Bercy revoit (un peu) sa copie pour le budget 2014 mais oublie quelques détails... cruciaux | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
Pierre Moscovici, ministre de l'Économie et des Finances.
Pierre Moscovici, ministre de l'Économie et des Finances.
©Reuters

Oups !

Bercy revoit (un peu) sa copie pour le budget 2014 mais oublie quelques détails... cruciaux

Jean-Marc Ayrault a annoncé ce mercredi 15 milliards d'euros d'économie "sans précédent" pour le budget 2014 afin de réduire le déficit à 3,6% du PIB. Mais la réduction du programme de planche à billets de la Fed et la reprise économique en zone euro pénalisent l'achat de dettes publiques... et augmentent ainsi les coûts d'emprunt pour les gouvernements.

Gérard Thoris

Gérard Thoris

Gérard Thoris est maître de conférence à Sciences Po. il a notamment rédigé une Analyse économique des systèmes (Paris, Armand Colin, 1997), contribue au Rapport Antheios et publie régulièrement des articles en matière de politique économique et sociale (Sociétal, Revue française des finances publiques…).

Voir la bio »

Atlantico : La Fed a décidé de limiter son programme d'achat de titres de dette et la situation en zone euro semble s'améliorer. Résultat, les investisseurs se détournent de plus en plus des titres de dettes des Etats - qui ont servi de valeur refuge pendant la crise, permettant aux gouvernements de s'endetter à faible coût. Le marché privé aurait même levé 29 milliards de dollars d'obligations en deux semaines seulement selon le Financial Times. Comment ce phénomène peut-il impacter la charge de la dette française ? Dans quelle proportion ?

Gérard ThorisNous sommes à un point nodal de la sortie de crise aux Etats-Unis. Le moment où l’on peut envisager un allègement du soutien monétaire, le fameux quantitative easing, paraît proche. La reprise économique, plus ou moins solide, consolide en effet la capacité de l’Etat fédéral d’assurer l’amortissement de la dette publique. Au total, les taux d’intérêt américains pourraient remonter très progressivement et la politique monétaire retrouver ses vertus de régulation macroéconomique.

Bien entendu, tout cela est valable toutes choses étant égales par ailleurs. Plusieurs évènements peuvent bouleverser ce retour progressif à la normale :

  • La situation diplomatique internationale et, particulièrement, les décisions qui seront prises pour la Syrie. Nous espérons que la sagesse l’emportera et nous n’approfondirons pas les différentes hypothèses d’aggravation du conflit.

  • Le changement de direction à la tête de la Banque fédérale de réserve. La personnalisation du pouvoir à la tête des banques centrales est telle que la passation des pouvoirs ouvre une période d’observation mutuelle entre le nouveau responsable et, pour faire simple, les marchés financiers.

  • La réaction de la Banque centrale européenne aux décisions des Etats-Unis.

Le schéma le plus favorable est fondé sur l’hypothèse du maintien des grandes orientations de politique monétaire entre Ben Bernanke et son successeur. C’est vraisemblable avec Mme Janet Yellen. La sortie progressive des facilités monétaires est accompagnée d’une hausse contenue des taux d’intérêt. Comme on le dirait du Portugal ou de la Grèce, les Etats-Unis peuvent revenir sur les marchés !

Dans ce cas, les capitaux retrouvent rendement et sécurité aux Etats-Unis. Ils ont commencé de quitter les émergents ; ils pourraient quitter l’Europe. Sans réaction de la Banque centrale d'européenne, cela se traduit par une baisse de l’euro face au dollar ce qui constitue un soutien utile pour les exportations d'européennes.

Est-ce une demande de leur part, certains économistes de banque laissent entendre que la Banque centrale d'européenne pourrait envisager une nouvelle opération Long Term Refinancing Operation (LTRO). Encore faut-il que les liquidités ainsi mises à disposition des banques soient utilisées pour acquérir des titres de dette publique européenne plutôt qu’américaine ! Dans le premier cas, il n’y a rien à craindre pour le financement de la dette publique en 2014.

Alors que François Hollande a décrété une pause fiscale, la charge de la dette risque-t-elle de faire peser un risque sur le budget 2014 notamment pour atteindre les objectifs en matière de déficit public ?

