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On vous a fait peur avec la fin du pétrole mais c'est de sable dont le monde est sur le point de manquer cruellement
©Petr Kratochvil

Une si petite planète

On vous a fait peur avec la fin du pétrole mais c'est de sable dont le monde est sur le point de manquer cruellement

A l'heure ou entre 75 et 90% des plages de sable naturelles de la planète sont en train de disparaître, les évolutions du climat expliquent certes en partie le phénomène, mais les extractions d'origine humaine sont aussi à prendre en considération.

Eric Chaumillon

Eric Chaumillon

Eric Chaumillon est chercheur en géologie marine du littoral au LIENSs, le Laboratoire Littoral Environnement et Sociétés (Université de La Rochelle/CNRS). Il est coauteur avec Emmanuel Garnier et Thierry Sauzeau de l'ouvrahe Les Littoraux à l'heure du changement climatique (éditions Indes savantes, avril 2014).

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Atlantico : Entre 75 et 90% des plages de sable naturelles de la planète seraient en train de disparaître (voir ici en anglais). Quelles en sont les principales raisons ? 

Eric Chaumillon : L’équilibre d’une plage dépend de trois paramètres principaux : le niveau marin, les mouvements verticaux de la côte, les apports sédimentaires.

Sur le long terme, la raison principale du recul des côtes est l’élévation relative du niveau marin. Cela veut dire que sur une côte donnée, le niveau marin monte par rapport à cette côte. Il faut noter qu’il existe des côtes qui se soulèvent et que donc dans ces cas les côtes ne reculent pas. Quand le niveau marin s’élève d’1 cm on estime que le recul minimal du trait de côte est 1 m (facteur 100). Ainsi, pour les 25 cm à 100 cm d’élévation prévue pour la fin du siècle, on aurait sur les côtes stables (sans mouvements verticaux), un recul de 25 à 100 m minimum.

Mais en fait, cette règle empirique sous-estime la plupart des reculs observés, il y a donc d’autres paramètres.

Parmi ceux-ci :

L’augmentation locale de la taille des vagues, de la fréquence et/ou de l’intensité des tempêtes, qui peut entraîner un recul des côtes. Ce paramètre dépend de la zone climatique. Toutes les régions du monde ne subissent pas une augmentation de la taille des vagues, de la fréquence et/ou de l’intensité des tempêtes. Dans certaines régions du globe, ces modifications d’origine climatique peuvent être imputées au réchauffement en cours.

Un enfoncement local de la croûte terrestre (une subsidence). C’est le cas par exemple dans les grands deltas du monde où les apports sédimentaires depuis des millions d’années imposent une surcharge sur la croûte.

Dans ces mêmes deltas la subsidence est compensée par les apports sédimentaires, le seul problème est qu’en raison des barrages sur les fleuves du monde, les apports ont diminué et les côtes reculent.

L’enfoncement du rivage peut avoir des origines humaines. En puisant le pétrole, le gaz ou l’eau, l’homme entraîne un affaissement des sédiments et un enfoncement des régions côtières qui peut être dramatique : plusieurs cm / an. 

Quelle part joue l'effet accentué du changement climatique ?

Le changement climatique en cours intervient à deux niveaux : le niveau marin et les apports sédimentaires.

Le réchauffement climatique induit une fonte des glaces et une dilatation des eaux marines de surface. De fait le niveau marin monte. Cette remonté s’accélère en fonction du temps en même temps que le réchauffement global et l’augmentation du taux de CO2 atmosphérique. Voici les chiffres IPCC: 1.7 mm/an de 1901 à 2010; 2.0 mm/an de 1971 à 2010; 3.2 mm/an de 1993 à 2010.

Les vagues sont le paramètre principal qui transporte les sédiments sur les plages. La difficulté avec les vagues est qu’elles peuvent à la fois engraisser les plages (petites vagues de beau temps) et éroder les plages (fortes vagues, en particulier lors des tempêtes). Le réchauffement climatique peut localement produire une augmentation de la fréquence et de l’intensité des tempêtes et ainsi éroder plus souvent et plus fréquemment les plages et donc entraîner un recul accru des côtes. De même il peut produire une augmentation locale des vagues les plus fortes, ce qui pourrait entraîner un recul des côtes.

Le boom des activités économiques autour des entreprises d'extraction de sable et de gravier est-il aussi responsable ? Dans quelle proportion ?

Dans certains cas, l’extraction de sable à proximité ou directement sur la plage a pu entraîner un recul, voire une disparition de la plage. Dans le monde cette situation peut s’observer dans des régions où la réglementation est insuffisante ou non appliquée. On connaît des exemples dans l’ouest de l’Afrique, en Asie… Comme dans le cas des barrages ou de la subsidence d’origine humaine, les effets sont locaux et ne peuvent expliquer la totalité du recul des côtes. Le problème le plus souvent est que notre environnement est affaibli et qu’il résiste de moins en moins en raison d’attaques multiples : par exemple une combinaison de l’élévation relative du niveau marin, de subsidence, de diminution des apports par les fleuves en raison des barrages et éventuellement des extractions de sable.

La France est-elle encore préservée ? Pour combien de temps ?

A l’heure actuelle en France, il existe une réglementation et elle est appliquée. Les extractions sont assez loin des plages. Néanmoins, en raison de besoins croissants de granulats (sables, graviers, coquilles, etc.), il conviendra de poursuivre des travaux de recherche car notre connaissance des échanges sédimentaires entre le large et la côte est encore lacunaire et la limite entre les stocks sédimentaires sous marins qui sont en échange avec les plages et ceux qui sont fossiles est mal cernée. 

A terme, si la trajectoire des activités humaines n'est pas sensiblement modifiée, les plages seront-elles condamnées à disparaître totalement ? Que nous disent les projections ?

Les projections d’élévation du niveau marin à la fin du siècle vont de +25 à +100 cm, ce qui entraîne un recul minimum de 25 à 100 m. Dans un système côtier naturel en recul en raison de l’élévation du niveau marin, la barrière sédimentaire, constituée de la plage, de l’avant-plage et de la dune "roule" sur elle-même, et même si le stock peut s’amoindrir la barrière migre vers la terre et accompagne l’élévation du niveau marin. Le problème actuel est que sur 7 milliards d’habitants, environ la moitié sont localisés sur une bande côtière de 150 kilomètres et le degré d’acceptation du recul est le plus souvent nul. L’homme stabilise alors ses littoraux, le plus souvent avec des constructions en dur ce qui a pour effet secondaire de faire disparaitre les plages !  En France, 23 % des terres situées à moins de 250 m des côtes en recul sont urbanisées.

Propos recueillis par Gilles Boutin

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