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À quoi pourrait bien ressembler un nouveau programme économique de François Hollande ?
À quoi pourrait bien ressembler un nouveau programme économique de François Hollande ?
©Flickr

Madame Irma vous dit tout

Ni celui de la droite, ni celui des frondeurs : voilà donc ce que devrait être le programme économique de François Hollande (pour ceux qui en voudraient encore...)

Entre gestes redistributifs en début de quinquennat et politique de l'offre menée ces trois dernières années, François Hollande a soufflé le chaud et le froid en matière de programme économique depuis son arrivée à l'Elysée. Compte tenu de sa vision personnelle et de sa fragilité politique actuelle, voici à quoi pourrait ressembler son programme pour 2017.

Philippe Crevel

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Nicolas Bouzou

Nicolas Bouzou

Nicolas Bouzou est économiste et essayiste, fondateur du cabinet de conseil Asterès. Il a publié en septembre 2015 Le Grand Refoulement : stop à la démission démocratique, chez Plon. Il enseigne à l'Université de Paris II Assas et est le fondateur du Cercle de Bélem qui regroupe des intellectuels progressistes et libéraux européens

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Atlantico : Ces dernières semaines, François Hollande a régulièrement attaqué les programmes économiques des candidats à la primaire de la droite et du centre, les jugeant trop libéraux. Pourtant, il s'est lui-même engagé lors de son quinquennat dans une voie qui tranche beaucoup avec la gauche dite "traditionnelle" (CICE, volonté de respecter la règle des 3% de déficit, etc.). N'y a-t-il pas ici une contradiction ?

Philippe Crevel : François Hollande est polysémique. On a eu droit au François Hollande keynésien de gauche entre 2012 et fin 2013, et depuis on a un François Hollande qui tente de s'approprier l'économie de l'offre en réduisant un peu le coût du travail et un peu les impôts, après les avoir beaucoup augmentés les deux premières années. Il est lui-même en contradiction entre le début et la fin de son mandat. Il est donc assez étonnant qu'il soit aujourd'hui critique vis-à-vis de la droite en tant que tel.

Une fois dit cela, entre le libéralisme version Fillon, Sarkozy ou Juppé et le libéralisme version Hollande, il y a quand même quelques écarts. François Hollande est plutôt un keynésien qui essaie de se convertir à l'offre, quand les candidats de droite tentent de devenir de véritables libéraux.

A lire également sur notre site : Programme économique de la gauche : et si c’était Valls… Ou Montebourg

Nicolas Bouzou : Pour qu'il y ait contradiction, encore eût-il fallu que la politique de François Hollande sur l'ensemble du quinquennat soit libérale, ce qu'elle n'a pas été. Les prélèvements obligatoires et les dépenses publiques ont fortement augmenté, malgré un ralentissement en fin de période. On a aussi vu beaucoup de réglementations en plus, l'une des plus emblématiques étant peut-être le compte pénibilité qui pèse sur les entreprises.

En revanche, nous avons eu – et c'était bienvenu selon moi – une tentative de politique de l'offre, à savoir une politique qui se base sur l'idée selon laquelle ce sont les entreprises qui font la croissance et l'emploi. C'est la raison pour laquelle j'ai soutenu personnellement le CICE et le pacte de responsabilité par exemple. C'est une politique de soutien aux entreprises, mais ce n'est pas une politique libérale.

En revanche, ce que propose la droite, à des degrés divers malgré une nature similaire, c'est bien de baisser les dépenses publiques et les impôts et d'alléger un certain nombre de règlementations sur les entreprises. Pour le coup, c'est une politique libérale.

À quoi pourrait bien ressembler un nouveau programme économique de François Hollande ? Serions-nous toujours dans une sorte d'entre-deux, avec des mesures jugées libérales et centrées sur l'offre, et d'autres qui sont traditionnellement des mesures de gauche ?

Philippe Crevel : Dans le cas pour le moment hypothétique mais pas impossible où il serait candidat, il devra se démarquer par définition de la droite comme de sa gauche. Il risque d'être concurrencé sur sa gauche par Jean-Luc Mélenchon et donc de se retrouver comme en 2012 à essayer de récupérer des électeurs tentés d'aller voir un peu plus à gauche si l'herbe n'est pas plus verte. Il est donc certain qu'il devra draguer un électorat de gauche fortement déçu par ces trois dernières années et qui manque cruellement à l'appel aujourd'hui.

