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Pour une droite libérale et gaulliste : le sondage qui chatouille chez les LR
©CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Opinion

Pour une droite libérale et gaulliste : le sondage qui chatouille chez les LR

La publication de deux sondages de l'Ifop pourrait mettre Laurent Wauquiez dans un certain embarras vis-à-vis du parti qu'il dirige.

Christophe Boutin

Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009) et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017), le Le dictionnaire des populismes (Cerf 2019) et Le dictionnaire du progressisme (Seuil 2022). 

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La publication de deux sondages de l'Ifop pourrait mettre Laurent Wauquiez dans un certain embarras vis-à-vis du parti qu'il dirige. Le premier sondage, pour Fiducial/Paris Match/Sud Radio, place les LR pour la première fois derrière le RN (ex-FN) dans les partis qui incarnent le mieux l'opposition - respectivement 23% contre 25%. Le second sondage, pour Générations Libres/L'Opinion/Fondation Concorde, demandait aux Français comment devrait se définir la droite, la principale réponse étant « libérale ». L'opposition interne à Laurent Wauquiez peut-elle utiliser ces résultats qui semblent aller à l'encontre de la ligne défendue par Laurent Wauquiez pour le pousser à changer sa ligne ?

Christophe Boutin :  Depuis un an, lorsque l’on demande aux Français quelle est la formation politique qui incarne le mieux l’opposition à Emmanuel Macron, LR se situe entre 22 et 30%, 23% comme vous le relevez en juin 2018, retrouvant son score de mai 2017. Mais, et de manière peut-être plus curieuse, le RN a lui oscillé durant la même période entre 20 et 28%, soit sensiblement dans les mêmes eaux, et ce alors que l’on ne saurait incriminer une quelconque proximité avec LaREM ou son excessive modération. Et c’est finalement FI qui, oscillant lui entre 34 et 46%, incarnerait le mieux pour les Français cette opposition.
Examiner les trois résultats en parallèle permet donc de trouver des éléments d’explication : d’une part, FN et LR ont été peu entendus lors des manifestations d’opposition aux réformes de ce début d’année 2018, que ce soit sur le plan économique et fiscal ou celui des services publics, quand FI a fait feu de tout bois en la matière. Et, d’autre part, les diverses crises sociales comme les manifestations symboliques sur les bancs des assemblées ont assuré à FI une couverture médiatique sans doute plus importante et, surtout, présentant systématiquement le discours d’opposition - affirmée qui plus est de manière véhémente - de ce parti. Il n’est donc pas étonnant qu’il ait la première place, mais nous reviendrons sur les difficultés de positionnement de LR par rapport à LaREM, un facteur qui joue aussi.
 Sur la place du libéralisme ensuite, et sur l’éventuelle nécessité d’adopter cette thématique pour apparaître comme une opposition à Emmanuel Macron, les choses sont complexes. D’abord parce que si, effectivement, 19% des Français souhaitent que la droite se définisse d’abord comme libérale, ce chiffre est en baisse constante depuis 2014 (25% à l’époque). Ensuite, parce qu’ils la souhaiteraient aussi principalement « patriote » (14%), « gaulliste » (14%) et « conservatrice » (13%), voire « souverainiste » (7%), soit au total, 48% de thématiques qui ne sont pas spécifiquement libérales, ou pas au moins dans le sens d’un libéralisme mondialisé. Il y a en effet, rappelons-le, deux conceptions libérales qui s’affrontent en France à droite : le libéralisme mondialisé et financier d’une part, et d’autre part un libéralisme d’entrepreneurs qui se combine avec un certain interventionnisme étatique. On notera d’ailleurs que 42% des Français estiment que l’État devrait intervenir « davantage », 31% « moins » et 27% « autant qu’il le fait », ce qui traduit bien l’impact de ce libéralisme à la française. Encore faudrait-il donc savoir plus précisément de quoi ils parlent quand ils évoquent le libéralisme.
Notons pour conclure que ce point que se définir libéral pour LR ne changerait guère le sentiment de proximité idéologique avec Emmanuel Macron puisque, dans le même sondage, les Français estiment, à… 19% là aussi, que LaREM devrait se définir principalement comme libérale, et 17% « sociale-libérale » (14% centriste et 10% sociale-démocrate). Parmi les personnalités politiques, ce sont d’ailleurs Emmanuel Macron (29%) et Edouard Philippe (19%), devant Alain Juppé (14%) et même Christine Lagarde (13%), qui incarneraient le mieux le libéralisme, et l’on rappellera que le principal parti d’opposition dans les sondages, FI, s’attaque principalement au « libéralisme » macronien.
Si donc l’opposition interne à LR jouait la carte du libéralisme contre un Wauquiez, elle devrait jouer celle du libéralisme financier mondialisé, puisque Wauquiez est plutôt sur une approche tempérant un libéralisme d’entrepreneurs par une intervention étatique dans certains secteurs, afin de conserver une économie nationale. Dans la perspective de son succès, LR se rapprocherait plus encore d’Emmanuel Macron, brouillant un peu plus les cartes, et il n’est pas certain que cela lui soit profitable. 

