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Pourquoi ce crâne de 1,8 million d’années sème la pagaille dans la théorie de l’évolution
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Nouvel ancêtre

Pourquoi ce crâne de 1,8 million d’années sème la pagaille dans la théorie de l’évolution

Des préhistoriens ont découvert un nouveau crâne complet dont l'âge se situerait entre 1,8 et 2 millions d’années sur le site géorgien de Dmanisi, permettant de rapprocher plusieurs anciennes espèces d’Homo erectus. Une découverte fondamentale sur l’ancienneté des espèces hors Afrique.

Pascal Picq

Pascal Picq

Pascal Picq est paléoanthropologue et maître de conférence au Collège de France. Il publie Un paléoanthropologue dans l'entreprise.

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Atlantico : Pourquoi cette découverte est-elle si importante, puisqu'on avait trouvé déjà des crânes dans ce site ?

Pascal Picq : On connaît ce site depuis une vingtaine d'années après la découverte, inattendue, d'un mandibule datée de 1,8 million d'années (Ma). A cette époque, on ne pensait pas que les hommes étaient sortis aussi tôt d'Afrique. Depuis, plusieurs crânes ont été mis au jour et on se posait la question de leur statut d'homme - appartenant au genre Homo. C'est une vieille controverse depuis la découverte d'Homo habilis en Afrique dans les années 1960. Depuis, on se pose la question du statut d'Homo pour ces "Homo habilis et Homo rudolfensis"; tous d'Afrique de l'est. Les crânes de Daminsi permettent de mieux connaître la transition entre ces "premiers hommes" discutables et les hommes à statut indiscutables : les Homo ergaster ou Homo erectus africains. On parle "d'évolution en mosaïque" quand les caractères anatomiques se présentent de façon désordonnée chez les différents individus connus. C'est un problème de variation des caractères au sein d'une même population et au fil du temps. Ce 5ème crâne permet de préciser l'ampleur des variations au sein d'un même groupe, d'un même site et d'un même âge. Il s'agit donc des premiers hommes appartenant à une même espèce avec pour conséquence d'en faire de même dans la myriade des découvertes africaines. Ces fossiles et leur grande variation témoignent certainement d'un expansion hors des forêts pour la première fois dans l'historie de notre lignée africaine, ce qui explique une telle variation.

Quelles différences cela implique-t-il d’appeler les squelettes de Dmanissi "Homo erectus" ou "homo georgicus" ?

Cela a le mérite de mettre une peu d'ordre parmi tous ces hommes, quitte à repréciser les chose plus tard avec de nouvelles découvertes. D'un point de vue évolutionniste, il est plus pertienent de voir un seul groupe s'affranchissant du monde des forêts et qui, en se dispersant, affiche des variations locale. Donc, il conviendrait d'appeler les formes africaines Homo erectus ergaster ; celles de Géorgie Homo erectus georgicus ; celles d'Espagne Homo erectus antecessor ; celles de Chine Homo erectus erectus, etc. Un tronc commun par ses origines africaines et qui s'étend par radiation adaptative. 

Que change cette découverte sur la théorie de l’évolution et à propos de l’augmentation de la taille du cerveau humain ?

Cela ne change rien aux théories de l'évolution, mais précise l'évolution des premiers hommes. Il s'affirme de plus en plus que pour la lignée humaine depuis Toumaï et Orrorin comme pour les premiers hommes, tout à commencé par les pieds et le cerveau à suivi. L'augmentation de la taille du cerveau viendra avec de plus grandes tailles corporelles et aussi la coévolution associée à la qualité du régime alimentaire, notamment la cuisson des nourritures végétales qui apportent un excédent d'énergie et de nutriment pour l'organe le plus gourmand de l'évolution : le cerveau.

Qu’est-ce que ce crâne nous apprend sur l’évolution et la migration de nos ancêtres africains ? 

J'ai pensé et écrit qu'il faillait que ce soit de grands hommes - les Homo ergaster - pour s'affranchir du monde des arbres et partir à la conquête d'environnement plus ouverts. Il faut constater que les "premiers hommes" avaient déjà des capacités pour s'intaller dans d'autres habitats - ce qui est rare sauf pour les prédateurs (la viande est la seule nourriture disponible sous toutes les latitudes, ce qui limite les singes dépendants des arbres pour les nourritures végétales). Donc, les premiers Homo avaient déjà une puissance écologique étonnante malgré leur petit taille et leur petit cerveau. Puis viendra une expansion fulgurante comme expliqué dans mon dernier livre : De Darwin à Lévi-Strauss : l'Homme et la Diversité en Danger chez Odile Jacob 2013. 

En sait-on plus sur nos origines génétiques ?

Rien du tout car on ne dispose pas d'ADN conservé, sauf pour des fossiles plus récents conservés sous de hautes latitudes plus froides (l'ADN se détériore très vite).

Propos recueillis par Pierre Havez

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