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Plus forte croissance de l’emploi en France depuis 16 ans et demi : mais à qui la devons-nous vraiment ?
©Pixabay / RaphaelaFotografie

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Plus forte croissance de l’emploi en France depuis 16 ans et demi : mais à qui la devons-nous vraiment ?

Au-delà des aspects cycliques, la perception des observateurs et des investisseurs à l’égard de la France a changé dramatiquement, pour la première fois depuis des années. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce phénomène.

Frederik Ducrozet

Frederik Ducrozet

Frederik Ducrozet est économiste senior chez Pictet Wealth Management, en charge de l'Europe, depuis septembre 2015. Auparavant, il était économiste chez Credit Agricole CIB entre 2005 et 2015. Spécialiste de l'économie européenne, et de la politique monétaire de la BCE en particulier, ses travaux portent notamment sur le cycle du crédit, les politiques monétaires non-conventionnelles et leurs conséquences pour les marchés financiers.

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Atlantico : Selon les données publiées par Markit, l'économie française suivrait une tendance très favorable :"L’Indice Flash Composite de l’Activité Globale en France s’établit à 60.1 en novembre, un plus haut de 78 mois." Au-delà de cette mesure globale, ce sont les chiffres relatifs à l'emploi qui attirent le plus l'attention, ceux-ci affichant un plus haut depuis 16 ans et demi. Quelles sont les causes de ce rebond ? Comment faire la part des choses entre la politique monétaire mise en place par Mario Draghi au niveau de la zone euro, et l'impact des réformes mises en place au cours de ces derniers mois et années ?

Frederik Ducrozet : La croissance française a changé de régime, c’est indéniable. Les pessimistes diront que ce n’est qu’un rattrapage qui a trop tardé après des années de sous-performance cumulée, et que la croissance est tirée par le reste de la zone euro, y compris grâce aux conditions financières très accommodantes que la BCE a maintenues sur les marchés financières. Ce n’est pas faux, mais ce n’est qu’une partie de l’explication. La vigueur de la reprise est effectivement liée, comme en Italie, au retard cumulé qu’il faut rattraper, notamment en termes d’investissement des entreprises. Les taux d’intérêt bas favorisent effectivement un pays comme la France, y compris via le crédit bancaire et le marché immobilier. Mais depuis le printemps, la reprise s’est diffusée à tous les secteur de l’économie et tous les voyants sont au vert.

Au-delà des aspects cycliques, la perception des observateurs et des investisseurs à l’égard de la France a changé dramatiquement, pour la première fois depuis des années. Les premières réformes mises en œuvre par le gouvernement ne produiront tous leurs effets qu’à moyen terme, mais dès lors que ces changements sont perçus comme crédibles et durables, le coup de boost à la confiance des agents économiques peut devenir auto-entretenu, au moins dans une certaine mesure.

On constate notamment que parmi les grandes économies du continent, entre Espagne, Italie, France et Allemagne, seule l'Allemagne affiche une situation proche du plein emploi. Comment évaluer les performances françaises à l'aune de ses partenaires européens ?

La situation l’emploi est plus simple à analyser : les flux d’entrées et sorties sur le marché du travail réagissent avec retard aux variations conjoncturelles, et surtout avec une grande inertie. La baisse actuelle du chômage en France, quoique heurtée, a de grandes chances de se poursuivre voire de s’amplifier dans les années à venir, de façon quasi mécanique.

Les variables plus structurelles, comme le taux de participation ou le taux de sous-emploi, réagissent quant à elles aux réformes institutionnelles, et de façon plus incertaine. De mon point de vue, c’est sur ce deuxième aspect que l’on pourra juger du succès du gouvernement au regard de ce qui se passe chez nos voisins européens, à l’horizon de plusieurs années. Le résultat dépendra aussi des prochaines mesures touchant la formation, l’assurance chômage et les retraites, au sujet desquelles on manque d’information.

Quelle est encore l'ampleur du travail à réaliser pour retrouver une situation favorable pour l'économie française, c'est à dire une situation proche du plein emploi permettant une pression à la hausse sur les salaires ? Combien de temps l'économie française sera-t-elle encore en situation de "rattrapage"?

Il est difficile de donner un horizon plus précis, ce que le Président français s’est d’ailleurs bien gardé de faire, contrairement à son prédécesseur. En revanche, on sait qu’au rythme de croissance actuel proche de 2% l’an, l’économie française crée suffisamment d’emplois pour permettre au taux de chômage de baisser graduellement. A court terme, le processus d’ajustement pourrait être retardé, voire suivre une « courbe en J », si certaines mesures produisent des effets temporaires indésirables ou si certaines entreprises retardent leurs embauches. Mais les enquêtes suggèrent que les créations d’emplois vont rester bien orientées.

Au total, on peut raisonnablement penser que les prévisions de la Commission européenne, qui voit le taux de chômage baisser de 9,7% actuellement (mesure harmonisée du Bureau International du Travail au troisième trimestre) à 8,9% en moyenne en 2019, sont trop pessimistes ; 8% me semble possible à l’horizon de deux ans. On ne serait pas au plein emploi au sens commun du terme, mais néanmoins sous le taux de chômage d’équilibre estimé pour la France autour de 9%, ce qui pourrait avoir pour conséquence de générer des pressions à la hausse sur les salaires. Sur ce dernier point, on ne comprend toutefois pas tous les mécanismes de formation des salaires et des prix dans notre nouvel environnement post-crise. Comme Benoît Coeuré l’a suggéré dans une interview cette semaine, il convient de faire preuve de prudence et d’humilité sur ce point.

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