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Méprisé à l'adolescence : pourquoi Cristiano Ronaldo est le joueur de foot le plus détesté de la coupe du monde
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Bonnes feuilles

Méprisé à l'adolescence : pourquoi Cristiano Ronaldo est le joueur de foot le plus détesté de la coupe du monde

Cristiano Ronaldo, un joueur que l'on adore détester ou que l'on adore tout court : Antoine Grynbaum et Marco Martins s'intéressent à la star mal-aimée mais toujours fascinante du football mondial et analysent son parcours sportif et ses influences. Extrait de "Cristiano Ronaldo, orgueil, gloire, et préjugés", publié chez Solar (1/2).

Marco Martins

Marco Martins

Marco Martins, journaliste portugais spécialiste du football lusitanien, travaille pour RFI et Radio Alfa et comme correspondant en France de Record, l’un des plus grands quotidiens sportifs portugais.
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Antoine Grynbaum

Antoine Grynbaum

Antoine Grynbaum est journaliste sportif indépendant et commentateur de matchs de football. Il a déjà publié Foot et politique, les liaisons dangereuses et La Face cachée du sport aux éditions Gawsewitch.

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Les débuts sont cependant difficiles. La première année de Cristiano à Lisbonne – à 1 000 kilomètres de chez lui – sera très compliquée. L’éloignement, le manque des contacts avec sa famille aimante et ses trois frères et soeurs, le blues de l’île de Madère – plus humaine que la capitale où son accent insulaire occasionne toutes sortes de moqueries de la part de ses coéquipiers du centre de formation – sont éprouvants. Ronaldo souffre en silence et découvre le mépris des Lisboètes pour les gens originaires de Madère. Cristiano pleure souvent le soir au téléphone avec sa mère. En manque d’affection, Ronaldo repart sur son île pendant quinze jours et ne veut plus retourner à Lisbonne. Fernão Sousa revient sur cette situation peu banale, un moment compliqué à gérer : « Un jour, sa mère a réussi à le faire revenir chez lui pendant quelques jours parce qu’elle voyait bien que son petit ne tenait pas le coup, mais surtout parce qu’il manquait à sa famille. Et puis je reçois un coup de fi l du Sporting qui m’apprend que Ronaldo est à Madère depuis deux semaines. Dès que je raccroche, je pars à la recherche de Dolores [la mère] et lui dis : “Vous ne pouvez pas vous permettre d’être nostalgique. Ce n’est pas comme ça que ça se passe. Si vous voulez que votre fi ls devienne un footballeur professionnel, il vous faut être forte. C’est votre avenir qui est en jeu, pas seulement celui de Cristiano. Car s’il devient professionnel, votre vie ne sera plus la même.” Heureusement, cette histoire s’est bien terminée. J’ai réussi à obtenir du Nacional des billets d’avion pour Lisbonne, que j’ai donnés à Dolores. Elle a accompagné son fi ls à l’aéroport, et une fois de retour dans la capitale, il n’y avait plus de saudades, de moments de nostalgie. » C’est à partir de ce moment-là que Cristiano Ronaldo va vraiment grandir. Le centre de formation du Sporting n’avait pas encore de quoi accueillir des adolescents de son âge. Du coup, Cristiano habitera à Alvalade, où le Sporting avait conçu quelques chambres pour les jeunes joueurs qui venaient de loin. Cristiano partageait la sienne avec un grand « Black » qui évoluait déjà chez les juniors.

Aurélio Pereira, son formateur au Sporting et aujourd’hui directeur du recrutement et de la formation du club lisboète, l’homme qui a notamment découvert la plupart des fl eurons du football portugais (Figo, Futre, Simão Sabrosa, Cristiano Ronaldo ou encore Nani), garde en mémoire les premiers moments diffi ciles du petit virtuose : « Pour un enfant de quinze ans, originaire de Madère, qui n’avait jamais quitté sa terre, arriver dans une ville, c’est dur. Cristiano vient d’une famille très unie, il était tout pour sa mère et ses frères et soeurs, l’enfant gâté de la famille. Et il l’est encore aujourd’hui. J’imagine donc ce que peut être pour un enfant de laisser “toutes ses plumes dans le nid”. C’est logique que, le soir surtout, il y ait de la nostalgie, mais il a eu la capacité – et c’est sa force encore actuellement – de surpasser les problèmes. Il n’est pas né à Barcelone ou à Madrid, il a toujours dû exceller. » Avant d’ajouter : « On ne remplace pas les parents, mais on doit offrir un soutien nécessaire aux enfants. Vous imaginez le Sporting, une institution comptant 45 athlètes au sein de son centre de formation. Les gens ne se rendent pas compte de ce que représente une structure qui puisse aider les enfants de toutes ces catégories d’âge. Et si un athlète a un problème par jour, ce sont 45 problèmes à gérer*. » Comment se sentir moins seul ? Sa mère s’installe par périodes dans un appartement du centre de la capitale. Par moments, l’enfant de Madère rumine, ressasse, endure en silence, mais garde en tête cet objectif prioritaire : devenir un grand joueur. Ainsi, adolescent, afi n de renforcer sa musculature, il court avec des poids attachés aux jambes.

Petit à petit, Ronaldo s’habitue à la vie lisboète et cherche à assimiler les exigences du haut niveau. Un jeune homme doué mais à l’écoute, humble et modeste. Paíto, un joueur mozambicain et ancien du Sporting (2001-2006), a d’ailleurs été au coeur d’une situation plutôt fl atteuse. « Je suis resté quelques années avec lui au centre de formation. Quand je suis arrivé du Mozambique en 2001, je me suis installé dans l’ancien stade Alvalade où Cristiano était déjà hébergé et le premier jour où j’ai été m’entraîner avec les pros, il est venu me parler. Il est entré dans ma chambre et il a commencé à me poser des questions : comment je m’étais senti, entouré par Schmeichel, Pedro Barbosa, Paulo Bento… Tous ces joueurs qui évoluaient alors au Sporting. Il voulait savoir ce que ça faisait pour un jeune joueur d’être aux côtés de ces footballeurs. On a parlé un bon moment. » Paíto complète : « Une fois, il m’a réveillé pour que j’assiste à l’un de ses matchs qui se disputait sur un terrain annexe et qui se déroulait très tôt le matin. Il voulait à tout prix que je le regarde jouer ; j’avoue que je ne l’avais pas encore vu sur un terrain à ce moment-là. Je l’ai vu jouer, je l’ai vu marquer, trois buts, semble-t-il. Quand on est rentrés, il est venu me retrouver dans ma chambre. Il voulait faire le bilan, savoir ce que j’avais pensé de son match, de son jeu. À l’époque, il démontrait déjà qu’il allait devenir un grand joueur. De là à devenir le meilleur joueur du monde, sincèrement non, je ne le pensais pas. »

Extrait de "Cristiano Ronaldo, orgueil, gloire, et préjugés", d'Antoine Grynbaum et Marco Martins, publié chez Solar, 2014. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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