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Le gouverneur de l'Iran auprès de l'Agence internationale de l'énergie Atomique Kazem Gharib Abadi, lors d'une réunion au siège de l'agence à Vienne, le 13 septembre 2021.
Le gouverneur de l'Iran auprès de l'Agence internationale de l'énergie Atomique Kazem Gharib Abadi, lors d'une réunion au siège de l'agence à Vienne, le 13 septembre 2021.
©ALEX HALADA / AFP

Nucléaire iranien

Pour l'Iran, l'urgence d'un nouvel accord sur le nucléaire

Depuis la reprise des négociations sur l'accord de Vienne, l'Iran s'évertue à jouer la montre afin de ne pas céder sur ses exigences, refusant toute mise en conformité sans avancée du côté américain.

Ardavan Amir-Aslani

Ardavan Amir-Aslani

Ardavan Amir-Aslani est avocat et essayiste, spécialiste du Moyen-Orient. Il tient par ailleurs un blog www.amir-aslani.com, et alimente régulièrement son compte Twitter: @a_amir_aslani.

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Chacun campe ainsi sur ses positions depuis des mois, tandis que le pays reste soumis à des sanctions destructrices pour sa stabilité. Certes, Téhéran a su démontrer une relative capacité de résilience face à des conditions qui l'isolent du système bancaire et des marchés internationaux. La stratégie du « regard tourné vers l'Est », avec le renforcement des partenariats avec la Chine, la Russie, et ses voisins d'Asie centrale, lui a permis de mettre en place une économie de résistance. Elle risque néanmoins de s'essouffler et de ne pas permettre au régime de gérer les graves problématiques qui attendent l'Iran. Economique, mais aussi diplomatique, politique, sécuritaire et surtout environnementale : de fait, le pays accumule les crises. Or, si l'Iran ne parvient pas à sortir de son statut de paria, d'ici quelques années, aucun gouvernement, réformateur comme conservateur, ne sera en mesure d'y répondre efficacement. 

Il est difficile de hiérarchiser les priorités, tant les sujets sont transversaux et nécessiteraient un programme de politiques publiques de vaste ampleur. Si l'on considère le plus prégnant à l'heure actuelle, à savoir l'économie, les défis sont colossaux. Le président Raïssi a ainsi promis la construction d'un million de nouveaux logements par an, la création d'un million d'emplois, de répondre aux revendications salariales des enseignants, de maîtriser l'inflation galopante et les variations monétaires qui frappent les Iraniens au quotidien. 

Or, avec un pays sous sanctions internationales, ces ambitions restent techniquement impossibles à mettre en œuvre, même partiellement. Si la persistance des sanctions n'entraînerait pas à elle seule l'effondrement total de l'Iran, leur levée contribuerait néanmoins à le sortir de sa stagnation, et à normaliser enfin ses relations commerciales avec le reste du monde. En matière de développement et d'investissement, l'économie de survie affiche de sérieuses limites et entraîne des effets sociaux délétères pour l'équilibre du pays : paupérisation des Iraniens, exil des forces vives, mouvements de contestation de plus en plus récurrents qui menacent constamment la stabilité de la République islamique. 

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Les sanctions aggravent surtout la crise environnementale qui promet d'être le défi le plus impérieux de l'Iran dans les années à venir. De longues années durant, focalisées sur d'autres urgences, les politiques publiques iraniennes ont négligé tout investissement en faveur d'une transition écologique et du développement durable, notamment dans le secteur énergétique, faisant de l'Iran l'un des principaux émetteurs de CO2 au monde et surtout, un pays potentiellement sensible aux conflits liés à la raréfaction de l'eau. Les manifestations dans la région d'Ispahan à l'automne 2021 ont d'ailleurs démontré que l'accès à cette ressource essentielle pour la survie du pays et de ses habitants allait devenir un enjeu politique majeur. 

