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Mais si, c’est LE tube de l’été... pourquoi finissons-nous par aimer une musique que l’on trouve initialement détestable à force de l’entendre partout ?
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“Ya du soleil et des nanas”

Mais si, c’est LE tube de l’été... pourquoi finissons-nous par aimer une musique que l’on trouve initialement détestable à force de l’entendre partout ?

Une étude menée par des chercheurs du MIT met en avant le fait que les goûts en termes de musique ne serait pas innés ou biologiques mais plutôt culturels.

Hervé Platel

Hervé Platel

Hervé Platel est professeur de neuropsychologie à l’université de Caen. Il fait également partie d’une unité de recherche Inserm sur les effets de la musique sur notre cerveau.

Internationalement reconnu pour ses travaux sur la neuropsychologie de la perception musicale, il a montré les réseaux cérébraux impliqués dans la perception et la mémorisation de la musique. Ses travaux permettent également de développer des méthodes musico-thérapeutiques de prise en charge chez les patients déments Alzheimer.

Il a notamment co-écrit Le cerveau musicien (De Boeck Université, 2010).

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Atlantico : Comment les chercheurs en sont-ils arrivés à cette conclusion ?

Hervé Platel : Les auteurs ont mené une étude de jugement de préférence (cotation sur une échelle du degré d'agrément "j'aime/j'aime pas") auprès de plus d'une centaine d'indiens d’Amazonie peu ou pas exposés à la musique occidentale. A l'écoute d'accords consonants (classiquement par exemple un Do avec un Sol) ou dissonants (Do et Fa#), alors que des musiciens occidentaux ou des sujets non-musiciens occidentaux préfèrent très largement les accords consonants, les indiens ne montrent aucune différence de préférence, et ceci est d'autant plus vrai qu'ils vivent isolés et n'ont pas eu d'exposition à la musique occidentale. Pourtant, ces indiens sont capables perceptivement de faire la différence entre les deux types d'accords et ont en revanche les mêmes réponses de préférence que les occidentaux pour d'autres types de sons, tels que des rires qui seront préférés à des grognements par exemple. Ces résultats suggèrent que les préférences à la consonance musicale que beaucoup d'études ont pu trouver chez des bébés de seulement quelques heures de vie, peuvent s'expliquer par une pré-exposition intra-utérine lors de la grossesse, tout comme les préférences alimentaires sont aussi amorcées chez les bébés par l'exposition à ce que mange leurs mères.

Cette étude explique-t-elle finalement pourquoi il est possible de finir par aimer un genre de musique particulier que nous n'aimons pas à la base à force de l'écouter en boucle ?

L'exposition à un type de musique peut-il "modifier" nos préférences par un phénomène d'accoutumance ? Ainsi c'est avant tout ce à quoi nous sommes exposés (et habitués) qui guident largement nos préférences. Dans le domaine musical, on sait par ailleurs que l'effet de répétition est puissant pour produire un sentiment de préférence : on préfère assez systématiquement ce qui est déjà connu à ce qui est nouveau, en particulier si les différences stylistiques ne sont pas trop éloignées. C'est pour cette raison que nous sommes généralement assez conservateurs à propos de nos goûts esthétiques, en particulier après l'adolescence.

Comment peut-on faire pour s'ouvrir à d'autres types de musique, et donc s'échapper d'une sorte de déterminisme culturel ?

L'éducation (parentale, scolaire et sociale) joue évidemment un rôle majeur dans notre capacité à nous confronter à la nouveauté, ceci est vrai dans tous les secteurs de la vie et a fortiori dans le domaine culturel. Faire écouter des musiques diversifiées dès les premières années à un enfant, proposer une éducation musicale historique et trans-culturelle, sont les meilleurs garants de la conservation d'une curiosité à l'écoute de la nouveauté. Une musique que l'on ne "comprend" pas, car l'oreille et le cerveau y sont peu habituées, sera plus difficilement une musique qui sera source de plaisir.

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