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Pour l'instant, la montée de l'inflation a été tellement faible qu'elle n'a pas érodé les revenus des ménages et n'a pas trop pesé sur les coûts salariaux et non-salariaux des entreprises.
Pour l'instant, la montée de l'inflation a été tellement faible qu'elle n'a pas érodé les revenus des ménages et n'a pas trop pesé sur les coûts salariaux et non-salariaux des entreprises.
©DANIEL ROLAND / AFP

Faux espoirs

Mirage sur la zone euro : pourquoi le "grand retour" de l'inflation qu'on annonce ne risque pas de nous apporter le come-back tant attendu de la croissance

Dans le scénario de la BCE, l'objectif de 2% d'inflation ne serait atteint qu'en 2019 seulement. Ce retour à la cible est trop lent : il est urgent que la zone euro passe à un régime d'inflation plus élevée pour que la croissance européenne et la confiance dans la crédibilité de la BCE soient maintenues.

Frederik Ducrozet

Frederik Ducrozet

Frederik Ducrozet est économiste senior chez Pictet Wealth Management, en charge de l'Europe, depuis septembre 2015. Auparavant, il était économiste chez Credit Agricole CIB entre 2005 et 2015. Spécialiste de l'économie européenne, et de la politique monétaire de la BCE en particulier, ses travaux portent notamment sur le cycle du crédit, les politiques monétaires non-conventionnelles et leurs conséquences pour les marchés financiers.

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Atlantico : Fin octobre, l'inflation dans la zone euro était en augmentation avec un taux de 0,5% sur un an. Dans quelle mesure ce résultat est-il positif pour les économies européennes ? Peut-on considérer que la politique d'assouplissement monétaire, mise en place par la BCE porte ses fruits ?

Frédéric Ducrozet : Nous sommes toujours dans un monde post-crise financière où la montée de l'inflation est une bonne nouvelle, contrairement aux années 1980 : l'inflation aide les ménages, les entreprises et les Etats à se désendetter.

La cible de la BCE - proche mais sous la barre des 2% - est loin d'être atteinte. Rien ne garantit que cette cible soit atteinte de manière soutenable l'année prochaine. Dans le meilleur des cas le verre est à moitié plein en ce qui concerne les effets du QE de la BCE.

Par ailleurs, ce n'est pas ce taux de 0,5% qui est le plus important mais le noyau dur de l'inflation, c’est-à-dire le chiffre qui ne tient pas compte des éléments les plus volatiles, notamment le pétrole, qui est à 0,8%. Là encore, ce chiffre est trop bas et trop loin de la cible de la BCE.

Selon une étude britannique, l'inflation pourrait atteindre 4% dans la seconde moitié de l'année 2017 au Royaume-Uni. La montée de l'inflation peut-elle être ici considérée comme une bonne nouvelle ?

Dans le cas du Royaume-Uni, la hausse de l'inflation est une très mauvaise nouvelle. Cette hausse est presque exclusivement liée à la baisse du Livre Sterling. Cette inflation, qui est importée de l'extérieur, n'est donc pas de la "bonne inflation" et aura des effets négatifs et pénalisants sur les revenus des ménages et les marges des entreprises.

Quelles sont les projections possibles du niveau d'inflation à venir pour la zone euro ? Quelles seraient les conséquences sur l'emploi et la croissance d'une montée de l'inflation ?

Dans le scénario de la BCE, la zone euro convergerait  vers cette cible de 2% à l'horizon de 2019 seulement, c’est-à-dire dans près de trois ans quand Mario Draghi terminera son mandat en tant que président de la BCE. C'est un retour à la cible qui est trop lent. Le risque principal est que les ménages et les entreprises s'habituent à une inflation trop basse et qu'ils changent leurs comportements de consommation et d'investissement en fonction d'une inflation trop basse. C'est ce que la BCE appelle le désancrage des anticipations d'inflation et veut éviter à tout prix.

Pour l'instant, la montée de l'inflation a été tellement faible qu'elle n'a pas érodé les revenus des ménages et n'a pas trop pesé sur les coûts salariaux et non-salariaux des entreprises. C'est donc à ce stade un non-sujet en termes de croissance. Il est urgent de passer dans un régime d'inflation plus élevée pour que la croissance européenne, et la confiance dans la crédibilité de la BCE soient maintenues.

Mercredi 2 novembre, le Conseil des sages en Allemagne a plaidé pour une réduction des achats massifs de dettes de la BCE. Comment expliquer cette vision allemande ? A quels pays la politique de la BCE profite-t-elle ?

En certains aspects, les inquiétudes allemandes peuvent se comprendre. Pour des raisons culturelles, historiques, et de stabilité financière, la politique de la BCE est problématique pour l'Allemagne aujourd'hui, non pas parce qu'il y a une hyperinflation en Allemagne mais parce que les taux bas négatifs et le QE de la BCE pénalisent les épargnants et les retraités allemands et favorisent plutôt des pays comme l'Italie.

Néanmoins, si on peut comprendre les inquiétudes de l'Allemagne, elles ne doivent pas empêcher la BCE de respecter son mandat. Le mandat de la BCE est symétrique et s'applique à tous les pays de la zone euro. La moyenne de l'inflation en zone euro doit être proche de 2%, or non seulement elle ne l'est pas mais elle ne l'est même pas en Allemagne (où elle est proche de 1%).

L'objectif de 2% d'inflation doit primer sur tous les autres et pousser la BCE à en faire plus.

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