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Pourquoi il n’y aura pas de refondation de la droite sans briser la malédiction des procès stériles en “tropadroitisme”
©Reuters

Jamais trop à gauche, toujours trop à droite

Pourquoi il n’y aura pas de refondation de la droite sans briser la malédiction des procès stériles en “tropadroitisme”

Chez les LR, tout va mal : tout le monde a le droit d'être progressiste, même si ça entraîne des fuites vers l'aspire-tout macronien, et personne n'a le droit d'être vraiment de droite, comme cela devrait être le cas du parti conservateur. En tout cas c'est comme ça que l'on analyse trop souvent leur situation. Et si la droite devait être de droite ?

Samuel Pruvot

Samuel Pruvot

Diplômé de l’IEP Paris, rédacteur en chef au magazine Famille Chrétienne, Samuel Pruvot a publié "2017, Les candidats à confesse", aux éditions du Rocher. 

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Atlantico : Ce mercredi 5 juillet, Les Républicains organisaient leur premier « atelier de la refondation » afin d'évaluer les causes de leurs échecs électoraux de cette année 2017. Cet atelier se tient sur fonds de tensions entre plusieurs lignes politiques qui se dessinent, incarnées par Laurent Wauquiez d'une part, et Xavier Bertrand d'autre part, ou encore avec les "constructifs". Dans quelle mesure l'enjeu réel pour la droite réside moins dans la ligne politique, en considérant le fait que les questions liées à l'immigration, la sécurité, l'Islam, ou l'autorité, soient prioritaires pour les français, comme le révélait un sondage publié par le Monde ce 3 juillet, que dans leur capacité à s'extraire d'une condamnation morale d'une droite qui serait "trop à droite", dans la même logique d'une condamnation d'une gauche qui ne serait pas "assez à gauche" ? 

Samuel Pruvot : Après deux défaites consécutives de la droite à la présidentielle, le temps des explications est venu. Voire celui de la psychanalyse. Mais le divan a trop des allures de lit d’hôpital. Personne n’a envie de regarder ses bobos en face et encore moins de se faire soigner. La preuve ? 75 députés LR se sont abstenus sur la confiance au gouvernement, seulement 23 ont voté contre, comme si le trouble affectait leur être même. Ni opposition, ni adhésion : juste une dépression sévère condamnant tout mouvement. 

La droite est-elle trop à droite ? Certains médecins, spécialistes des humeurs politiques des Français, estiment que le « mouvement dextrogyre » qui affecte notre paysage politique est une dérive morbide. Le candidat Fillon incarnant le mal absolu : super « réac » et « ultra libéral ». Diagnostiquant une (re)montée en puissance de la « réaction », le politologue Guillaume Bernard conclut que la dynamique se trouve à droite. Il a sans doute raison du point de vue de l’histoire des idées. Elle est loin – très loin – la fièvre de Mai 68. Mais le paradoxe est que les dirigeants LR n’en tirent aucun bénéfice. 

Autre évolution de taille, le malaise persistant des Français vis-à-vis de leur identité. Un sondage diffusé le 2 juillet par le JDD montre que les Français sont plus préoccupés par la montée de l'islam radical que par celle du chômage (61% contre 30%). Cette observation semble corroborée par un sondage du Monde en date du 3 juillet qui indique que l’immigration et l’islam restent des sujets d’inquiétude en France. On découvre que 60 % des Français déclarent que, « aujourd’hui, on ne se sent plus chez soi comme avant ». Si la politique se fabriquait à coups de sondage, la droite ne serait donc pas assez à droite !

Dans quelle mesure peut-on considérer cette fracture interne à la droite comme excessive ? En quoi les propositions faites par les uns et les autres sont finalement plus proches que les tensions actuelles ne le laissent le penser ? Ces divisions ne sont elles pas fondées plus sur la forme que sur le fonds ? 

Les divisions à droite sont réelles. La terrible bousculade de la présidentielle en a révélé la profondeur abyssale. Derrière la guerre des égos entre un Wauquiez et un Bertrand se profile autre chose qui dépasse le choc des ambitions personnelles. C’est la raison pour laquelle un Bruno Retailleau recommande chaudement de ne pas se précipiter pour choisir le nom du prochain patron de LR. Il faut penser avant de cogner. Faute de quoi la droite risque de se retrouver – à nouveau – sur le tapis en 2022.

Pour comprendre les tribulations de la droite, la grille d’analyse de René Rémond reste je crois pertinente. Depuis la Révolution française, trois familles tentent de cohabiter : les légitimistes, les bonapartistes et les orléanistes.  L’avenir de LR nécessite forcément de repenser le dosage entre ces sensibilités qui résistent à la politique zapping. Dans son essai « La refondation de la droite », Frédéric Saint Clair explique que « le libéralisme, le conservatisme ou le nationalisme ne peuvent, seuls, contenir leurs dérives. En revanche l’équilibre de ces trois notions le permet. » C’est très bien vu. Le dernier à avoir su dompter ces énergies contradictoires, et à les diriger vers la victoire, fut un certain Nicolas Sarkozy en 2007... 

Quels sont les enjeux pour la droite, dans l'objectif d'affirmer un discours construit sur ses thèmes de "prédilection" tout en s'extirpant de la condamnation morale dont elle est l'objet ? 

La droite a du mal à s’assumer. Malgré tous les efforts accomplis par le  gaullisme, on a l’impression qu’elle est toujours honteuse depuis le traumatisme de Vichy. Qu’est-ce que cela donne en 2017, après la victoire écrasante d’Emmanuel Macron ? Sur le plan économique, la droite laisse la majorité présidentielle marcher sur ses plates bandes. C’est Edouard Philippe qui parle de réduction de la dette et des dépenses publiques ! Sur le plan des valeurs, elle reste muette et sonnée, laissant au jeune Président l’apanage du lyrisme. Sur ce point, Denis Tillinac estime que la droite a perdu son âme (L’âme française, Albin Michel). En guise de remède, il lui recommande de renouer avec son imaginaire, avec les Chateaubriand, Tocqueville et Cyrano. Un peu de panache ne ferait, en effet, pas de mal.

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