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Tonton David chanteur artiste AVC accident vasculaire cérébral prévention risque
©PIERRE VERDY / AFP

Accident vasculaire cérébral

Mort brutale de Tonton David : l’AVC, ce fléau en hausse chez les patients plus jeunes ?

L'artiste Tonton David, l'un des pionniers du reggae en France, est décédé des suites d’un AVC à 53 ans. Est-il courant de voir survenir des AVC à cet âge ?  

André Nieoullon

André Nieoullon

André Nieoullon est professeur de neurosciences à l'université d'Aix-Marseille.

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Atlantico.fr : Comme l’a confirmé à l’AFP Samuel Grammont, l’un des enfants de l’artiste, David Grammont, dit Tonton David, est décédé des suites d’un AVC à 53 ans, un âge plutôt jeune pour cette attaque. Est-il courant de voir survenir des AVC à cet âge ?  

André Nieoullon : Les données épidémiologiques les plus généralement admises montrent dans les pays industrialisés qu’environ les ¾ des AVC surviennent chez des personnes âgées de plus de 65 ans, avec un risque de survenue de ces accidents vasculaires cérébraux qui double, schématiquement, avec chaque décade au-delà de 55 ans. Cette vulnérabilité liée à l’âge vis-à-vis des AVC trouve son explication dans une incidence accrue de divers facteurs de risques connus pour impacter le fonctionnement cardio-vasculaire comme l’hypertension artérielle, en premier lieu, mais aussi l’obésité, le diabète de type II, l’hypercholestérolémie, ou encore les conséquences du tabagisme ou de la consommation irraisonnée d’alcool. S’ajoute une fragilisation avec l’âge de la paroi des vaisseaux sanguins susceptible d’accroître le risque de rupture d’anévrisme conduisant à des accidents hémorragiques aux conséquences souvent fatales bien que ces AVC hémorragiques ne représentent, globalement, qu’environ 20% du total des AVC, la majorité étant représentée par des accidents thrombotiques (les artères se trouve obstruées notamment en conséquence de dépôts d’athérome locaux) ou emboliques (s’agissant ici de caillots, en particulier, transportés jusqu’au cerveau). Et, pour compléter un tableau de facteurs déjà bien riche et qui ne porte pas vraiment à l’optimisme, il faut ajouter à tout cela une propension à une forte réduction d’activité physique et, dans de nombreux cas, une augmentation des facteurs de stress, contribuant à potentialiser les effets des autres facteurs de risque.

Cela ne signifie pas, naturellement, que ces pathologies vasculaires ne peuvent pas survenir plus tôt, mais les politiques de prévention mises en œuvre ont montré leur efficacité en termes de réduction du risque par une meilleure hygiène de vie, en même temps que les facteurs de risques des AVC étaient plus clairement identifiés et, pour certains, pris en charge médicalement ; tel le traitement de l’hypertension artérielle, du diabète ou des troubles métaboliques lipidiques. Et lorsque les AVC surviennent, la prise en charge très rapide des patients éduqués par des campagnes de prévention efficaces à reconnaître les signes annonciateurs de ces évènements, a permis de réduire très significativement les handicaps résultants de ces AVC en termes neurologiques et neuropsychologiques.

Mais le décès de ce jeune et talentueux artiste permet de pointer, s’il le fallait, que les AVC ne sont pas que des maladies liées à l’âge, rejoignant la liste déjà longue des disparitions prématurées liées à des pathologies cardio-vasculaires aigues. Telles celles, mentionnées dans l’article de 2019 du Texas Medical Center que vous mentionnez, de célébrités décédées dans la cinquantaine. Ainsi, c’est bien près de 25% des AVC qui touchent encore des personnes jeunes.

Une étude américaine du Texas Medical Center souligne une élévation du nombre d'AVC chez les jeunes aux USA. Quels sont les facteurs de risque ? Retrouve-t-on les mêmes en France ? Y-a-t-il une évolution des tendances ? 

Là est bien la question : se trouve-t-on dans une situation nouvelle, avec une augmentation du nombre de cas d’AVC chez les jeunes, comme le souligne l’étude américaine, ou bien doit-on considérer que l’étude pointe une spécificité US, du fait notamment de comportements alimentaires « à risques » ou obésité et diabète sont des situations de plus en plus fréquemment observées chez cette population, y compris avant qu’elle ne devienne adulte ? Dans leur étude, les chercheurs du Texas Medical Center constatent une augmentation en 2019 d’une augmentation du nombre de cas d’AVC, de l’ordre de +15%, portant à environ 800.000 le nombre d’américains victimes d’un AVC chaque année. Et ils notent de façon corrélative que les taux d’obésité de la population âgée de 20 à 39 ans, à titre d’illustration, sont passés aux Etats Unis de 28% en 2005-2006 à près de 36% dix années plus tard. Effrayant !

Ceci explique alors cela, selon nos collègues américains, et leur message d’alerte peut aisément être transposé à nos concitoyens. De fait, en France, le nombre d’AVC est de l’ordre de 150.000 par an, dont 20% se traduisent par un décès, soit près de 70.000, et 40% par une survie avec des séquelles majeures de type hémiplégie ou aphasie. Les études réalisées dans notre pays rejoignent en tous points les données de nos collègues américains et les épidémiologistes notent une augmentation constante du nombre d’AVC chez les personnes jeunes allant jusqu’à 10% des cas chez les personnes âgées de moins de 45 ans. Toutefois, les études sur les facteurs de risque et notamment sur l’obésité permettent d’avoir une vision plus optimiste de l’avenir, considérant que, dans notre pays, le taux de la population qui souffre d’obésité reste dans des limites raisonnables avec 15% des personnes concernées, en deçà de la moyenne des pays de l’OCDE à environ 20%, et donc très en retrait par rapport aux valeurs recueillies aux USA (36%) mais aussi au Royaume Uni (27%) ou encore en Allemagne (24%).

Le facteur d’espoir porte sur l’évolution des chiffres en France. De fait, si en 1997 le taux de personnes obèses n’était que de 8,5%, des valeurs proches de 15% étaient déjà atteintes en 2009 mais n’ont donc pas augmentées significativement au cours de la dernière décennie comme cela est dramatiquement le cas aux USA pendant la même période. Il est ainsi envisageable que, si, comme le postulent nos collègues américains, l’obésité et autres facteurs de risques associés impactent la fréquence de survenue des AVC, alors nous devrions nous trouver dans une situation d’évolution favorable, possiblement là encore du fait des campagnes efficaces d’éducation à la santé et aux comportement alimentaires rationnels. A voir ! Cela étant, il ne faut pas crier victoire trop tôt et avoir à l’esprit que, si dans environ 60% des cas les causes des AVC peuvent effectivement être corrélées à l’un ou l’autre des facteurs de risque évoqués ci-dessus, dans encore près de 40% des cas les causes restent largement méconnues.

La crise de la Covid-19 semble avoir un impact sur la prise en charge des AVC. Comment cela se manifeste-t-il ?  

Il est manifeste que la crise de la COVID-19 est venue quelque peu impacter la fréquence de survenue des AVC telle qu’elle a pu être mesurée en 2020, et ceci pour au moins deux raisons principales : d’abord parce qu’il a été noté qu’en période de confinement les patients ont eu une réticence manifeste à se présenter aux urgences des hôpitaux alors même que leur situation le nécessitait ; et cette baisse des cas pris en charge pendant cette période est considérable, allant jusqu’à près de 50% dans certains hôpitaux de notre pays, alors que l’urgence dans ce cas est objectivement absolue pour une prise en charge efficace. Dès lors cette diminution est évidemment « en trompe l’œil » et en Allemagne il a été noté qu’au total le nombre d’AVC avait plutôt augmenté pendant les périodes de confinement, de l’ordre de 15% par rapport à la même période de 2019, ce qui est considérable. Une observation similaire d’une tendance à l’augmentation du nombre de cas d’AVC chez les jeunes a été effectuée au CHU de Nantes, notamment, sans toutefois que la relation avec la COVID puisse être formellement établie.

La seconde raison est plus médicale : un certain nombre de données suggèrent que le nombre de cas d’AVC a légèrement augmenté, en particulier chez les jeunes, pendant la période où la COVID faisait ces premiers ravages dans notre pays, au printemps dernier. Et là encore les données étaient corroborées par des études aux USA montrant qu’au total les patients COVID-19 déclarant un AVC étaient en moyenne plus jeunes de 15 années comparés aux patients habituels sur la même période. Dès lors il a été postulé que le coronavirus pourrait favoriser la formation de caillots sanguins mais chez les patients atteints par des formes graves, l’insuffisance respiratoire en elle-même induite par la maladie est susceptible d’y avoir contribué. Quoiqu’il en soit, ces études devraient être étayées par des observations portant sur un nombre de cas plus nombreux avant toute conclusion définitive sur l’incidence, possiblement directe et indirecte, de la COVID-19 sur la survenue des AVC.

En guise de conclusion, le décès de Tonton David, brillant et dynamique jeune quinquagénaire, resitué dans un contexte où les AVC pourraient plus durement frapper qu’attendu la population jeune, amène à s’interroger sur le plan scientifique et médical pour en connaitre les raisons éventuelles, si les données épidémiologiques le confirment. Mais, dans cette attente, il est essentiel de rappeler les messages qui sauvent les vies dans le cas des AVC : toute survenue d’une modification de la sensibilité cutanée, de troubles soudains de la motricité, de la vision ou de la parole, souvent d’un seul côté du corps, ou encore l’apparition de violents maux de tête, doit immédiatement faire penser à un AVC, ce qui nécessite une prise en charge médicale immédiate et un appel au 15 sans délai. Ce message peut sauver des vies !

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