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Le Premier ministre Manuel Valls se retrouve une nouvelle fois attaqué par sa majorité.
Le Premier ministre Manuel Valls se retrouve une nouvelle fois attaqué par sa majorité.
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En panne d'idées

Plan d'économies : derrière les vraies-fausses alternatives, la pétaudière de la pensée économique socialiste

Le nouveau plan de redressement économique proposé par le Premier ministre Manuel Valls se retrouve une nouvelle fois attaqué par la majorité elle-même. Au-delà de la fronde des députés socialistes, c’est bien un énorme doute sur l’efficacité du pacte de responsabilité qui prend de l’ampleur dans les rangs du parti majoritaire.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Plus ça change, plus c’est la même chose. Le nouveau plan de redressement proposé par Manuel Valls le mercredi 16 avril se retrouve une nouvelle fois attaqué par la majorité elle-même. Cette fois, c’est au tour de Karine Berger de prendre la tête de l’opposition. La députée des Hautes Alpes rendue célèbre en juin 2013 par sa sortie au quotidien La Provence : "Je suis l'une des députées les plus visibles. J'ai le sentiment surtout d'être extraordinairement influente dans l'équilibre croissance-austérité" et qui lui avait surtout valu une cure d’austérité médiatique, revient sur le devant de la scène.

Pour François Hollande et Manuel Valls, les propositions de Karine Berger ne sont pas anecdotiques, car elles ne font que traduire les doutes qui pèsent sur le pacte de responsabilité lui-même. Pacte qui constitue pourtant la figure de proue de la nouvelle politique économique présidentielle.

En effet, afin de financer la baisse de charges promises par le pacte de responsabilité, Manuel Valls avait notamment pu annoncer le gel du point d’indice des fonctionnaires et le gel des prestations sociales. A ceci, Karine Berger propose trois pistes alternatives dont l’objectif est de permettre une économie de 5 milliards d’euros, soit le montant économisé par le cumul des "gels" en question.

La première piste consiste à s’attaquer à la fraude et à l’évasion fiscale, c’est-à-dire un vœu pieu. Autant l’intention peut être louable autant la réalisation semble périlleuse. Il est en effet délicat d’émettre une quelconque prévision chiffrée dans ce domaine, dans un temps restreint et compté.

La seconde proposition d’économie repose sur le gel du Crédit Impôt Recherche (CIR). Une niche fiscale qui avait effectivement pu être visée par la cour des comptes elle-même, en raison des doutes existants sur son efficacité. Le coût de cette mesure en 2013 était de 5.8 milliards d’euros. Karine Berger propose d’en geler le montant pour arriver à une "économie" de 3 milliards, c’est-à-dire de diviser par deux l’ensemble des montants alloués à une mesure sensée soutenir la recherche et le développement. Une idée qui était également défendue par le nouveau secrétaire d’état chargé du Budget, Christian Eckert, qui voit certainement d’un bon œil les propositions faites par la députée des Hautes Alpes. Christian Eckert avait pu étaler ses réserves vis-à-vis des réformes du gouvernement Ayrault, il a aujourd’hui plus de mal, bloqué dans un gouvernement dont il ne doit pas partager beaucoup des mesures envisagées.

Car la troisième proposition faite par Karine Berger rappelle étrangement les propos de Christian Eckert avant qu’il ne soit nommé à son secrétariat d’état au Budget. Lorsque Karine Berger propose de repousser l’octroi des mesures de baisses de charges aux grands groupes, Christian Eckert déclarait le 7 avril dernier à BFM télé "Les aides en direction des entreprises" sont "un peu massives" et "pas très ciblées", "Parfois il vaudrait mieux se dire qu'il faut davantage viser les secteurs industriels que de le faire d'une façon très générale, comme cela est le cas aujourd'hui".

Une réflexion que Karine Berger et Christian Eckert partageaient déjà en 2012, lors de la mise en place du CICE (Crédit impôt compétitivité emploi). Alors que le premier déclarait "Je suis tout à fait réservé sur une mesure qui ponctionnera le pouvoir d'achat des ménages" ; la députée indiquait "qu'une entreprise qui n'a plus de demandes ni de marché n'embauchera pas. Tout choc sur le pouvoir d'achat serait antiéconomique."

Au-delà de la fronde des députés socialistes, c’est bien un énorme doute sur l’efficacité du pacte de responsabilité qui prend de l’ampleur dans les rangs du parti majoritaire. Plus grave encore pour François Hollande, les dernières nominations se retournent très vite contre lui. Bien que Christian Eckert soit réduit au silence au sein de son secrétariat d’état, Valérie Rabault reprend le flambeau au poste de rapporteur général du budget à l’assemblée nationale, et ce après avoir refusé un poste au gouvernement. Une liberté de parole qu’elle assume aujourd’hui aux côtés de son amie Karine Berger.

Au gouvernement, et plus précisément à Bercy, ce sont aujourd'hui trois lignes différentes qui sont représentées. Une ligne représentée par Michel Sapin, fidèle au président Hollande, une ligne « euro-exigeante » représentée par Arnaud Montebourg, et désormais une ligne Eckert qui se mobilise contre le pacte de responsabilité.

Encore une fois, la synthèse voulue par François Hollande a fait long feu. En nommant Christian Eckert au budget, le président pouvait espérer un peu de calme. Le nouveau secrétaire d’état écrivait sur son blog le 16 avril dernier : "Dans ces lieux mythiques, quand le président de la République se tourne vers moi pour avoir mon point de vue, ça me fait tout drôle." Un sentiment qui doit être partagé aussi bien par Manuel Valls et par François Hollande.

Pour lire le Hors-Série Atlantico, c'est ici : "France, encéphalogramme plat : Chronique d'une débâcle économique et politique"

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