Comment peut-il espérer y arriver ? Je vois trois "solutions" possibles pour lui.

Premièrement, il pourrait jouer sur la corde sensible des impôts, en disant qu'il fera ce qu'il n'a pas fait (exercice toujours très compliqué pour un candidat sortant). Il pourrait promettre d'instituer la CSG progressive, en clamant que la retenue à la source est justement le moyen de faire la CSG progressive. Une partie des retraités sont d'ailleurs déjà exonérés.

Deuxièmement, il pourra promettre de nouvelles augmentations du point d'indice des fonctionnaires. Il l'a déjà fait et pourrait continuer à le faire.

Troisièmement, il pourrait aller sur le terrain très sensible mais dangereux des prestations sociales en les couplant davantage au montant des revenus. On pourrait même aller jusqu'à une assurance-maladie progressive, ce qui serait une véritable révolution. Mais je ne pense pas qu'il ira jusque-là car cela lui couperait énormément de voix dans les classes moyennes.

L'écueil de François Hollande sera de soigner sa gauche tout en ne désespérant pas sa droite.

Il ne peut pas se permettre de se couper des classes moyennes et de proposer des mesures trop dures sur les allocations familiales, sur le plafond du quotient familial, sur les prestations sociales, etc. Après, il pourrait faire un coup et se lancer par exemple dans le revenu universel en affirmant que tout le monde aura droit à ses 500 ou 750 euros. Cela poserait bien sûr la question des prestations sociales qui seraient supprimées. Mais il aura besoin de faire des coups pour sortir de la masse, par rapport à des candidats de droite qui ont, eux, mis le curseur économique très à droite.

Il lui faut donc absolument retrouver de l'espace au centre-gauche et au centre-droite, en proposant des mesures qui ne heurtent pas la gauche et lui permettent de gagner un peu à droite. C'est là où l'on voit que sa situation est très délicate : il a des fuites de tous les côtés de son électorat et il ne contrôle pas grand-chose. À force de faire des grands écarts, il s'exposerait à des problèmes de souplesse…

Nicolas Bouzou : François Hollande est outsider dans cette campagne, donc son objectif est d'arriver au deuxième tour de l'élection présidentielle. Son programme sera donc un programme politique d'union de la gauche, qui sera – je pense – très socialiste pour se différencier de ce qu'il a fait ces cinq dernières années et inciter une partie de la gauche à voter pour lui. François Hollande souhaitera se différencier des programmes de la droite et d'Emmanuel Macron.

Je pense qu'il expliquera que l'idée qu'il avait vendue lors de la campagne de 2012 (d'abord le redressement, ensuite la redistribution) s'appliquera sur deux quinquennats, faisant du quinquennat 2017-2022 celui de la redistribution. Ce sera donc un programme très marqué à gauche selon moi.

En termes de programme économique, François Hollande serait sans doute obligé de poursuivre dans la logique du CICE en cas de nouveau mandat. Dans ces conditions, critiquer le libéralisme de la droite ne l'isole-t-il pas quelque part ?

Philippe Crevel : Globalement, François Hollande a un problème de ligne économique depuis 2012. Il a augmenté trop fortement les impôts au début, ce qui a accentué le ralentissement de l'économie. Puis, il s'est converti à l'économie de l'offre en deuxième partie de mandat. La ligne est donc assez fluctuante.

Critiquer la ligne libérale de ses adversaires politiques équivaut évidemment à se critiquer lui-même, sa crédibilité n'en sort pas forcément renforcée. Le problème de la gauche aujourd'hui est de savoir s'ils ont véritablement choisi leur modèle économique, entre un nationalisme économique façon Hamon-Montebourg, un modèle protectionniste assez proche des thèses de Mélenchon, et un modèle mondialiste libéral ouvert sur le monde façon Macron.

François Hollande a donc un peu le "cul entre deux chaises" et ne sait pas forcément sur quel pied danser. Par facilité, il tape donc sur le libéralisme excessif de ses adversaires.

 

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