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Si les pays du Nord 
n'acceptent pas d'investissements 
de relance dans les pays du Sud, 
la zone euro explosera rapidement
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Quelles solutions pour la croissance ?

Si les pays du Nord n'acceptent pas d'investissements de relance dans les pays du Sud, la zone euro explosera rapidement

Les mécanismes de construction de l'Europe monétaire ont entraîné d'étonnants effets collatéraux : l'euro a facilité la consommation de biens venus du Nord dans les pays du Sud sans que les productions locales de richesses suivent. Pour relancer la croissance européenne et sortir de la croissance négative qui étouffe la Grèce, l'Espagne, le Portugal voire l'Italie, il faut tout faire pour permettre à ces pays de recréer une offre productive. (Partie 2/4)

Jean-Luc Schaffhauser

Jean-Luc Schaffhauser

Jean-Luc Schaffhauser, Consultant international est Président de l’Académie européenne, ancien Délégué Général du Fonds Capec, Secrétaire Général du Forum démocratique qui vient de de se constituer en France et qui regroupe des intellectuels de gauche et de droite ainsi que des responsables de la société civile.

Il est également député européen du Rassemblement bleu Marine. 

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L’euro – contrairement aux prévisions idéalistes des théories – a accentué les divergences entre le Nord et le Sud. Le Nord plus industriel relativement au Sud – (relativement car le Nord – répétons-le - perd une grande partie de son potentiel industriel face aux pays émergents, tous les pays du Nord sont déficitaires dans leur balance commerciale par rapport à la Chine) - dégage des excédents commerciaux donc financiers sur le Sud déficitaire, approximativement 70% de ces excédents financiers viennent du Sud. Ces excédents ont été réinvestis dans des prêts au Sud pour financer l’endettement privé et les déficits publics, déficits qui soutenaient – pour faire court – les exportations et donc la croissance industrielle du Nord. Ces prêts à taux bas dans un premier temps – la zone euro ayant été considérée comme un ensemble - ont permis la constitution de bulles immobilières dans certains pays du Sud, ils ont partout facilité la consommation de biens venus du Nord sans que les productions locales de richesses suivent.

Le Nord, en effet, n’investissait pas pour produire plus de biens au Sud et équilibrer par des investissements de production, et donc de nouvelles production au Sud, les déficits du Sud. Cette démarche d’investissement, qui devrait accompagner tout commerce durable et harmonieux, et à fortiori toute zone économique de coopération pour ne même pas parler d’une zone européenne de solidarité, était tout simplement oubliée au profit d’une politique mercantiliste de court terme dont l’Allemagne est le phare.

L’Allemagne veut maintenir ses excédents commerciaux sur le Sud mais elle ne veut pas payer pour les déficits commerciaux qui en sont la contrepartie. En cela, elle était confortée dans son incohérence par l’idéologie du marché. Le marché devait tout rendre harmonieux par lui-même, sans tenir compte des déséquilibres économiques qui s’expriment pas les déficits, alors même que les mécanismes de marché tels la dévaluation étaient rendus impossibles. Il fallait et il faut d’autant plus une politique d’investissement et donc d’aménagement du territoire qui corrige ces déséquilibres que nous avons créé une monnaie unique sans solidarité budgétaire.

Il a résulté de ces pratiques de marché - sans rappel ou rectificatif de marché par les dévaluations devenues impossibles - des excédents croissant au Nord, les excédents allemands, avec des déficits croissant au Sud. La crise de la zone euro n’est, de fait, qu’une crise de la balance des paiements des pays du Nord qui ne veulent plus financer le Sud. La zone euro, prise globalement, est en équilibre. En effet, avec le refus du Nord de continuer à prêter au Sud, en raison de la crise financière mais surtout des dettes passées, déjà existantes, amplifiées par la crise financière, un pays qui a des déficits de sa balance des paiements se trouve en cessation de paiement si plus personne ne veut lui prêter. Du fait qu’il a abandonné sa souveraineté monétaire, dans la zone euro, il ne peut plus produire de la monnaie Banque Centrale pour momentanément combler ses déficits tout en dévaluant sa monnaie. Le seul recours est alors une sorte de FMI européen (FESF-MES) qui n’en est pas un vraiment un car il ne dispose pas de capacité de créer des DTS et que la BCE ne veut pas se porter acheteuse – en dernier ressort et quoi qu’il advienne – de la dette des pays en difficulté.