Le dernier baromètre de l'Ifop montre aussi que, contrairement à ce qui se passe au sein de la France Insoumise ou du RN, avec des scores respectifs de 81% et 78%, les sympathisants LR ne sont que 52% à considérer que leur parti est la formation politique qui incarne le mieux l'opposition à Emmanuel Macron. Cela s'explique-t-il par la personnalité de son président, Laurent Wauquiez ?

 Effectivement, le positionnement de LR est problématique. D’une part, nous rappellerons que certains de ses anciens membres siègent au gouvernement d’Emmanuel Macron – et même que l’un d’entre eux dirige ce gouvernement. D’autre part, d’autres anciens membres, « constructifs » ne font pas mystère de leur attirance pour le Président de la République. Un ancien dirigeant, Jean-François Coppé, a par ailleurs déclaré qu’Emmanuel Macron n’était rien moins que « ce Président de droite que l’on n’attendait pas », se félicitant de ses « mesures de bon sens ». On comprend donc ces doutes internes et, comme vous l’indiquez, cette différence entre la certitude des sympathisants de FI et du RN dans leur ancrage dans l’opposition et le doute des sympathisants LR.
C’est d’ailleurs l’ensemble des Français qui sont troublés. Dans un sondage Ifop d’avril, 49% d’entre eux estimaient que, s’il était au pouvoir, LR agirait de la même manière qu’Emmanuel Macron… contre seulement 22% ayant le même avis pour le RN et 27% pour FI. C’est le problème : les Français ne voient pas clairement ce qui distingue LR de LaREM, capables selon eux de mener des politiques d’alternance comme celles des anciens PS et UMP, sans changer grand chose au fond. Effet de la personnalité de Laurent Wauquiez ? Partiellement peut-être, mais tout autant des doutes nés de la guerre intestine opposant ce dernier à Valérie Pécresse pour la maîtrise de l’appareil et la définition du programme.

Dans ses interventions, Laurent Wauquiez a fait montre d'un certain désintérêt pour ces sondages et il est peu probable qu'il y ait à court terme une révolte interne contre lui. Faut-il craindre cependant que l'ambiance dégradée, comme les antagonismes existant au sein de son parti, empêchent le construction d'un nouveau logiciel  cohérent de pensée pour Les Républicains ?

 Wauquiez n’ignore pas qu’il fait l’objet d’une campagne dirigée contre lui en interne et en externe. Il sait qu’une telle campagne ne peut que le fragiliser et entend sans doute éviter les permanents coups de barre destinés à s’adapter aux sondages dont nous sommes abreuvés, au risque de paraître incohérent. Mais, vous avez raison, il ne se risque pas cependant à porter le fer dans la plaie qui ronge LR, à courir le risque de l’implosion du parti dont il a pris la tête, et le résultat est que cette structure semble incapable de définir sa ligne. Libérale ? Conservatrice ? Favorable ou non à l’Union européenne ? Et dans quelles limites ? Autant de questions fondamentales – pour ne pas évoquer les « 3I » essentiels, immigration, insécurité et identité - et autant de voix discordantes à LR sur chacune d’entre elles. Un programme conservateur-libéral serait pourtant sans doute une manière d’enfin se différencier de LaREM et d’être à même de mener une opposition résolue. Nous en sommes bien loin.

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