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Après la trachée, l'urètre et la vessie, le nez et le vagin constituent deux nouveaux organes implantés avec succès
Après la trachée, l'urètre et la vessie, le nez et le vagin constituent deux nouveaux organes implantés avec succès
©Reuters

Ça pousse !

Médecine regénérative : le corps bientôt reconstituable à l'infini

A partir des cellules d'un patient, la médecine régénérative est maintenant capable de faire "repousser" un organe en laboratoire pour l'implanter ensuite dans le corps du patient. Après la trachée, l'urètre et la vessie, le nez et le vagin constituent deux nouveaux organes implantés avec succès.

Jérôme Guicheux

Jérôme Guicheux

Jérôme Guicheux est directeur de recherches à l'Inserm et co directeur de l'unité Inserm 791 au CHU de Nantes qui développe des approches de médecine régénératrice pour l'os, le cartilage, le disque intervertébral et le squelette en général. 

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Atlantico : Le nez et le vagin, deux organes qui s'ajoutent à la liste des greffons reconstitués avec les cellules des patients. Aujourd'hui quels sont les organes que l'on peut faire " repousser" ?

Jérôme Guicheux : Beaucoup ont été fabriqués par le génie tissulaire dans les laboratoires. Le cartilage articulaire pour les problèmes d'arthrose, de l'os pour les fractures, de la vessie, ou encore la peau pour répondre aux problèmes des grands brulés par exemple font partie des organes qui ont fait l'objet d'études, mais assez peu sont allés jusqu'à l'essai clinique chez des patients. On peut également citer l'œil qui a fait l'objet d'investigations par thérapies géniques, le cœur lui a fait l'objet d'essais cliniques notamment en injectant des cellules souches de la moelle osseuse pour essayer de prévenir les conséquences néfastes d'un infarctus du myocarde. Il s'agit de la plupart des organes ciblés par des maladies dégénératives et qui font l'objet de recherches intenses dans les laboratoires. Certains débouchent sur des essais cliniques chez les patients.

Quelles sont aujourd'hui les différentes options de la médecine régénérative et laquelle doit-on privilégier ? Quels sont les risques pour chacune de ces options ?

Soit des cellules du patient seules, soit des biomatériaux seuls, soit les deux, soit également des protéines avec des propriétés régénératrices (les facteurs de croissance par exemple). Si on s'intéresse à la reconstruction du disque intervertébral par exemple, il est clair qu'on ne pourra pas le faire en utilisant simplement des cellules ou un biomatériau, mais il faudra une association des deux. Je pense que l'on n'a pas encore fait le tour des possibilités et que de nouvelles idées vont naître. L'idée étant de se rapprocher le plus possible de la vraie régénération spontanée

Quels sont les meilleurs exemples de réussites en la matière ?

Ce qu'on reconstruit finalement ce n'est pas un tissu qui dégénère, c'est un tissu qu'on enlève parce qu'il y a un cancer. C'est toujours plus facile de reconstruire quand on enlève un morceau de tissu que de s'attaquer à une véritable pathologie dégénérative. Un défaut dans l'os par exemple, on sait très bien le combler en utilisant des bio matériaux et des cellules du patient. Les organes qui se régénèrent le plus facilement sont ceux qui ont peu ou prou une capacité à se régénérer d'eux-mêmes. L'os en fait partie, contrairement au cartilage, où il faut fortement aider la nature.

Quelles perspectives peut-on attendre de ces premières réussites ?

C'est clairement d'étendre le champ de ces applications possibles. En particulier pour des patients vieux qui ont de la dégénérescence de leurs cartilages articulaires, des maladies cardio-vasculaires, etc. Il va falloir s'intéresser à reconstruire tous ces tissus : les vaisseaux, le cœur, le disque intervertébral, ou le cartilage articulaire. C'est-à-dire concrètement de se battre contre la nature, donc cela risque de prendre du temps. Mais on y est obligé puisque la population vieillit. J'espère que ces études pionnières vont ouvrir le champ à d'autres investigations sur des pathologies plus dégénératives.

Quels sont aujourd'hui les problèmes auxquels se heurtent ces options thérapeutiques de médecine régénérative pour se développer à grande échelle ? Cette médecine peut-elle devenir incontournable ?

Avant tout, il faut avoir de l'argent pour lancer des études longues et tester les idées des chercheurs. Le second facteur limitant, c'est l'aspect réglementaire. La science va aujourd'hui plus vite que la réglementation. Il faut également bien cibler les patients auxquels on s'adresse, on ne peut pas faire tout et n'importe quoi avec la médecine régénérative, on ne peut pas tout soigner et tout réparer. En ciblant bien les patients, nous pourrons établir des essais très contrôlés et les résultats cliniques feront avancer la science. Dernier point, nous n'avons pas suffisamment de connaissances biologiques sur ce que les cellules souches, par exemple, sont capables de faire. Il faut absolument qu'on avance sur ces aspects fondamentaux pour être sûrs de ce qui va se passer si on les implante dans un patient.

Aujourd'hui, nous avons quelques éléments de réponses pour des pathologies où le risque vital du patient est engagé, comme les patients avec infarctus du myocarde auxquels l'on peut se permettre de faire prendre un petit risque. En revanche, s'agissant de l'arthrose par exemple, peut-on vraiment faire prendre le risque à un patient de développer un cancer à long terme, alors qu'il n'a "que" mal au genou ? D'un côté, il y a un risque vital et de l'autre, une amélioration du confort de vie.

Nous sommes à la croisée des chemins : les populations vieillissent donc il y a une énorme demande, et les laboratoires avancent très vite. Il ne faudrait pas que le système s'emballe, il faut que nous fassions preuve de prudence dans les années qui viennent, pour faire avancer les choses de façon très carrée et très contrôlée. C'est une question d'éthique.

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