Du fait que le Sud consomme plus qu’il ne produit, il ne peut plus payer les intérêts dus, les intérêts de la dette payés à ceux qui la détiennent à l’étranger, sans s’endetter plus à l’étranger : son épargne intérieure est en effet insuffisante pour payer tous les déficits : publics, privés et commerciaux. Cette crise de liquidité révèle donc, de fait, une crise de solvabilité. Les épargnants extérieurs l’ont compris et ne veulent donc plus prêter au Sud et c’est logique : les taux montent et enfoncent encore un peu plus ces pays jusqu’à la banqueroute ou la restructuration logique de sa dette.

Cette situation est conforme à l’intuition économique : une zone monétaire homogène, sans dévaluations possibles, rend le fort plus fort – celui qui a des avantages comparatifs dans les savoir-faire industriels et des productivités croissantes–et le faible, plus faible, celui qui a des productivités décroissantes dans les services ou l’agriculture.

Le faible ou les faibles – les pays peu industrialisés - ne peuvent que rétablir leur manque de compétitivité, sans dévaluations possibles dans la zone euro, par la diminution des salaires… Mais si les salaires diminuent, ils cassent le peu de production industrielle interne existante ainsi que la demande européenne externe, si plusieurs pays combinent cette politique de récession; il en résulte que le gain apparent de rigueur est détruit par la perte de croissance et par le chômage. C’est ce que nous constatons désormais quasiment dans tous les pays du Sud et prochainement également au Nord, avec du retard, car le Nord ne pourra plus exporter ses productions vers le Sud par la conjugaison de politiques récessives dans toute l’Europe.

Avec Mario Draghi à la tête de la BCE, nous avons une bonne nouvelle : la BCE semble découvrir que la rigueur doit chercher également la croissance pour être une bonne rigueur ; la BCE se voit même jouer un rôle dans cette croissance, sinon le Président de la BCE n’en parlerait pas. Cette croissance est, en effet, indispensable si nous voulons maintenir l’euro à travers la disparité croissante du Nord et du Sud de la zone mais surtout si nous voulons satisfaire les besoins essentiels non satisfaits d’une population nombreuse qui connaît le chômage et qui sinon se révoltera contre l’Europe et contre l’euro.

Mario Draghi a gagné du temps en faisant que la Banque Centrale assure l’allocation d’épargne du Nord vers le Sud, les excédents d’épargne du Nord sont réalloués aux Banques du Sud via la Banque centrale qui prend donc le risque que l’épargnant ou le système privé ne veut plus prendre en ne voulant plus prêter au Sud mais il se rend bien compte que cela ne suffit pas car les banques ont connu l’expérience grecque et les banques nationales de l’Espagne et de l’Italie– qui achètent de la dette nationale – ne peuvent à elles seules acheter suffisamment de nouvelles dettes pour faire baisser les taux.

Seulement 10% des repo à long terme vont dans l’économie réelle, il lui faut – dès lors - inventer le système qui permettre de créer plus de richesses au Sud dans l’économie réelle sinon obligatoirement la zone euro éclatera si le Nord ne veut plus prêter au Sud car il est illusoire, dans le contexte actuel, de penser à une Europe plus fédérale. Ce dont on a besoin, d’ailleurs, c’est une Europe qui marche : moins d’Europe inutile, arrogante et bureaucratique, et plus d’Europe utile !

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