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Pourquoi l'accord de Paris est tout aussi inefficace qu' "irréversible"
©Odd ANDERSEN / AFP

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Pourquoi l'accord de Paris est tout aussi inefficace qu' "irréversible"

Lors de la visite d’Emmanuel Macron à Pékin, les présidents chinois et français ont réaffirmé leur "ferme soutien" à l'accord de Paris sur le climat, alors que les États-Unis ont annoncé leur retrait officiel de ce texte.

Samuel Furfari

Samuel Furfari

Samuel Furfari est professeur en géopolitique de l’énergie à l’Université Libre de Bruxelles, docteur en Sciences appliquées (ULB), ingénieur polytechnicien (ULB) et Président de la Société Européenne des Ingénieurs et Industriels. Il a été durant trente-six ans haut fonctionnaire à la Direction générale de l'énergie de la Commission européenne.

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A l’occasion de la formalisation des USA de sa décision de sortir de l’Accord de Paris, on a de nouveau entendu jaser sur l’importance de cet accord. Le président Emmanuel Macron à l’occasion de sa présence en Chine en a même profité pour souligner « l’irréversibilité » de l’Accord de Paris et tenter de faire croire que la Chine et l’UE allait sauver le climat grâce à leur collaboration dans le cadre de cet accord. Tout cela n’est que de la propagande qui ne grandit pas les dirigeants qui prétendent jouer un rôle international.

Commençons par le début. Après l’échec du Protocole de Kyoto, négocié lors de la COP-3, qui n’a pas obtenu de résultats tangibles, après l’échec de la COP-15 de Copenhague il fallait « sauver le soldat COP ».La COP-21, qui s'y est tenue du 30 novembre au 5 décembre 2015, a été pour le gouvernement français un événement d'une importance primordiale, tant au niveau international que national. Le président et le gouvernement français ont tout fait pour que cette conférence internationale soit un succès et d'évidence, contrairement à la conférence de Copenhague, ce fut une réussite de ce point de vue. Le risque d’échec était réel. D’ailleurs, contrairement à Copenhague, la présidence française a évité que les chefs de gouvernement soient présents à la fin de la conférence pour éviter d'être confrontés à un éventuel échec. Les 150 chefs de gouvernement qui ont ouvert la conférence ont stimulé les négociations, mais sont vite repartis tellement le risque d’échec était une forte réalité.

Une des causes de ce succès est que la capacité d'action de la diplomatie de la France. Grâce à cela, chaque état participant à la conférence a été abordé avec efficacité afin d'arriver au consensus tant attendu : 194 états ont été traités d'égal à égal par la France. Le travail diplomatique a été mené de manière exemplaire, telle une armée en marche, de telle sorte que le monde diplomatique français est parvenu à faire vibrer à l'unisson tous les dirigeants du monde. Le rôle tout à fait déterminant du ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, est à souligner : le président Hollande ayant compris que la négociation était plus une question diplomatique qu'environnementale, il a préféré demander à son ministre des relations extérieures de conduire la négociation plutôt qu’à sa ministre du Développement durable, Ségolène Royal. 

Les médias officiels ont été mobilisés pour appuyer cette démarche. Les télévisions et les radios publiques françaises ont toutes relayé les efforts diplomatiques. France 24 n'a eu de cesse de parler de la COP-21, tout était occasion pour parler de changement climatique à toutes les heures du jour, même sur des sujets où le changement climatique n'avait rien à voir. Le meilleur spécialiste météo de France télévision, Philippe Verdier est d'abord mis à pied ensuite licencié, après 23 ans passés dans le service public, parce qu'il a osé contredire la ligne officielle française . Le Pape François a apporté sa contribution avec son encyclique Laudate Si, qui est un plaidoyer appuyé en faveur de la lutte contre le changement climatique. L’implication de « vedettes » tel l’acteur de cinéma Leonardo Di Caprio a contribué à médiatiser cette grande messe internationale. Car il a s’agissait avant tout d’un exercice de communication. Avec lyrisme, la COP-21 a été considérée comme l'équivalent de la "Déclaration universelle des droits de l'homme" de 1948.Enfin, il faut souligner le rôle discret, mais très efficace du monde financier qui avait intérêt à faire réussir cette conférence, car il y avait à la clef la promesse de dépenser cent milliards de dollars par an, de l'argent qui devrait transiter forcément par le système bancaire international.

