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La société civile, 
cette grande muette de la campagne
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EDITORIAL

La société civile, cette grande muette de la campagne

La campagne présidentielle de 2012 se déroule principalement entre candidats et médias. Une ouverture aux Français et aux parties prenantes, moins présentes qu’en 2007, devrait être envisagée....

Alain Renaudin

Alain Renaudin

Alain Renaudin dirige le cabinet "NewCorp Conseil" qu'il a créé, sur la base d'une double expérience en tant que dirigeant d’institut de sondage, l’Ifop, et d’agence de communication au sein de DDB Groupe.

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Le Grenelle de l’environnement, souvenez-vous, à la rentrée 2007, avait révélé l’importance des « parties prenantes », du débat ouvert, de la consultation, voire de la confrontation, en bonne intelligence, d’intérêts divergents. La mondialisation, les crises financières, sociales et géopolitiques, nous ont aussi enseigné à quel point tout est lié, tout est connecté, interdépendant.

Aujourd’hui nous vivons une campagne présidentielle, donc un moment crucial, déterminant. Et pourtant il est assez étrange de constater le silence des parties prenantes, de la société civile, d’autres intervenants que les candidats eux-mêmes. Pourquoi les politiques ont-ils tant le monopole du débat politique ? Où sont les représentants patronaux et syndicaux ? les ONG ? les grands patrons ? les entrepreneurs ? les intellectuels ? les « experts » ? les associations ? Où est le cercle des économistes qui occupait en 2007 une place si importante dans l’évaluation des programmes ? Où est Nicolas Hulot qui faisait signer son pacte écologique et créait un thème central de campagne ? Où sont ces fameux think tanks ? Ils existent pourtant, on ne les entend pas, sans doute pensent-ils tout bas ? Où sont les anciens ministres à la liberté de parole retrouvée ? Où sont les livres blancs ? Peut-être restés blancs, en tous cas muets.

A vrai dire, certains de ces interlocuteurs s’expriment, produisent des idées ou des avis, mais sont peu audibles ou visibles, impactent peu la campagne et son déroulé programmé. Le contenu éditorial de la campagne est peu perturbé, les candidats ont la main, alternent leurs moments forts, leurs « semaines », débattent par petites phrases ou meetings interposés. Mais si les candidats ne débattent pas entre eux, qui débat avec eux ? Les Français, quand l’occasion leur est donnée. C’était un des enseignements intéressants de l’émission Parole de candidat de lundi soir sur TF1 avec Nicolas Sarkozy : la séquence des journalistes ne les a pas mis à l’honneur, cherchant à interpeller sur des questions consanguines, médiatico-politico-parisiennes, lorsque les Français interrogeaient sur les « vrais sujets » : l’emploi, la santé, l’égalité des chances, le pouvoir d’achat, etc. 

Face à ces questions, Nicolas Sarkozy a poussé deux cris du cœur, de mon point de vue. Expliquant, sur le ton de la frustration refoulée mais dense et perceptible, qu’il avait eu 4 ans de crise(s) historique(s) sur les 5 (premières) années de mandat. Il dit d’une certaine manière, au moment où la crise financière commence, à son avis, à s’estomper : " Laissez-moi sur le terrain au moment où on commence à peine à remettre la main sur le ballon. Pour l’instant je n’ai fait que défendre", expliquant au passage que la France a mieux tenu que d’autres équipes. C’est économiquement exact, même si l’argument est peu efficace, car en matière de difficulté et dans une tendance au repli soi-disant protectionniste, la comparaison est souvent peu réconfortante (sauf sur le registre de l’éducation morale: « arrêtez de vous plaindre, il y a plus malheureux »). Quand l’absolu est ressenti, le relatif importe peu. D’autre part, en période de sortie de crise, qui n’est pas la période actuelle, mais la période souhaitée, l’important est de ressortir plus fort, plus conquérant. Pour l’instant, historiquement, et lors de ce mandat, nous avons démontré que nous savions davantage amortir que rebondir. Quand on remet la main sur le ballon, c’est pour ouvrir, attaquer et marquer.

Le second cri du cœur était une critique et un appel. La critique d’avoir été laissé seul à se battre, contre vents et marées. L’appel, celui d’un « aidez-moi ». Ce sentiment de solitude est en effet sans doute un sentiment ressenti de manque de solidarité, sociale et politique dans les moments difficiles. Et cet appel, qui rencontre sans doute un « aidez-nous » de la part des Français, traduit aussi l’idée d’un « aidons-nous ». Pour travailler collectivement à de nouveaux horizons, il faut travailler en équipe, il faut que les parties prenantes s’expriment, interviennent, apportent leurs expertises. Cette expression collective ne peut pas avoir lieu uniquement dans les urnes, elle doit s’exprimer lors de la campagne, elle doit prendre sa place, on doit lui laisser une place.

D’autant plus que cette campagne n’apporte peut-être pas les solutions miracles que nous attendons sans être dupes de nos propres rêves, mais cette campagne pose de bonnes questions, des questions de fond : politique fiscale, compétitivité, désendettement, leadership européen et international, industrialisation, etc. Il faut rentrer dans la campagne, pour en être davantage acteur que spectateur.

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