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"Pauses clope" ou déjeuner au boulot : les pistes pour (re)donner une légitimité au temps consacré au repos
©JOE KLAMAR / AFP

Bonnes feuilles

"Pauses clope" ou déjeuner au boulot : les pistes pour (re)donner une légitimité au temps consacré au repos

30 000. C’est en moyenne le nombre de jours que nous passons sur terre. Souhaitons-nous vraiment continuer à épuiser nos journées en les enlisant dans des habitudes contraires à notre épanouissement? Nous sommes fatigués de trop travailler ; fatigués de ne pas trouver le sommeil ; fatigués de chercher l’âme-sœur ; fatigués d’élever des enfants qui deviendront des adolescents épuisants. Et si nous faisions de notre fatigue une alliée? Extrait de "Fatigue - Et si on apprenait vraiment à se reposer ?" de Léonard Anthony et Adrian Chaboche, aux éditions Flammarion (1/2).

Léonard Anthony

Léonard Anthony

Léonard Anthony pratique l'auto-développement : méditation, yoga nidra et hypnose écologique.

 

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Sans rejeter le monde dans lequel nous évoluons, on peut tout de même s’interroger sur nos comportements et tirer des leçons de certaines de nos observations pour se réapproprier, sans aucune culpabilité, ces temps de repos.

Par exemple, je me suis laissé aller à m’inspirer de certaines pratiques – a priori condamnables – que j’ai pu observer. J’ai ainsi commencé à faire des « pauses clope ». C’est très agréable, une pause clope… surtout quand on ne fume pas. Les fumeurs trouvent toujours le temps d’aller en griller une sans que personne ne s’en offusque, tandis que, pendant ce temps, les non-fumeurs restent vissés à leur bureau. J’en suis donc arrivé à conseiller aux non-fumeurs, toutes les deux heures, de prendre le temps d’aller faire un tour, seul – pour éviter de continuer de ressasser –, respirer, déconnecter, se reposer. Les études réalisées dans toutes sortes de milieux professionnels ont démontré l’évidence : les pauses ne nuisent pas à la productivité, bien au contraire. Pour une raison qui dépasse l’entendement, il apparaît que nous continuons, dirigeants, indépendants, libéraux, mais aussi salariés, à infliger et à nous infliger de travailler fatigués, à moitié concentrés, alors qu’une courte pause nous permettrait de donner un nouveau souffle à notre esprit et à notre « rentabilité ».

Le constat est du même ordre concernant le déjeuner. Il m’a fallu beaucoup de temps pour apprendre à me poser pour manger à la mi-journée, à prendre, là encore, un bout de temps, sans culpabiliser de le perdre. À ceux qui doivent subir les contraintes aberrantes de certains dirigeants, qui s’accrochent à cette drôle d’idée que l’on est plus productif même fatigué, et qui n’ont qu’une demi-heure, ou même parfois un quart d’heure pour déjeuner, je suggère au contraire de profiter pleinement de ce court moment et de s’arrêter complètement. Quand vous mangez, vous mangez, et c’est tout. Vous ne téléphonez pas, vous ne lisez pas vos mails personnels, vous n’envoyez pas de SMS, vous ne regardez pas une série… Je sais à quel point c’est difficile. Vous êtes en train de manger, assis, en faisant attention à ce que vous ingérez, même si ce n’est pas toujours terrible. Un sandwich au poulet, c’est du pain, de la mayonnaise, du poulet, trois goûts différents. Vous les sentez ? Vous aimez ? Vous n’aimez pas ? En général, quand on engloutit son repas, on n’en a pas la moindre idée. Quand on suggère aux gens d’être attentifs à ce qu’ils mangent, on remarque plusieurs choses : le temps de pause consacré au repas s’allonge un peu du fait de manger plus lentement ; ils mâchent plus, mangent moins, se sentent moins lourds, moins fatigués l’après-midi. Je me souviens d’un dîner avec le psychiatre et chercheur David Servan-Schreiber qui me racontait avoir trop souvent mangé entre deux étages, dans l’ascenseur de l’hôpital où il exerçait. Pour lui, ce type de comportement était une des sources qui ont alimenté sa tumeur et épuisé ses ressources vitales.

Pour ceux qui comme moi ont le privilège de décider du temps qu’ils s’accordent pour déjeuner, il n’est pas plus malin de réduire systématiquement cette pause à un temps social et professionnel, avec un collègue pour parler d’un dossier, avec un client, un contact, un fournisseur… C’est utile, pratique, sympathique, inévitable, mais cela ne constitue pas à mon sens une vraie coupure. Une ou deux fois par semaine, je m’impose de déjeuner seul, parfois dans mon bureau, dans un parc ou dans la cour carrée du Louvre, que j’affectionne particulièrement pour le calme qui y règne. Tranquillement, sans lire, sans téléphoner, sans rien faire d’autre que manger, en profitant de ce moment de répit. Je regarde les sculptures, les arbres, j’observe et me laisse prendre quelques minutes par le mouvement des nuages. En toute honnêteté, je ne crois pas avoir trouvé mieux pour me reposer vraiment en milieu de journée, en redonnant une légitimité au temps consacré au repos.

Que ce soit lors de la pause clope du non-fumeur, ou du déjeuner déconnecté, j’ai offert par ma disponibilité totale à ces temps de repos et d’alimentation, indispensables à ma survie, une réponse significative à ma volonté de vivre autrement et plus longtemps. La fatigue qui nous accable, celle qui donne l’impression d’être écrasé à différents moments de la journée, de subir une journée plutôt que de la vivre, n’y résistera plus beaucoup.

Extrait de "Fatigue - Et si on apprenait vraiment à se reposer ?" de Léonard Anthony et Adrian Chaboche, aux éditions Flammarion

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