On peut imaginer, hélas, un autre scénario où la dégradation de la situation internationale entraîne des tensions sur les prix des matières premières importées. Couplée à une hausse du dollar, cela se traduit par des pressions inflationnistes dans la zone euro. La BCE décide de mettre la priorité sur la lutte contre l’inflation en augmentant, même modérément, les taux d’intérêt. L’effet boule de neige de la dette prend une nouvelle ampleur.

Pour un agent économique privé, la charge de la dette est constituée par le poids des intérêts auxquels il faut ajouter l’amortissement du principal. Comme il a pu s’endetter à long terme (immobilier), à moyen terme (acquisition d’une voiture) et à court terme (biens durables), l’échéancier de sa dette annuelle est constitué par les intérêts à payer sur chacune des trois dettes et la partie amortissable pour l’année en cours. Une hausse des taux d’intérêts n’a aucun impact sur la gestion de sa dette.

Pour un agent économique public, on considère généralement qu’il n’a pas à amortir le principal de sa dette. Cela signifie qu’il réemprunte perpétuellement les sommes remboursées lorsqu’un prêt antérieur arrive à échéance. La charge de la dette ne porte que sur les intérêts. Une hausse des taux d’intérêts a donc un impact immédiat sur la partie amortissable de la dette. Or, depuis le début de la crise, il y a eu une baisse substantielle des taux d’intérêt à court terme. Il était donc judicieux de diminuer la maturité des emprunts. Mais cet avantage est chèrement payé lors d’un retournement des taux d’intérêt puisqu’il faut alors refinancer annuellement une partie plus importante de la dette.

Considérons les chiffres de la France pour 2013, comparables à ce que l’on peut anticiper pour 2014. Au premier juillet, l’encours de la dette publique est de 1 460 milliards d'euros. L’émission de dette pour l’année est estimée à 189 milliards d'euros. Si le refinancement de cette dette coûte cinquante points de base de plus, le coût supplémentaire est de 945 millions d'euros. Le poids supplémentaire sur les épaules de chaque Français représente à peine 15 euros !

Mais cette vision relativement optimiste de la situation doit être tempérée par le fait que nos engagements d'européens nous obligent à réduire le poids de la dette publique à 60 % du PIB. On peut gloser sur cet objectif en ironisant sur les règles d’un autre âge. On peut difficilement passer sous silence que, avec une charge de la dette de 47 milliards d'euros soit 2,3 % du PIB (chiffres de 2013), une croissance prévisionnelle de 0,8 % (prévision gouvernementale), une inflation à 1,5 %, la totalité de la croissance nominale est préaffectée au paiement des intérêts de la dette. C’est cela qui rend risible l’objectif de réduction du taux de dette publique à 3 % du PIB à échéance 2015. Le flux s’améliore lentement mais le stock de dette s’accroît, ce qui accumule les nuages sombres sur l’avenir.

Il n’en est pas de même en Allemagne. Avec une croissance nominale prévue à 3 % et l’équilibre budgétaire, l’effet boule de neige est maîtrisé de sorte que l’écart de taux entre la France et l’Allemagne ne peut que croître.

Outre la charge de la dette, quelles sont les autres grandes inconnues qui font peser des incertitudes sur le budget 2014 ? Quelles seront alors les solutions possibles pour le gouvernement ?

Même si l’on s’accorde à dire que la France ne connaîtra pas une seconde année de récession, les moteurs de la croissance ne sont toujours pas là. Il est symptomatique de constater que la croissance évaluée à 0,8 % est uniquement tirée par une progression plus rapide des exportations (4 %) que des importations (3,3 %). Ce n’est pas la demande en provenance de l’Italie ou de l’Espagne qui peut l’expliquer. La consommation des ménages est atone (0 %), de même que la consommation publique (0,1 %). On peut d’ailleurs s’interroger sur l’hypothèse que les ménages maintiendront leur consommation en volume alors même que leur pouvoir d’achat sera touché par l’augmentation de la fiscalité d’une part, l’inquiétude croissante face à une crise qui dure d’autre part.

Il n’y pas d’autre solution que d’alléger le stock de dettes pour arrêter l’effet boule de neige de la dette. Cela n’est possible à brève échéance que par une politique de rachat massif des dettes publiques d'européennes par la Banque centrale d'européenne. Les tensions à venir pourraient pousser la BCE à l’action. La décision de la Cour constitutionnelle de Karlsuhe pourrait en invalider le principe. Sa décision est attendue ce jeudi. Elle pourrait être le premier pas officiel dans la déconstruction d'européenne.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !