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Le 15 janvier 2004, en début d'après-midi, par beau temps, le puissant chalutier Bugaled Breizh périt corps et biens au sud du cap Lizard
Le 15 janvier 2004, en début d'après-midi, par beau temps, le puissant chalutier Bugaled Breizh périt corps et biens au sud du cap Lizard
©Reuters

Bonnes feuilles

Naufrage inexpliqué du Bugaled Breizh : les deux sous-marins nucléaires mis en cause

Le 15 janvier 2004, en début d'après-midi, par beau temps, le puissant chalutier Bugaled Breizh ("enfants de la Bretagne") périt corps et biens au sud du cap Lizard. Accident nullement naturel, disent les proches, constitués en parties civiles. Le jour même du drame, au sud du cap Lizard, l'Otan entraînait ses meilleurs sous-marins à la guerre nucléaire en eau peu profonde. Extrait de "On l'appelait Bugaled Breizh" (2/2).

Yann Queffélec

Yann Queffélec

C'est pour impressionner sa mère que Yann Queffélec (né à Paris en 1949) commence à écrire à l'âge de sept ans, un art dont il apprend les rudiments en lisant en secret les manuscrits du romancier Henri Queffélec, son père. En 1978, il décide de se consacrer à l'écriture après une rencontre avec l'éditrice Françoise Verny sur un quai du port de Belle-Île. Il entame sa carrière d'écrivain en publiant à 32 ans une biographie de Bela Bartók. Quatre ans plus tard, en 1985, il reçoit le prix Goncourt pour Les Noces barbares, traduit dans 35 pays. Il est l'auteur de nombreux romans dont Le Maître des chimères, Prends garde au loup et, plus récemment chez Fayard, de Ma première femme, L'amour est fou et Le plus heureux des hommes. On lui doit également les paroles de plusieurs chansons interprétées par Pierre Bachelet dont Le Voilier noir écrite en hommage à Tabarly.

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Aujourd'hui, ce n’est plus le seul Dolfin, sous-marin hollandais, qui est aujourd’hui sur la sellette, mais plus encore le Turbulent, sous-marin nucléaire d’attaque britannique, méthodiquement mis hors de cause par l’Amirauté.

Demander à un sous-marin de vouloir bien révéler sa dernière position est une question contre-nature, pour le sous-marin. Il est furtif, inexistant, il ne veut pas savoir où il est, il n’en souffle mot à l’équipage. Seul, le commandant est au courant. Il n’est pas même assuré que le président de la République le soit ou soit autorisé à l’être directement. Tromper son monde au nom de l’honneur national est le voeu sacré du sous marin dès qu’il prend la mer.

Le 16 janvier 2004, selon un porte-parole de la Marine, le Turbulent n’a pas participé aux manoeuvres de l’Otan car il se trouvait à quai à Plymouth, en réparation. Le 16, il est sorti pour des essais de surface au large de la pointe de Rame. Il a dû faire demi-tour, suite à des dommages subis par un câble de remorquage. Il n’a donc jamais pu entrer en contact avec le Bugaled le 15.

Version officielle.

Un document déclassifié de l’Otan s’inscrit en faux, faisant apparaître une série de cinq sous-marins prévus pour participer à l’exercice multinational du 15 janvier : HMS Turbulent, HMS Torbay, FS Rubis, FGS U26, HNLS Dolfin.

Le porte-parole a menti, et nous voilà en droit de nous poser des questions.

En quoi consistaient les réparations apportées au Turbulent le 16 à Plymouth ?

Où était précisément le Turbulent le 15 janvier, soit le thursday war ?

Pourquoi ne pas avoir informé la justice de sa participation annoncée à l’exercice, même s’il a dû rester à quai ?

Est-il resté à quai, ou se trouvait-il en mission dès le 15 afin d’enchaîner sa participation au Thursday war sur l’exercice international des sous-marins européens ?

Épisode bizarre révélé par Le Télégramme. Le 21 janvier 2004, deux patrons de pêche croisent une étrange armada en pleine nuit. Quatre navires militaires et deux hélicoptères escortent un sous-marin en pleine nuit. Étienne Moan, patron du chalutier Les Embruns, voit d’abord le convoi sur son radar, puis devant son bateau. Un groupe naval bien peu éclairé pour une telle opération : « Ça fait vingt-trois ans que je pêche dans le secteur et je n’ai jamais vu ça. Comme les bâtiments faisaient route vers ma zone de pêche, j’ai essayé de les contacter sur le canal 16 pour savoir si je devais m’écarter. Personne ne m’a répondu et le convoi a continué d’avancer vers moi à faible allure. J’ai lancé un deuxième appel, toujours sans réponse. Les bâtiments ont finalement changé de cap, toujours à vitesse réduite, et se sont éloignés vers l’ouest. »

Un deuxième chalutier breton coulé à un jour d’intervalle, même par un sous-marin endommagé, n’est évidemment pas le but recherché ni une démonstration édifiante de furtivité.

Le Turbulent devient le suspect numéro un pour trois motifs.

Sa participation à l’exercice international a été dissimulé pendant plus d’un an par les Britanniques.

Les réparations du 16 à Plymouth, lendemain du naufrage du Bugaled, avec essais à la mer dans la matinée, n’ont donné aucune explication digne de foi ; elles ont tout l’air d’un écran de fumée.

Enfin, le commandant du Turbulent, Andy Coles, est surnommé par les Anglais « le capitaine Lourdaud ». Il est de notoriété nationale qu’il a une pente certaine à la boisson et que plus d’une fois les sous-marins qu’il commandait sont entrés en collision avec des conteneurs, alibis toujours invoqués par les sous-mariniers qui froissent la tôle de leur bâtiment contre celle des sous-marins espionnés. Ce qu’on appelle de la « bonne guerre ».

Andy Coles, illustre commandant de la Royal Navy, le chouchou de la Couronne, toujours à l’honneur lors des cérémonies officielles, était aux manettes de l’HMS Astute, le plus grand sous-marin nucléaire d’attaque européen, lorsqu’il s’échoua sur une jolie petite plage de l’île Skye, le 23 janvier 2010, en Écosse. Toutes les familles du secteur, le dimanche, venaient contempler sur les galets ce champion des mers que nul n’aurait jamais dû voir de près ni soupçonner d’exister pour de vrai.

On prendra également au sérieux l’opinion des pêcheurs des Cornouailles anglaises, unanimes soutenir les parties civiles bretonnes. Ils n’ont pour leur part aucun doute quant à l’implication du Turbulent dans le naufrage du Bugaled. Ils sont écœurés du mépris des sous-mariniers à leur égard. Mépris et mauvaise foi. Les chalutiers sont systématiquement utilisés lors des exercices militaires, servant aux sous-marins pour cacher leur empreinte magnétique.

Quant à la justice, elle suit son cours. Une justice au long cours, bien trop long.

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