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Plus de 4 millions de soldats auront combattu à Verdun, dont 10 % auront trouvé la mort…
Plus de 4 millions de soldats auront combattu à Verdun, dont 10 % auront trouvé la mort…
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Bonnes feuilles

Pétain, alors général, sauve Verdun qui devient, par le sacrifice des poilus, une terre sacrée

Quand l’Histoire dérape, les événements s’enfoncent dans l’horreur, les héros côtoient les assassins, et les catastrophes historiques se succèdent. En matière de mensonges, de massacres, de génocides, de manipulations, d’assassinats, les livres d’Histoire dépassent la fiction ! Il était donc urgent de se pencher sur les heures noires, sanglantes et humiliantes u passé. Les auteurs proposent un voyage au coeur de l’Histoire, de ses heures sombres, de ses revers et de ses lâchetés ! Extrait de "Le Pire de l'histoire !" de Luc Mary et Philippe Valode, publié aux éditions de L'Opportun 2/2

Luc Mary

Luc Mary

Luc Mary est un écrivain et historien. Il a notamment écrit Mary Stuart, la reine aux trois couronnes (l'Archipel, 2009) et Jeanne d'Arc (Larousse, 2012). Il a aussi coécrit avec Philippe Valode Et si... Napoléon avait triomphé à Waterloo ? L'histoire de France revue et corrigée en 40 uchronies (Editions de l'Opportun, juin 2011)Il est l'auteur de 20 livres et de plus d'une centaine d'articles. Il rédige régulièrement des textes pour la revue Actualité de l’histoire, une rubrique mensuelle consacrée aux uchronies.

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Philippe Valode

Philippe Valode

Philippe Valode est écrivain et éditeur. Ancien directeur de la revue Actualités de l'Histoire, il est l'auteur de Les Présidents des Etats-Unis (L'Archipel, 2005). Historien diplômé en sciences politiques, il est spécialiste de la période monarchique et apparaît régulièrement dans les médias pour traiter de cette longue période de l'histoire de France.

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Pétain appelé au secours 

Joffre prend la décision de nommer Philippe Pétain, alors général de corps d’armée, comme coordonnateur de la défense du secteur de Verdun. Bien que surpris en galante compagnie, peu après minuit, à l’hôtel Terminus de la gare du Nord, Pétain se hâte vers sa destinée au matin du 25 février 1916. Il parvient dès le lendemain à son poste de commandement de Souilly, en arrière de Verdun, sur la route de Bar-le-Duc. La défense française repose, en cet instant, sur la seule 2e armée. Von Falkenhayn commence à comprendre qu’il a trop concentré ses troupes, ce qui explique leur trop lente avancée sur un chemin parsemé d'embûches. Mais il s’entête.

Soucieux d’éviter le découragement des hommes, en raison de l’importance des pertes, Pétain organise la rotation accélérée des troupes en première ligne. Il en fait venir de tous les fronts. Puis, il les protège mieux en installant une puissante artillerie sur les deux rives de la Meuse. Et il décide de rendre aux forts leur vocation de pôle de résistance en les faisant réoccuper. Enfin, depuis Bar-le-Duc, il met en place la fameuse Voie sacrée qui apporte au front hommes, munitions, pièces d’artillerie, marchandises, équipements militaires… Il faut que Verdun tienne à tout prix. Cette artère vitale qui rejoint Bar-le-Duc à Verdun est empruntée par une noria de 3 500 camions (principalement des Berliet CBA) qui, chaque semaine, transportent 100 000 hommes et 50 000 tonnes de matériel militaire. Environ 10 000 territoriaux empierrent en permanence la route avec des cailloux provenant des carrières proches, rouvertes pour l’occasion. Ils les placent sous les bandages des camions dont le poids dégrade continuellement la chaussée. Les Berliet parviennent ainsi à transporter 2 millions de tonnes de matériel et 4 millions d’hommes. Les blessés sont évacués par 800 ambulances : ils seront 260 000 à gagner les trains sanitaires qui se forment en gare de Bar-le-Duc.

Le cynisme de Pétain

Von Falkenhayn a fini par élargir son périmètre d’attaque à la rive gauche de la Meuse. De sanglants et héroïques combats se déroulent autour de Cumières-le-Mort-Homme, du bois des Bourrus, du bois des Corbeaux. Les pertes de part et d’autre sont considérables. Souvent, les survivants d’une attaque ne sont que quelques dizaines…

La France entière suit avec passion cet affrontement suprême, le sacrifice de ses soldats qui meurent pour qu’à Verdun, on ne passe pas. Menant une bataille défensive, accélérant encore la rotation des hommes, tout à fait paradoxalement, Pétain acquiert la réputation d’un général qui économise la vie de ses soldats. Pourtant jamais les pertes n’ont été aussi élevées ! Ainsi plus de 4 millions de soldats auront combattu à Verdun, dont 10 % auront trouvé la mort… Cette forme de cynisme du général Pétain, on la retrouvera en 1940 chez le maréchal Pétain lorsqu’il s’agira de signer les lois sur les Juifs, osera-t-on écrire au risque de choquer !

En face, les Allemands, qui maintiennent au front les mêmes unités, s’épuisent peu à peu. Le moral baisse malgré l’arrivée des renforts.

Le 1er mai, sans doute inquiet de l’immense popularité de Pétain, Joffre l’écarte en le nommant à la tête des armées du Centre alors dirigées par de Langle de Cary. Pétain qui est donc parvenu à sauver Verdun est remplacé par Nivelle.

Fin de partie

En mai, au prix d’un nouvel effort, les Allemands parviennent à s’emparer du fort de Vaux. Un court moment von Falkenhayn peut penser qu’il va rompre le front français : le sort de la bataille se joue devant Souville où le lieutenant Dupuy, un instituteur pacifiste, tient bon la position. Mais lorsque, enfin, les renforts français pénètrent dans Souville, ils n’y découvrent que quinze survivants.

En juillet, les Allemands interrompent leurs attaques. Aussitôt le général Mangin en profite pour regagner quelques positions perdues. Son offensive culmine le 24 octobre lorsqu’il reprend le fort de Vaux, puis celui de Douaumont. Il finit par réoccuper la rive gauche de la Meuse. Le 15 décembre, les combats cessent. Von Falkenhayn aura ainsi immolé 800 000 hommes, dont environ 380 000 Français, pour un gain territorial infime.

Pour tout le pays, le sacrifice exemplaire des poilus fait désormais de Verdun une terre sacrée.

Extrait de "Le Pire de l'histoire !" de Luc Mary et Philippe Valode, aux éditions de L'Opportun, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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