Le résultat a été salué par tous et François Hollande pouvait déclarer avec lyrisme sur Twitter « il est rare dans une vie d'avoir l'occasion de changer le monde […] pour que vive la planète » . L'euphorie et même l'émotion de Laurent Fabius à la fin de la conférence est une démonstration qu'il savait que l'échec était une option. 

Mais le prix à payer pour éviter l'échec fût élevé. L'Accord de Paris est un catalogue de bonnes intentions, sans aucune contrainte légale, de sorte que tout porte à croire que sa mise en œuvre ne produira aucun résultat. C’est un accord vide.

Certains ose parler d’accord contraignant puisqu’il contient 141 "doit" et 41 "devrait". Toutefois, l'analyse qualitative est plus importante que celle quantitative pour déterminer s’il est contraignant ou pas. La plupart des termes "doit" font référence aux obligations administratives des états-parties (présentation de rapports, fonctionnement des organes subsidiaires, ou actions procédurales, etc.). Inversement, les "devraient" se réfèrent à la substance de l'accord. Tout ce qui est important est au conditionnel ! De plus, il n'existe pas de juridiction supranationale capable de condamner une partie qui n'exécute pas ses obligations, et il n'y aura pas, pour l'instant, de tribunal de ce type. Au cours de la préparation de la COP-21, certains ont évoqué la création d’un "Tribunal international de justice climatique", une juridiction spéciale pour le changement climatique. Cachée à la page 19 des 34 pages d'un document officiel, cette proposition a été supprimée par John Kerry, Secrétaire d'État américain de la seconde Administration Obama, qui avait averti quelques semaines avant la conférence que les négociations ne pouvaient pas aboutir à un "traité" exigeant légalement que les pays réduisent leurs émissions de CO₂. Les USA ont demandé "un nouveau récit" (a new narrative) qui plairait aux ONG environnementales et aux décideurs politiques mais sans mettre en péril l'économie mondiale. Il en résulte qu’aucune des parties à l'Accord de Paris n'est tenue à respecter un objectif de réduction de ses émissions. A la fin de la conférence, a un journaliste belge qui le lui faisait remarquer, le négociateur belge, Jean-Pascal Van Yppersel, répondit avec conviction, mais  de manière pathétique, que l’on pourrait montrer du doigt ceux qui ne réduisent pas (« name and shame ») !

On soulignera, à l’adresse des pays Africains, que l'article 4.1 de l'Accord de Paris  dit que les Parties« cherchent à parvenir au plafonnement mondial des émissions de gaz à effet de serre dans les meilleurs délais – étant entendu que le plafonnement prendra davantage de temps pour les pays en développement parties – et à opérer des réductions rapidement par la suite ». Mais il convient d’insister sur le fait qu'il n'y a pas de mention de réduction absolue des émissions, car cela est tout simplement impossible si les pays qui émettent peu de CO₂ veulent sortir de la pauvreté. En effet, le préambule précise :  « Considérant la nécessité de promouvoir l’accès universel à l’énergie durable dans les pays en développement, en particulier en Afrique ».Tout le mérite du président de la conférence a été précisément de demander des engagements qui ne sont pas des contraintes, ni des freins à la croissance économique et donc énergétique.

Une des principales décisions de la COP-21  a été de confirmer la nécessité de créer un Fonds vert pour aider les pays pauvres. Ce fonds avait été promis par les pays riches lors de la COP-15. Incarnant la confiance entre les pays du Sud et du Nord, la COP-21 « demande fermement aux pays développés parties d’amplifier leur aide financière, en suivant une feuille de route concrète afin d’atteindre l’objectif consistant à dégager ensemble 100 milliards de dollars des États-Unis par an d’ici à 2020 pour l’atténuation et l’adaptation tout en augmentant sensiblement le financement de l’adaptation par rapport aux niveaux actuels et de continuer à fournir un appui approprié en matière de technologies et de renforcement des capacités ». En principe le Fonds vert devrait être géré à la fois par les donateurs et les bénéficiaires, toutefois, les modalités de sa création restent encore à déterminer : s'agira-t-il de dons, de prêts et auquel cas avec ou sans intérêt, de fonds publics ou privés et dans quelle proportion ? Tout reste encore à décider. De plus, malgré les grandes conférences internationales des donateurs, dont One PlanetSummit, voulue et présidée par Emmanuel Macron le 12 décembre 2017, l’argent n’afflue pas et n’affluera pas. L’échec est patent puisque nous sommes déjà fin 2019. 

