis ton père". Ça a du sens pour l'enfant, il s'agit d'une autorité qu'il peut certes remettre en cause, mais qui existe quoi qu'il arrive.

Sur le plan psychologique, la remise en cause de l'autorité paternelle peut engendrer de la délinquance, des enfants violents, ou qui ne se fraient plus de chemin dans la société, qui ne savent plus très bien où ils en sont, qui ont peur de l'autorité, qui la redoutent, qui ne savent plus faire avec l'autorité. Et qui ne savent plus faire avec des rites de passage, par exemple. Je crois que notre société est en manque de ces rites de passage. Et que ça manque désormais dans la structuration de l'enfant, dans sa place de tous les jours.

L’absence de père engendre des difficultés scolaires et des dysfonctionnements dans les parcours individuels. Quelles sont les autres conséquences de ce déséquilibre psychologique et affectif ?

L'absence de père n'engendre pas toujours les dysfonctionnements dont vous parlez. Je crois qu'il y a des mères célibataires, ou des mères en couple homosexuel, qui vont malgré tout savoir faire sans la présence du père. Le tout est de savoir ce qu'on aura dit à cet enfant autour de l'autorité, de cette image paternelle, de cette fonction paternelle et de ce qui peut exister ou pas autour du paternel. Et je crois que c'est ce qui va structurer l'enfant : qu'il n'y ait pas de non-dits, mais que l'enfant puisse avoir accès à sa vérité autour de ce qu'il s'est passé pour lui.

Mais l'absence de père peut effectivement entraîner chez l'enfant un sentiment de perdition par rapport à ce que vivent les autres autour de lui. Et du coup, il peut être en besoin de comprendre ce qui se passe pour lui. Au fond, l'enfant n'a rien demandé : il arrive au monde et il se rend compte qu'il ne va pas avoir de père. Il peut cependant se construire sans la présence de ce père si on lui en dit quelque chose et si on est en capacité de pouvoir répondre à son questionnement, si quelque chose vient faire sens autour de cette image paternelle manquante.

Comment la société vient-elle en aide aux familles monoparentales sans père ?

Je crois qu'il n'y a malheureusement pas assez d'aide pour ces mères - pour les pères non plus - célibataires. Déjà, on n'est jamais trop de deux pour éduquer un enfant. Alors quand on est seul, que l'on doit assumer le travail de tous les jours, assumer les tâches ménagères, avoir l'enfant à 100% avec soi, l'avoir pour seul interlocuteur au sein de la famille ; tout ça me parait très lourd. Si la mère célibataire n'a pas de famille autour, un réseau qui lui permet à certains moments de souffler, le parcours est compliqué, difficile.

La société, de ce point de vue, vient peu aider ces personnes, ou en tout cas pas suffisamment. Surtout si la mère en question cumule les difficultés, notamment au niveau financier, au niveau de l'hébergement, etc. C'est alors très compliqué pour l'enfant.

Je préciserai enfin que les familles monoparentales ou différentes se posent peut-être encore plus de questions sur le bien-être de l'enfant. Par exemple, je reçois beaucoup de personnes qui sont en homoparentalité et ces dernières se posent beaucoup de questions autour de leur enfant, tentent de savoir si elles font bien les choses, si elles s'occupent bien de l'enfant. Il faudrait arriver à déculpabiliser ces familles. On a l'impression qu'elles sont stigmatisées, d'une certaine manière, mais qu'elles se stigmatisent aussi.

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