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Le président français Emmanuel Macron prend la parole lors d'une conférence de presse en amont du sommet du G7, à l'Elysée, le 10 juin 2021.
Le président français Emmanuel Macron prend la parole lors d'une conférence de presse en amont du sommet du G7, à l'Elysée, le 10 juin 2021.
©PASCAL ROSSIGNOL / POOL / AFP

Et en même temps

Objectif fracturer la droite ou les dangereuses manoeuvres d’Emmanuel Macron

Emmanuel Macron pourrait utiliser l’entre-deux-tours des régionales pour fracturer la droite en lui imposant de se déterminer entre le Rassemblement National et La République en marche. Cette stratégie, très périlleuse politiquement, risque d'avoir de lourdes conséquences auprès de l'électorat LR.

Joseph Macé-Scaron

Joseph Macé-Scaron

Joseph Macé-Scaron est consultant et écrivain. Auteur de La surprise du chef (2021) et Eloge du libéralisme (2020), aux éditions de L'Observatoire. 

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Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet est essayiste et auteur de nombreux ouvrages historiques, dont Histoire des présidents de la République Perrin 2013, et  André Tardieu, l'Incompris, Perrin 2019. 

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Atlantico : Le président de la République reste obsédé à l’idée d’utiliser l’entre-deux-tours des régionales pour fracturer la droite en lui imposant de se déterminer entre RN et LREM. Mais n'est-ce pas dangereux politiquement pour lui ? Ne risque-t-il pas, non seulement de griller Jean Castex (qui s’est mis en avant dans l'affaire Muselier en PACA), mais de souligner au passage la faiblesse de LREM ? 

Joseph Macé-Scaron : "Chérie, j'ai rétréci la droite!". On a l'impression que toutes les nuits le président de la République fait ce rêve. Sérieusement, toutes ses actions ne parviendront pas à masquer au second tour des régionales que le centre droit et la droite républicaine demeurent le premier parti de France. Car oui, la droite est majoritaire dans ce pays. Les bidouillages et tripatouillages ne parviendront pas à masquer la nouvelle gifle électorale qui va infligée à LREM. 

Au passage, qui pour s'étonner que, pour la première fois sous la Cinquième république, la majorité présidentielle va être aux abonnés absents? De Gaulle avait créé l'UNR et Giscard l'UDF, avouez que cela avait une autre allure que cette Ecole des fans qu'est LREM. 
 
A force de considérer que seule l'élection présidentielle compte, que les élections intermédiaires sont sans importance puisque trop "locales", on continue de se déconnecter de la réalité politique du pays et de fait, on supprime les corps intermédiiares. Du coup, comment sétonner que le moindre coup de sang dans le pays remonte immédiatement et directement jusqu'à l'Elysée? 

Maxime Tandonnet : Nous vivons une période politique sans précédent, dans laquelle toute notion de bien commun semble gommée au profit de l’exaltation d’un narcissisme absolu tourné vers l’obsession de la réélection. La vie politique consiste pour l’essentiel à noyer dans un écran de fumée de gesticulation permanente une situation désastreuse avec 4 à 6 millions de chômeurs, une dette publique astronomique, dix millions de pauvres, une explosion de la délinquance et de la violence, une catastrophe sanitaire déjà presque oubliée. Face à un tel bilan, le salut de l’occupant de l’Elysée passe par une surenchère de combinaisons politiciennes. Ayant brûlé ses vaisseaux à gauche et face à la faillite de LREM, il tente de brouiller les cartes et de détruire la droite pour favoriser une recomposition en sa faveur comme nous l’avons vu en région PACA. Toute sa stratégie politique consiste à pousser la confusion de la politique française à son paroxysme en balayant d’un revers de main les sujets de fond et en réduisant le choix de l’électeur à une alternative entre le supposé bien progressiste qu’il est censé incarner et le mal populiste ou soi-disant épouvantail lepéniste.  Et de fait, cela semble assez bien marcher…

Emmanuel Macron ne semble pas se rendre compte que l’électorat LR est en majorité sinon résigné, du moins pas vraiment franchement décidé à faire échouer sa réélection. Prend-il le risque de les faire basculer dans une opposition frontale à sa personne (et donc à basculer vers le RN) à force de multiplier les provocations à leur endroit ? 

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Joseph Macé-Scaron :  Si les grands électeurs et les notables de LR semblent effectivement résignés à une éventuelle réélection d'Emmanuel Macron, je pense, à l'inverse, que l'électorat LR, lui, n'a pas fait le deuil d'une candidature de la droite républicaine à l'élection présidentielle. Pire : en son sein, l'animosité et la méfiance à l'encontre d'Emmanuel Macron progresse et ne va, d'ailleurs, cesser de croitre dès lors que nous serons sortis du confinement. A l'heure actuelle, ce dernier mange son quignon de pain blanc mais cela ne durera pas. Là où je vous rejoins c'est que les manoeuvres et les provocations vont alimenter cette défiance et cette hostilité en soulignant l'inauthenticité de la démarche présidentielle. Pour réussir ce type de manipulations, il faut de la chance, du talent mais aussi une vision.  

