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N'importe quel mouvement de foule est prévisible, même ceux qui semblent les plus chaotiques...
N'importe quel mouvement de foule est prévisible, même ceux qui semblent les plus chaotiques...
©Reuters

Emportés par la foule...

Physique punk : quand les pogos permettent aux scientifiques de comprendre les mouvements de foule

N'importe quel mouvement de foule est prévisible. Même s'il est volontairement aléatoire comme les pogos. Explications.

L'anecdote est racontée par un journaliste de The Atlantic. Jesse Silverberg, étudiant en physique, emmène sa petite-amie à un concert de heavy metal. Le genre d'endroit où il vaut mieux troquer ses Converse contre une bonne paire de Doc Martens. Pour les amateurs, les concerts de metal sont aussi l'occasion de participer à des pogos, sortes de séances de catch musicales plus ou moins brutales. Mais cette fois, au lieu de s'élancer dans la fosse pour "pogoter" bestialement dans la joie et la bonne humeur, l'étudiant est resté en arrière pour garder un œil sur sa copine (gentleman).

S'il est fan de metal, Jesse Silverberg est surtout un brillant apprenti physicien. Très vite, l'étudiant ne peut pas s'empêcher de remarquer les curieux mouvements provoqués par les pogos, mouvements qu'il avait toujours considérés comme un joyeux foutoir chaotique lui permettant simplement de se défouler - lors d'un pogo, vous pouvez allègrement sauter à pieds joints sur les chaussures de votre voisin ou lui donner des coups de coude : cela fait partie du jeu.

"C'était la première fois que je regardais un pogo de l'extérieur, j'étais absolument sidéré par ce que j'ai vu", a ainsi expliqué Jesse Silverberg qui a pu observer "toutes sortes de comportements collectifs [qu'il n'aurait] jamais pu remarquer de l'intérieur". Pour enrichir son point de vue, l'étudiant va sur Youtube pour tenter de comprendre ce qui arrive aux gens placés dans "des conditions extrêmes". Entendez : "la combinaison d’une musique forte et rapide (130 décibels, 350 battements par minute) synchronisée avec des lumières clignotantes et brillantes et de fréquentes intoxications (drogues et alcool)".

Résultat : ses observations complémentaires lui ont permis de prouver ce qu'il avait initialement pu constater. A savoir que, lors de pogos, même si les mouvements individuels sont aléatoires, le mouvement collectif créé par les "pogoteurs" est, lui, bel et bien ordonné et suit des règles simples. Jesse Silverberg et son équipe ont ensuite simplifié la dynamique complexe du comportement de chaque "pogoteur" pour créer le modèle interactif suivant :

Chose amusante : même si vous n'êtes pas spécialement fan de physique, vous pouvez constater les différents effets sur les mouvements de foule en fonction des variables avec lesquelles vous jouez (essayez par exemple d'augmenter fortement le son et observez ce qu'il se passe...) Surtout, les chercheurs se sont rendus compte que les "pogoteurs bougent dans tous les sens au hasard et entrent en collision avec d’autres".

Ils soutiennent aussi l’idée d’une forte analogie entre les pogos et... le gaz. La conclusion de l’étude soumet ainsi un parallèle entre une loi de probabilité qui déterminerait la répartition de particules de gaz et un pogo au cours d’un concert de heavy-metal. Pour faire simple, les participants d’un pogo sont comparés à des molécules ou des atomes de gaz. Car leur caractéristique principale est leur indépendance. Mais le plus étrange réside dans la question-conclusion, souligne le site Konbini : "Ces observations présentent une question intéressante : pourquoi un système non-équilibré par nature expose des caractéristiques équilibrées ?" En somme, l’ordre naîtrait du chaos. 

Et selon l'étudiant en physique, les circonstances qui permettent la création de pogos (musique forte et bière à foison) peuvent s'appliquer à d'autres cas de mouvements collectifs, comme les émeutes ou les situations d'urgence, moments pendant lesquels la foule paniquée a tendance à s'adonner à des mouvements aléatoires et un peu hystériques. Une meilleure compréhension de la dynamique de ces mouvements pourrait servir à améliorer les mesures de sécurité dans les bâtiments ou les stades. Et si ce n'est pas la cas, cette découverte pourra au moins aider les services de sécurité lors de concerts de hard metal. Pour info : selon une étude, 37% des blessures qui surviennent lors d'un festival de musique de quatre jours sont liées... à des pogos.

M.S.

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