Qui va payer pour que l’argent des contribuables des pays OCDE conflue vers les dirigeants des pays pauvres pour qu’ils achètent du matériel aux pays riches pour produire des énergies renouvelables que les pays riches ne peuvent pas se payer. Rappelons que malgré des dizaines de milliards d’euros dépensés chaque année depuis des décennies, l’UE produit 1,9% et 0,6% de sa demande en énergie primaire au départ – respectivement - du vent et du soleil. Et on voudrait que l’Afrique fasse mieux. Il y a quelques jours la ministre allemande de la recherche a même prétendu qu’il faut produire de l’hydrogène en Afrique pour que l’Allemagne utilise de l’énergie verte. L’éco-colonialisme allemand resurgit après l’échec du projet Desertec. Comme je le montre dans mon dernier livre à paraître dans les jours qui viennent – L’urgence d’électrifier l’Afrique (chez L’Harmattan) – seul 35% de la population d’Afrique sub-saharienne est connectée au réseau électrique bien faible et instable.

Qu’on promis les principales Parties de réaliser ? L’UE s’était engagée à réduire ses émissions de CO₂ de 40% en 2030 par rapport à 1990. Pour obtenir le soutien d’Emmanuel Macron, Ursula von der Leyen a promis de passer à 50 - 55%. Mais que font les autres ? La Chine espère ne plus augmenter ses émissions « vers » (!) 2030 et l’Inde ne donne qu’un indicateur d’amélioration de son intensité carbone par rapport à son PIB mais aucun objectif de réduction des émissions. De plus seule l’UE prend comme référence l’année 1990, les autres prennent comme repère pour calculer la réduction éventuelle une année plus proche. Par exemple le Japon choisi 2005, année où ses émissions étaient maximales à cause du remplacement de l’électricité d’origine nucléaire par celle générée par du charbon ou du gaz naturel ; il en résulte que l’objectif pour le Japon pour 2030 est de 30 points inférieur à celui de l’UE. Il s’agit là d’un handicap économique majeur.Depuis la conférence de Rio qui a lancé les COP, le Vietnam a augmenté ses émissions de CO₂ de 1 100% et le Qatar de 670% !

Le président Trump a compris tout cela et ne veut pas que son pays continue à jour un rôle dans cette farce internationale. Sans aucun résultats pour la réduction des émissions mondiales pourquoi faut-il continuer à perpétrer des COP qui n’aboutissent qu’à de la bureaucratie et à de la propagande des écologistes ? Rappelons que depuis le Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en juin 1992, lorsque les Nations Unies ont adopté la Convention des Nations Unies sur le changement climatique, les émission de gaz à effet de serre (GES) ont augmenté de 56%. Aucun PDG d’entreprise présentant des résultats aussi ridicules ne resterait une seconde en place, mais dans le monde de la politique – mais aussi des médias – ont peut continuer à parler pendant 25 ans, tout en ayant des résultats inverses à ceux recherchés.

Le Président Macron, tente de faire croire que la Chine va aider l’UE dans la lutte contre le changement climatique : ce pays dont les émissions de CO₂ représentent 27,6% des émissions mondiales et qui croissent au rythme de 3,2% par an depuis dix ans, est bien cynique en faisant croire qu’il a le même objectif que l’UE. A l’exception d’une petite poignée de pays OCDE, l’Accord de Paris n’intéresse pas les autres dirigeants du monde. Macron parle « d’irréversibilité » de l’Accord de Paris, mais ce qui est irréversible c’est la croissance des émissions de CO₂. Donald Trump a raison de maintenir sa promesse électorale de sortir de cette coquille vide, irréversiblement vide.

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