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Le peuple sera-t-il satisfait des annonces de Mohammed VI ?
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Réforme constitutionnelle

La révolution marocaine vue de l'intérieur

Le roi Mohammed VI, s'est adressé vendredi soir au peuple marocain pour lui présenter la réforme constitutionnelle qui s'apprête à bouleverser le pays. Patron de presse d'un quotidien marocain, Saad Tazi nous raconte, depuis l'intérieur, ce qui attend désormais le Maroc.

Saad Tazi

Saad Tazi

Saad Tazi est un patron de presse marocain.

Né à Casablanca, il a repris depuis janvier 2010 le quotidien francophone Le Soir Echos pour développer un pôle média autour de l'actualité maghrébine et africaine.

(Photo @ Gabriel Soussan)

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Le Maroc est indéniablement à une période charnière. Selon que l'on y vive où que l'on suive les actualités à travers la presse, la réalité perçue est différente.

Sur place, la volonté de changement, reconnue et stimulée au plus haut niveau de l'état, a pris de court les partis politiques qui ronronnent depuis près de quarante ans. Relayée par un mouvement hétéroclite, non structuré, représentatif de la société dans son ensemble, mais sans programme défini, ce mouvement a été submergé par une minorité formée d'extrêmes des deux bords qui trouvent plus d'écho dans les colonnes de la presse étrangère, française en particulier, que dans les rues de Rabat, Casablanca ou Laayoune.

Printemps arabe : l'exception marocaine ?

Pouvons-nous parler d'une exception marocaine dans ce fameux printemps arabe ? Oui et non.

Oui, comme le démontre à ce jour le déroulement des événements. Les manifestations se suivent et les messages les plus osés, les plus farfelus comme les plus insensés sont proclamés en même temps que des revendications réalistes. Le tout dans un calme des autorités très nouveau.

Non, parce que le Maroc n'est pas la Tunisie de Ben Ali, ni l'Egypte de Moubarak. Certes, les inégalités sont tangibles, mais l'Initiative nationale pour le développement humain (INDH), lancée il y a près de 6 ans, a brisé la spirale de la pauvreté et a permis à plus de cinq millions de Marocains de sortir de leur précarité en gagnant l'essentiel : la dignité de celui qui peut se projeter dans l'avenir.

Les défis marocains sont les mêmes que ceux des Espagnols et des Français

Cette INDH, dont la portée touche les plus reculés des villages est une révolution en tant que telle. Au moment où le Maroc communique sur les énormes chantiers et visions sectorielles qui se déclinent à coup de millions d'euros, les bénéficiaires de l'INDH sont de petites gens dont la vie est radicalement transformée par un financement précis dans ses montants comme dans ses objectifs. Cette approche du bas vers le haut, pour originale qu'elle soit est certainement une explication de cette fameuse exception marocaine. Elle est aussi la marque de l'intérêt porté par ceux qui en règle générale ne mobilisent l'attention et l'opinion publique qu'en cas d'affrontements ou de manifestations bruyantes.

Le discours royal du 9 mars a officiellement ouvert la voie à une accélération de la démocratie au Maroc, en mettant les hommes politiques face à leurs responsabilités et face au peuple. Ce discours est un pont entre un souverain éclairé et un peuple pragmatique, un contrat pour remettre au travail une classe politique sclérosée par tant d'années de léthargies et de petites combines individuelles.

Non, le Maroc n'est pas un pays de Cocagne. Les défis auxquels nous faisons face sont les mêmes que ceux de l'Espagne, de l'Italie et dans une moindre mesure de la France. La différence, est que cette période est réellement historique. Depuis 1999, le nombre de chantiers structurants ouverts a métamorphosé le pays. Autoroutes, aéroports, ports, infrastructures hospitalières ou d'enseignement, pas un secteur n'est en reste, créant un appel d'air important pour l'emploi et par ricochet pour la croissance et la stabilité.

Spécificité marocaine : sa jeunesse

L'autre différence réside dans la jeunesse de notre population, dans sa capacité à se réinventer et à se projeter sans complexe dans l'arène de la globalisation. Le recours aux moyens de communication tels que Twitter et Facebook ont déplacé le terrain en marge des circuits traditionnels. Charge aux  vétérans de s'adapter à ces nouveaux canaux et de les utiliser au mieux.

Le vote de la nouvelle Constitution va permettre de dessiner le nouveau périmètre du pacte citoyen au Maroc. Pour en garantir le succès et la pérennité, la vigilance est de mise. Vigilance face aux hommes politiques qui doivent réaliser le miracle de renouer, en peu de temps, avec le peuple et d'établir un nouveau contrat de confiance. Vigilance aussi face aux révolutionnaires romantiques qui rêvent d'en découdre avec la maréchaussée par mimétisme avec les images que déversent les différentes télés du monde ou aux islamistes qui voudraient surfer sur cette vague de libération de la parole. Vigilance enfin, face à ceux qui voudraient faire avorter ce mouvement par peur du changement et de ce qu'il peut induire pour les intérêts de certains individus.

Pour conclure, l'époque que nous traversons actuellement est exceptionnelle. Riche autant que fragile. Elle nécessite l'implication honnête et sans à priori de toutes les volontés disponibles. Loin des visions dogmatiques, il faut garder à l'esprit que chaque mot, chaque acte proféré peut avoir des conséquences importantes sur la suite des choses et agir en conséquence.

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