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François Hollande et le Pape François.
François Hollande et le Pape François.
©Reuters

Pas de miracle

La rencontre entre le pape et François Hollande ne suffira pas à apaiser les tensions avec les catholiques

Le président de la République, François Hollande, est au Vatican ce vendredi. Il s'est entretenu un peu plus d'une demi-heure avec le pape François à partir de 10h30, quelques minutes après son arrivée Place Saint-Pierre.

Nicolas Diat

Nicolas Diat

Nicolas Diat est considéré comme un des meilleurs spécialistes du Vatican. 
 
"Un temps pour mourir" de Nicolas Diat
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Atlantico : François Hollande a rencontré le pape François après une année 2013 marquée par une fracture entre le président et les catholiques français sur les sujets sociétaux. Comment cette situation a-t-elle influencé la rencontre d'aujourd'hui ? Le pape s'est-il positionné sur le terrain de la diplomatie – sans s'ingérer dans les affaires françaises – ou dans le spirituel, en se faisant la voix du mécontentement ?

Il s’agit d’abord et surtout d’une rencontre diplomatique entre deux chefs d’Etat où, évidemment, la France ne s’ingère pas dans les affaires du Vatican, et inversement... Traditionnellement, les questions relatives aux catholiques du pays concernés sont traitées par les cardinaux et les évêques locaux.

Le pape a cependant apporté son soutien à la marche pour la vie (le 19 janvier dernier, ndlr) via sa lettre donnée au nonce apostolique, Mgr Ventura, ce qui était une grande première. Je crois que pour cette visite, le pape a voulu s’en tenir à une prise de contact personnelle avec François Hollande. Il a voulu jauger sa personnalité, et il a expressément souhaité que les sujets abordés restent parfaitement privés. L’essentiel de ce qui est rendu public porte sur des questions diplomatiques, pour lesquelles il y a aussi de profondes divergences, notamment sur la Syrie. 

Depuis son élection le 13 mars 2013, comment le pape François a-t-il géré cette double casquette, de chef d'Etat d’une part et de représentant religieux de l’autre ? Qu'est-ce que cela nous apprend de la diplomatie dont il veut doter le Vatican pendant son pontificat ?

Il existe une demande très importante de chefs d’Etat pour le rencontrer et aussi – soyons justes – se faire prendre en photo avec lui. Le pape cherche à faire connaissance avec les uns et les autres. Il n’aimait guère voyager et connaît donc assez peu le monde. François est parfaitement au courant – grâce à ses collaborateurs – de la situation française par exemple, et de la situation familiale de son président, mais pour le moment, il s’en tient à des rencontres personnelles pour se faire son idée. Depuis presque un an, il a rencontré de nombreux dirigeants, il est donc parvenu à une vision assez établie des différentes équipes au pouvoir.

 Quels ont été les principaux points de tensions entre les catholiques pratiquants et le président français ?

Nicolas Diat : Les sujets sont bien connus car la cristallisation des tensions s’est surtout faite avec le mariage ouvert aux personnes du même sexe. Le problème entre une grande partie des catholiques et la majorité du clergé d’un côté et le gouvernement de l’autre, reste que ce dernier a considéré que le sujet du mariage ayant été abordé durant la campagne présidentielle, il était validé par les Français. Finalement, le débat a eu lieu mais il a surtout été ouvert par les catholiques lors de la « Manif pour tous ». En outre, les incompréhensions ont atteint un niveau inédit à la suite même des manifestations, et plus concrètement, en raison de la présence jugée excessive des forces de l’ordre mais aussi des polémiques sur le comptage des manifestants.

>>>>> A lire également : Réformes sociétales, école, attitude face aux religions... : François Hollande voit-il le risque qu'il y a à transformer la laïcité en une nouvelle forme d’extrémisme ?

Malgré les tentatives d’apaisement de l’Elysée, que nous avons pu constater notamment lors des vœux du président, cette cassure restera dans les mémoires de l’Eglise et des fidèles. Pour autant, il faut aussi resituer les choses dans leur contexte : il est évident que les catholiques, au moins les pratiquants, n’ont pas voté majoritairement pour François Hollande en mai 2012. Depuis une quinzaine d’années maintenant, cette population électorale vote majoritairement à droite. Ce qu’on appelait les « cathos de gauche », portés autrefois par des voix comme Michel Rocard ou Jacques Delors, représentent aujourd’hui un mouvement minoritaire.   

François Hollande a récemment envoyé quelques signes de réconciliation aux catholiques français (réception des responsables religieux le 7 janvier, critique des actes jugés "antichrétiens" des Femen). Cette visite peut-elle marquer une réconciliation entre le président et les catholiques français ?

Il y a une volonté d’apaisement c’est évident, mais François Hollande reste suffisamment pragmatique pour comprendre que ce n’est pas une seule visite qui parviendra à changer le climat. Je ne pense pas qu’il imagine créer un mouvement électoral aux municipales et aux européennes par cette unique rencontre. Concernant les Femen, leur dernière action à l’église de la Madeleine était d’une telle violence symbolique et physique que nous voyons mal comment il pouvait ne pas en parler. Sa réaction a été proportionnée, mais elle tombait sous le sens commun.  

Fin stratège, malgré les apparences, François Hollande ne s’attend donc pas au dégel des relations avec les catholiques par le simple miracle d’une visite ! Il n’a pas cette illusion. En tout cas, s’il l’avait, ce serait inconsidéré de croire que des pans entiers de l’électorat catholique vont lui faire les yeux doux pour les prochaines échéances …

Nicolas Sarkozy avait également effectué une visite au Vatican en 2007 fortement décriée. François Hollande est fortement attendu sur ce déplacement. Pourquoi les relations France-Vatican sont-elles à ce point des pièges diplomatiques et politiques dans une France pourtant laïque ?

Depuis plusieurs siècles, il y a toujours en France des forces anticléricales très puissantes, fruits d’une histoire politique spécifique. Certains courants qui prennent racines dans la Révolution française et certaines oppositions qui naissent après la loi de séparation de l’Église et de l’État de 1905 demeurent  importants. On a résumé bien vite la visite de Nicolas Sarkozy en 2007, lors de son discours du Latran, par sa comparaison entre l’instituteur et le prêtre. C’est dommage car sa vision d’une laïcité positive était intéressante. Les voyages des autorités françaises au Vatican, du temps de Jacques Chirac, se passaient assez bien sauf à la fin du deuxième mandat, du fait du refus présidentiel d’inscrire les racines chrétiennes dans la Constitution européenne. Enfin, au-delà des questions autour de la laïcité, les collaborations diplomatiques entre la France et le Vatican sont bien plus riches qu’on ne l’imagine. Sur des sujets comme la Syrie, ou antérieurement la Libye, le Quai d’Orsay, l’ambassade de France près le Saint-Siège et la seconde section de la Secrétairerie d’Etat, c’est-à-dire le ministère des Affaires étrangères du Vatican, ont des discussions régulières qui peuvent aller jusqu’à des échanges d’informations. Certaines tensions ne sont donc qu’un seul angle de relations plus profondes et plus riches.

Propos recueillis par Damien Durand

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