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Portrait-robot de ces seniors toujours plus nombreux à plier bagages
©Reuters

Ça n'est pas que pour les palmiers

Portrait-robot de ces seniors toujours plus nombreux à plier bagages

Selon la Caisse nationale d'assurance vieillesse – la CNAV – une personne sur dix percevant une pension de retraite française vit à l'étranger.

Florence Legros

Florence Legros

Florence Legros est professeur d'économie à l'Université Paris-Dauphine, spécialiste des systèmes de retraite. Elle est responsable du master « Assurance et gestion du risque » et de l’Institut de l’assurance de l'Université Paris-Dauphine.
 

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Serge Guérin

Serge Guérin

Serge Guérin est professeur au Groupe INSEEC, où il dirige le MSc Directeur des établissements de santé. Il est l’auteur d'une vingtaine d'ouvrages dont La nouvelle société des seniors (Michalon 2011), La solidarité ça existe... et en plus ça rapporte ! (Michalon, 2013) et Silver Génération. 10 idées fausses à combattre sur les seniors (Michalon, 2015). Il vient de publier La guerre des générations aura-t-elle lieu? (Calmann-Levy, 2017).

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Atlantico : Cette expatriation importante des retraités est-elle due à la crise économique prolongée ? Les retraités cherchent-ils à compenser une perte du pouvoir d'achat ?

Serge Guérin : Je distinguerais trois profils. Les retraités ayant beaucoup travaillé à l'étranger, ceux qui retournent dans leur pays d'origine et les personnes qui ont vécu toute leur vie en France et qui décident de passer leur retraite à l'étranger. Dans ce dernier cas, il y en a beaucoup qui partent pour des raisons de regroupement familial, qui rejoignent leurs enfants qui ont fait leur vie ailleurs. Une autre partie estime qu'avec leur petite retraite, s'installer dans les pays du Sud augmentera leur pouvoir d'achat. Ce sont des sortes de vacances au long cours. Mais je ne suis pas sûr que ce soit lié à la crise de 2008 en particulier. Il n'y a pas non plus de raz-de-marée, les retraités ne s'enfuient pas de l'Hexagone.

Florence Legros : Non, ce n'est pas dû à la crise économique. Paradoxalement, les retraités se paupérisent quand la croissance du pays dans lequel ils vivent est élevée. Une croissance zéro est ce qu'il y a de plus avantageux pour eux. En effet, les pensions sont indexées sur les prix et non sur les salaires. Plus la croissance est forte, plus l'écart entre salaires et prix augmente, plus le ratio pensions/salaires baisse.

Quel est le statut des retraités vivant à l'étranger ? Ont-ils les mêmes droits que ceux restés en France ?

Serge Guérin : Cela dépend du statut préalable de la personne. Mais globalement, il y a une grande liberté : si quelqu'un qui a travaillé en France veut vivre à l'étranger, il touche sa retraite normalement. Souvent d'ailleurs, l'administration n'est pas au courant.

Florence Legros : En ce qui concerne le statut des retraités titulaires d'une retraite française, les accords bilatéraux leur donnent droit à l'assurance santé avec remboursement via le CLEISS (Centre des Liaisons Européennes et Internationales de Sécurité Sociale). Si les expatriés ne payent pas la CSG (contribution sociale généralisée), sauf erreur, ils payent une petite cotisation.

Le chiffre de 1,27 million de retraités expatriés (soit presque 10%) est-il exceptionnel ? Doit-on conclure à un phénomène sociologique durable ?

Serge Guérin : Il n'y a pas – disais-je – de raz-de-marée mais ce n'est pas non plus anecdotique. De plus, les départs sont encouragés par les nouveaux modes de vie. Les générations précédentes étaient moins habituées aux voyages. La rupture avec le pays d'origine se fait plus facilement.

Florence Legros : Le CLEISS produit effectivement des chiffres. On sait ou sont versées les pensions. Les pays bénéficiaires figurent dans le graphique ci après pour peu qu'il y ait des accords bilatéraux. Plus simplement, la France calcule, vire l'argent et la sécurité sociale locale répartit. Mais ça ne donne pas le nombre de pensionnés ou de pensions.

Les premiers pays qui accueillent les retraités français sont l'Algérie (440 000), l'Espagne (190 000) et le Portugal (178 000). Qu'est-ce que cela nous dit des motivations des retraités expatriés ?

Serge Guérin : C'est l'équation pouvoir d'achat, proximité (géographique, culturelle) et soleil. Les pays comme le Portugal ou Malte ont pensé l'accueil des retraités comme un levier de développement. Ils ont compris qu'il y avait une manne financière à exploiter. On peut d'ailleurs obtenir la nationalité maltaise si on a un compte en banque bien rempli.

Florence Legros : Les pensionnés peuvent être de plusieurs types. D'abord, les gens qui ont cotisé en France et retournent dans leur pays d'origine ou celui de  leurs ancêtres (Maghreb, Espagne, Portugal, Etats-Unis, Israël).Puis, les pensions de réversion aux veufs et veuves (qui peuvent être plusieurs par cotisant). Enfin, les gens qui ont envie d'aller vivre leur retraite ailleurs. Sans qu'on connaisse la répartition.

On peut supposer que –  comme les premiers ont peu cotisé, souvent parce qu'ils ont eu un travail peu déclaré voire pas du tout (voir le graphique ci dessous pour les Marocains, les tirets jaunes sont la durée de cotisation pour les Marocains en rouge la durée moyenne CNAV) – leurs retraites sont faibles et donc, à somme équivalente, cela représente plus de pensions.

Attention le minimum vieillesse n'étant pas exportable, les retraités qui en bénéficient ne peuvent être pris en compte hormis quand les calculs sont faits en comptant les résidants à une date donnée auquel cas on peut avoir des gens qui sont à l'étranger de manière transioire.

D'autres destinations, comme l'Asie (Thaïlande, Vietnam, Cambodge) et les Etats-Unis, sont très prisées. En quoi peuvent-elles séduire les retraités ?

Serge Guérin : Ce sont des pays qui plaisent pour le climat et pour le pouvoir d'achat mais ils n'ont pas un des principaux avantages des pays du  Maghreb : la proximité avec le pays d'origine. C'est dès lors beaucoup plus compliqué de rendre visite ou d'être visité par sa famille.

Florence Legros : Pour ce qui est de ces "touristes", il est clair que la baisse du pouvoir d'achat relatif des retraites en France pourrait inciter à aller chercher le confort dans un pays émergent ou à moindre coût.

Que perd économiquement la France en voyant ses retraités partir ? Comment préserver la "silver économie" du pays ? Certains pays ont-ils pris des dispositions pour retenir les seniors ?

Serge Guérin : A ma connaissance, il n'y a pas de pays qui ait adopté de stratégie particulière. Le problème avec un pays comme la France : quand les retraités vont moins bien et qu'ils commencent à avoir des problèmes de santé, ils rentrent. En effet, les impôts qu'ils n'ont pas voulu payer servent aussi à financer notre avantageux système d'assurance maladie.

Quoi qu'il en soit, ce n'est pas une très bonne nouvelle pour la France que ses retraités s'en aillent. Ce sont des acteurs du lien social, ils contribuent beaucoup aux milieux associatifs mais ce sont également des consommateurs. Cela dit, il y aussi des retraités anglais qui viennent s'installer en France.

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