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Le moratoire nord-coréen : une annonce qui arrange beaucoup de monde
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Win Win pour Kim

Le moratoire nord-coréen : une annonce qui arrange beaucoup de monde

Les relations entre les Etats-Unis et la Corée du Nord ont enregistré un net réchauffement avec l'accord donné mercredi par Pyongyang à un moratoire sur ses activités nucléaires en échange d'une aide alimentaire américaine, deux mois après la mort de Kim Jong-Il. Signe d'ouverture ou manœuvre dictée par le risque de famine ?

Pierre Rigoulot

Pierre Rigoulot

Pierre Rigoulot est historien et directeur de l'Institut d'histoire sociale

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Sa "couverture" illustrée d’un portrait pleine page de Kim III, le jeune promu au sommet du pouvoir nord-coréen, Courrier International du 23 février 2012 se demande si "cet homme mettra fin à la guerre froide ?".

Nous en sommes loin. Ce n’est ni la fin de cet horrible régime qui abrite encore des camps de concentration (1) ni la fin de la "guerre froide".

Les exemples ne manquent d’ailleurs pas de retrouvailles chaleureuses, la larme à l’œil, des « frères séparés qui – juré, promis - , s’engagent à ne plus s’opposer l’un à l’autre, à ranger les armes au vestiaire, à fermer les centres d’enrichissement d’uranium et à marcher ensemble d’un bon pas vers la réunification. Retrouvailles souvent éphémères et toujours suivies de rupture. N’oublions pas qu’en 2006 on discutait déjà à six, sur la dénucléarisation de la Corée du Nord, quand elle a fait exploser son premier engin nucléaire !

L’examen de l’accord du 29 février dernier incite aussi à la prudence. Les Nord-Coréens annoncent un moratoire sur leurs essais nucléaires sans qu’on sache bien si cette annonce les prive de quoi que ce soit, et sur leurs essais de missiles. Le principe d’une visite d’experts de l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique (AEIA) est admis. Enfin, ils interrompent enrichissement de l’uranium dans le Centre de Yongbyon – celui là même qu’on avait déjà commencé à démolir spectaculairement avant de le remettre en marche ! Le hic, c’est que personne n’a la moindre garantie que les Nord-Coréens ne poursuivent pas ailleurs, dans des centres cachés, l’enrichissement de l’uranium nécessaire à la production de bombes nucléaires.

Prudence, prudence et encore prudence donc, devant cet accord dont le seul résultat vérifiable à l’entrée du pays – après, c’est autre chose – est la livraison (pour commencer) de 240 000 tonnes de céréales américaines dont on peut espérer sans trop y croire qu’elles aideront ceux qui en ont le plus besoin.

Pourtant, ne boudons pas notre plaisir : l’équipe qui « cornaque » le petit jeune homme récemment promu a tout intérêt à affirmer son autorité : son oncle, Chang Song-taek, si tant est qu’il travaille pour lui, sait que Kim Jong-eun a été « lancé » par son père bien tardivement et que ses 27 ou 28 ans représentent un handicap, tout particulièrement en Asie orientale. Or, pour affirmer son autorité, rien de tel qu’un accord signé avec les Américains, un accord qui aidera la nouvelle équipe dirigeante à répondre aux problèmes posés par la misère de la population. Kim III n’a pas l’aura de son grand-père ni même celle de son père. Le renforcement de son pouvoir, il doit donc le chercher plutôt du côté des mesures concrètes en faveur d’une population de plus en plus consciente de ce qui se passe ailleurs, en Chine et au sud de la péninsule coréenne, et donc de l’impasse économique et sociale où l’a conduite la famille Kim depuis plus de 60 ans. Ces 240 000 tonnes de céréales seront les bienvenues et d’autres encore….

(1) Il faut annoncer dès maintenant la sortie dans un mois de l’extraordinaire récit par le journaliste américain Blaine Harden sur la vie dans l’un de ces camps et dans la grande prison nord-coréenne. Rescapé du camp 14 (éditions Belfond) repose sur le témoignage d’un jeune homme né derrière les barbelés...

Cette nouvelle approche, ou plutôt ce retour à une approche déjà tentée d’aide en nourriture ou en énergie contre des gestes de bonne volonté, est encouragée aussi bien par les Etats-Unis que par la Chine. Celle-ci cherche non à lâcher la Corée du nord mais à stabiliser la péninsule nord-coréenne. Nul doute que le geste de Pyongyang ait été approuvé par Pékin.

Quant aux Etats-Unis, ils ont aussi leurs intérêts dans la région, des alliés –philippins, vietnamiens (eh oui !) et surtout sud-coréens, à défendre. La stabilité régionale leur convient très bien. Le gel, au moins momentané, voire partiel, du programme nucléaire nord-coréen les arrange donc. D’autant qu’à 6 000 km de là un autre problème de prolifération nucléaire - avec l’Iran cette fois - se pose, et attend des solutions plus urgentes encore qu’en Asie orientale.

Chaque chose en son temps. Et le temps, en Corée, est à la tentative d’apaisement des tensions.

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