Maxime Tandonnet : L’électorat LR est fractionné en trois composantes : une majoritaire prête à se rallier à la candidature Macron contre le Pen au second tour sinon au premier ; l’autre minoritaire en passe de rejoindre l’électorat lepéniste ; et la troisième, ultra-minoritaire en révolte contre cette violence antidémocratique qui consiste à la priver de véritable choix et qui n’optera jamais ni pour l’un ni pour l’autre. Le climat politique actuel est dominé par une extrême confusion, une perte des repères et quasi-disparition des convictions qui facilite le délitement de la droite privée de toute référence idéologique et ainsi aisément malléable. L’opposition frontale à la personne du président existe mais elle est noyée dans l’indifférence générale. Le choix binaire entre deux néants, deux héroïsmes de pacotille, macronisme et lepénisme qui n’ont rien d’autre à proposer que deux formes de culte de la personnalité comme paravent du vide et de la destruction, semble en voie de triompher dans l’apathie générale d’un peuple largement dépolitisé, privé par un demi-siècle d’effondrement scolaire des outils intellectuels d’une vision critique et comme hypnotisé par un matraquage médiatique inouï en faveur de l’occupant de l’Elysée.  

La confusion politique que le président entretient est-elle de nature à lui donner une ligne et un programme clair pour 2022 ? Le véritable enjeu pour lui n’est-il pas, au-delà de se faire réélire, d'être en situation de gouverner effectivement au lendemain de sa réélection ? 

Joseph Macé-Scaron : Nous savons que nous vivons, comme aimait à le montrer le regretté Philippe Muray, dans une époque oxymorique mais il y a des limites à ne pas franchir. Comme vous le soulignez, par définition, rien de clair ne peut sortir de la confusion, ni de l'ambiguité. Il y a fort à parier qu'il n'y aura, d'ailleurs, pas de programme clair pour 2022. Rappelez-vous déjà de l'indigence du livre d'Emmanuel Macron, Révolution, durant la première campagne présidentielle. Cet essai n'avait pour seul mérite que de nous mettre en garde puisqu'à la fin, son auteur nous expliquait que son "action" prendrait dix ans...

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Un programme? Pourquoi faire d'ailleurs puisqu'avec son cynisme rafraichissant, l'hôte de l'Elysée pense qu'il n'aura pas à le mettre en oeuvre. Il ne se fixera aucune ligne directrice tant il est persuadé qu'il détient seul la vérité absolue sur la bonne marche du monde. Et qu'importe si sa "France d'après" ressemble furieusement à la "France d'avant" et que l'on attend avec une lanterne la "France de demain". Avec son Optimist, il préfère caboter le long des rivages de l'actualité et changer de direction selon son humeur et son bon vouloir de Prince. Si d'aventure, il était réélu, on souhaite bonne chance à son premier ministre qui revisitera la figure du candidat suicide. Gouverner? Il pourra mais ce sera au prix de successions initerrompues de crises dont celle des Gilets jaunes n'avait été qu'un avant goût. 

Maxime Tandonnet : Une ligne et un programme clair pour 2022 ? Franchement cela n’a plus grande importance. L’idée même de bilan et de programme est désormais noyée dans la sublimation narcissique. Tout ce qui compte est de séduire une fraction suffisante de l’électorat par une vertigineuse débauche de mise en scène afin d’assurer la réélection dans le scénario du bien progressiste contre le mal populiste. C’est en cela que le personnage de Mme le Pen exerce un rôle crucial. Le lepénisme est l’autre face du macronisme et l’assurance de sa pérennisation. Quant à gouverner après 2022, la question ne se pose même pas. L’après 2022 consistera à continuer pendant un quinquennat supplémentaire le grand spectacle nihiliste autour de l’exaltation d’une image narcissique et d’une profusion de tours d’illusionnisme sur fond de poursuite de l’effondrement général. Alors bien sûr, cette politique de la table rase est dangereuse. Dès lors que la politique se réduit à l’exaltation d’une image narcissique surmédiatisée, elle perd le contact avec la réalité. La bulle émotionnelle autour du chef de l’Etat est fragile, menace à tout moment d’exploser. Pour l’instant, le pays semble noyé dans l’indifférence, l’apathie et l’abrutissement quotidien. Cette torpeur peut dégénérer d’un seul coup quand on s’y attendra le moins en révolte violente avec des conséquences apocalyptiques.

 

Joseph Macé-Scaron vient de publier "La surprise du chef, Présidentielle 2022 : tout est possible..." aux éditions de l'Observatoire

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