« Coincés » entre un avenir des plus critiques et un déficit démocratique croissant (et particulièrement manifeste lors de la dernière élection présidentielle), les Iraniens apparaissent plus que jamais au bord de la rupture avec un régime qui ne sait plus répondre à leurs préoccupations. Il ne manque, en réalité, qu'une étincelle pour que leur colère ne l'emporte définitivement. 

En dépit de son indéniable force militaire, ces fragilités politiques et sociales entament également le crédit diplomatique de l'Iran dans la région. Menacé par la guerre civile, isolé sur la scène mondiale, Téhéran semble avoir du mal à exploiter à son avantage les rapides évolutions géopolitiques qui l'entourent. Ainsi, il n'a pas su capitaliser sur le retrait américain d'Afghanistan, pays pourtant situé dans sa sphère d'influence immédiate, et son rôle s'est borné à accueillir et maîtriser le flot de réfugiés à sa frontière orientale. Sur ce dossier, l'Iran est largement apparu comme un figurant et a pâti d'une lenteur de réaction qui a bénéficié à d'autres acteurs, à commencer par le Pakistan, toujours politiquement proche des talibans, et même le Qatar, pays sunnite du Golfe Persique qui ne partage pourtant aucune frontière commune avec le monde irano-afghan. La perte de crédit diplomatique de l'Iran est palpable lorsqu'on observe l'attitude de la Russie, alliée de poids qui semble faire peu de cas de ses objectifs régionaux, ou celle de ses voisins, le Pakistan, l'Azerbaïdjan et la Turquie, qui se sont engouffrés dans la brèche et multiplient les exercices militaires conjoints à sa frontière nord-ouest. 

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La synchronicité du rapprochement irano-saoudien avec les quelques avancées issues du premier cycle de négociations sur le nucléaire iranien à Vienne n'est, à ce titre, guère surprenante. Il est évident qu'une restauration, même partielle, du JCPoA contribuerait à réduire les tensions avec les Etats-Unis et leurs alliés au Moyen-Orient, pour le bénéfice de tous. Il faudrait pour cela que l'Iran surmonte ses réticences et exigences, même légitimes, à savoir refuser toute mise en conformité avec les termes du traité sans premier pas de la part de Washington, et surtout sans garantie sur la pérennité de l'accord en cas d'alternance politique aux Etats-Unis. Le jeu en vaut pourtant la chandelle, car en cas de réussite des négociations, et avant la fin du mandat de Joe Biden, l'Iran disposera tout de même de trois années pour réintégrer l'économie mondiale, rendant tout potentiel retrait américain plus difficile à mettre en œuvre par la suite. 

L'obtention d'un nouvel accord sur le nucléaire reste donc un objectif essentiel, voire existentiel, pour la région, et singulièrement pour Téhéran. Sans faire pour autant de l'Iran une puissance dévastatrice comme le craint tout particulièrement l'Etat hébreu, une normalisation de ses relations avec Washington contribuerait à apaiser les tensions régionales, d'autant que l'efficacité militaire de l'alliance américano-iranienne a déjà fait ses preuves face aux talibans et à Daech. Elle obligerait aussi les rivaux de l'Iran à réviser une politique ultra-sécuritaire qui n'aurait plus lieu d'être à son égard. 

Mais pour l'heure, la stratégie déployée par la République islamique les sert bien davantage, car elle compromet la réalisation d'un tel objectif. Outre le retard accumulé et les exigences irréalistes de la nouvelle administration iranienne lors des négociations, le développement du programme nucléaire de l'Iran l'a présenté comme un partenaire aux intentions ambiguës et manquant de fiabilité aux yeux des autres parties. Si la situation persiste ainsi, Washington n'aurait aucun mal à fédérer les Européens pour envisager de nouvelles sanctions, voire même des actions directes contre les installations nucléaires iraniennes ou des personnalités de renom. 

Force est de constater que malheureusement, l'Iran ne parviendra donc pas à éviter une lente agonie sans normalisation de sa relation avec les Etats-Unis. A cet égard, l'année 2022 sera probablement décisive pour son avenir. 

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