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Martine Aubry est arrivée en deuxième position de la primaire PS derrière François Hollande, à près de 10 points d'écart.
Martine Aubry est arrivée en deuxième position de la primaire PS derrière François Hollande, à près de 10 points d'écart.
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Deuxième de la Primaire

Martine Aubry victime de son agressivité ?

Arrivée largement derrière François Hollande au second tour de la primaire PS, la Première Secrétaire du PS voit sa fin de campagne offensive couronnée par une défaite.

Isabelle Veyrat Masson

Isabelle Veyrat Masson

Isabelle Veyrat-Masson publie en 2011 Mes histoires parallèles Entretiens avec Isabelle Veyrat-Masson, Marc Ferro, Carnets Nord, 2011 (Prix Saint-Simon) ; Médias et Elections. La campagne présidentielle de 2007 et sa réception, Ina/ L’Harmattan, 2011. Elle est Directrice du Laboratoire Communication et Politique, associée au Centre d’histoire de Sciences po ; elle a consacré l’essentiel de ses travaux à l’étude des médias et à la communication politique.

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Atlantico : L'écart entre François Hollande et Martine Aubry s'est révélé plus important que prévu. Cet écart peut-il s'expliquer par l'effet repoussoir de l'agressivité dont à fait preuve la Première Secrétaire du PS en vers son prédécesseur ?

Isabelle Veyrat-Masson : Si on fait les comptes : Martine Aubry a récolté environ 30% au premier tour. Hollande environ 40 %. Tous les « recalés » du deuxième tour ont appelé à voter pour Hollande. Il aurait pu récolter 70 % des votants, il n’a obtenu "que" 56 % des votants. Ce qui est considéré comme un succès, mais pas un raz de marée.

En fait, il est très difficile de savoir quels ont été les reports et sur qui se sont portés les nouveaux votants. Il semble qu’un turn over important entre les deux tours rende l’analyse encore plus difficile. Ce que l’on peut voir c’est que les  deux candidats ont gagné des voix. François Hollande  (environ 600 000 voix)  plus que Martine Aubry (400 000 voix). La mobilisation du 2ème tour a vu arriver plus de 200 000 nouveaux votants. Ils n’ont pas changé la donne.

 Dès lors il  n’est  pas possible de dire que la campagne de Aubry ait été catastrophique. Son agressivité ne lui a pas permis de gagner (c’était pourtant son pari de challenger, destiné à montrer qu’elle avait plus de caractère que Hollande) mais cette pugnacité n’a pas détourné d’elle massivement les électeurs. On peut penser que les défections d’électeurs, choqués par son agressivité et le choix de son vocabulaire (on se rappelle le mot d’ "empapaouté" !) ont été compensées par la mobilisation pro-Aubry de dernière minute des militants d’extrême-gauche et écologistes.

 

D'une façon plus générale, l'agressivité est-elle mal perçue en politique ? François Hollande l'a emporté en restant le plus flegmatique...

Les chercheurs ont montré que l’agressivité était le plus souvent contre-productive (exemples les débats Fabius-Chirac et Jospin-Chirac). Pourtant les règles sont sans doute différentes dans un face à face entre personnes du même bord. Les militants et les convaincus ont le cuir moins sensible que le grand public de la télévision.

François Hollande a eu raison de ne pas rentrer dans la spirale des petites phrases. Il ne fallait pourtant pas que ce type d’ "échanges" sans réaction dure - au risque de voir le favori perdre sa dignité. Si les attaques avaient perduré, François Hollande aurait dû à un moment donné réagir lui-même - quitte à affaiblir la gauche -  pour se préserver en tant qu’individu. En cela le jeu de Martine Aubry était dangereux. François Hollande a montré qu’il contrôlait ses émotions. Cela pourra lui être crédité.   

 

Martine Aubry, après s'être montrée hostile à l'égard de Hollande, s'affiche main dans la main à l'annonce des résultats primaires hier ?

Chacun savait que cette compétition devait se terminer ainsi ! La métaphore de la troisième mi-temps avait été suffisamment utilisée. On pourrait dire que les esprits étaient préparés à la fois par la Coupe du monde de rugby ! (les affrontements physiques et les insultes de la Hakka sont sans commune mesure avec les échanges à fleurets mouchetés de la famille socialiste !) et par les déclarations des uns et des autres.

Aujourd’hui, personne n’est dupe de ce jeu de rôle mais chacun admire le respect des règles du jeu. Ce que l’on ne sait pas ce sont les traces laissées chez les protagonistes ni –surtout – l’usage qui sera fait de ces attaques par le camp adverse. La aussi, c’est le jeu…

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