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Le leader travailliste Jonas Gahr Store célèbre sa victoire, après les résultats de l'élection législative, à Oslo, en Norvège, le 13 septembre.
Le leader travailliste Jonas Gahr Store célèbre sa victoire, après les résultats de l'élection législative, à Oslo, en Norvège, le 13 septembre.
©JAVAD PARSA / NTB / AFP

Coalition

Mais que rate la gauche française tandis que l’Europe du Nord rebascule vers la social-démocratie ?

Obsédée par la lutte contre les inégalités au point d’en venir à oublier la nécessité de l’innovation et de la prise de risque entrepreneuriale, une telle coalition serait un terrible poids pour la zone euro dont l’Allemagne demeure la principale locomotive économique.

Pierre Martin

Pierre Martin

Pierre MARTIN, politologue au CNRS, laboratoire Pacte, IEP de Grenoble.

 
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Atlantico : Comment peut-on expliquer que, notamment en Europe du Nord, les partis sociaux-démocrates soient en force ?

Pierre Martin : Effectivement, les quatre pays d’Europe du Nord ont un gouvernement à direction sociale-démocrate en même temps. A mon avis, cela résulte pour une part du hasard du calendrier, puisque ce sont des pays qui connaissent des alternances de gouvernement et que leurs chronologies électorales se sont alignées. L’autre élément à mon sens est que les sociaux-démocrates sont restés suffisamment forts pour rester des clients du gouvernement. Dans le cas norvégien, l’élection récente n’invalide pas du tout la thèse du grand déclin des partis de gouvernement, notamment sociaux-démocrates. En effet, c’est un résultat en recul par rapport à l’élection précédente où ils étaient dans l’opposition (26 contre 27,4). Il s’agit du plus faible résultat pour des élections gagnées par les sociaux-démocrates en Norvège. Pendant longtemps, les travaillistes norvégiens faisaient plus de 40%. C’est donc un déclin progressif. Dans les autres pays, notamment le Danemark, c’est la même chose. L’explication est que ces partis partent de très haut. Et pendant ce temps, les autres partis de droite et du centre, après avoir profité du déclin des sociaux-démocrates, ont eux-mêmes subi une érosion (c’est particulièrement vrai pour les conservateurs en Norvège) due à l’usure du pouvoir. Les sociaux-démocrates arrivent en tête parce que les autres sont derrière. C’est également valable pour le parti libéral au Danemark et, en Suède, une division croissante du champ politique (apparition de la droite radicale, permanence de l’existence de partis libéraux centristes agrariens, etc.). A cela s’ajoute l’existence de partis de gauche radicale et l’apparitions de mouvements écologistes. C’est ce qui mène à l’émergence de gouvernements de coalition qui ne sont pas exclusivement de gauche ou de droite. En Norvège, le retour des sociaux-démocrates au pouvoir est possible grâce à leur alliance avec le parti du centre, un parti agrarien ayant une très forte intégration dans les communes rurales du centre du pays, qui n’est pas de gauche. Il est très hostile à l’Union européenne et protectionniste. De même, en Finlande, il y a une très vaste coalition au pouvoir.

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L’Allemagne pourrait s’apprêter à suivre le même chemin…

La situation est un peu différente en Allemagne. Dans les quatre pays scandinaves il y a une tradition de domination du parti social-démocrate face à l’opposition de parti nettement plus faible. En Allemagne, les Chrétiens démocrates formaient un très grand parti et les sociaux-démocrates étaient dans les années 1950, et au début des années 1960, dans l’opposition. Dans les aspects semblables, on peut noter le maintien de liens très forts avec le syndicalisme. Un syndicalisme uni et dominant dans le monde ouvrier. Ces partis ont pu maintenir un électorat ouvrier plus important que les partis d’Europe du Sud parce qu’ils ont inféré une bonne partie du monde ouvrier et de ses représentants syndicaux dans un électorat de parti de gouvernement. Et cela, même avec un affaiblissement du vote de classe, leur permet de conserver une base, une sorte de quille électorale. Cette base plus ouvrière explique aussi, d’ailleurs, en Suède et au Danemark, que les partis sociaux-démocrates s’orientent vers des politiques d’immigration beaucoup plus restrictives. Ça ne m’étonnerait pas que cela soit aussi le cas en Norvège. La Norvège n’est pas dans l’Union européenne, mais elle a quand même des liens avec l’Union. Sa politique d’immigration n’est pas totalement indépendante des espaces Schengen. La position des travaillistes norvégiens n’est pas éloignée des sociaux-démocrates danois et des Suédois. Leur évolution sur ces questions est assez récente.

Pourquoi en France les socialistes n’ont pas la capacité d’être élu ?

La comparaison est difficile tant les structures de la gauche scandinave et celles de la gauche française sont différentes. La partie la plus importante de l’électorat de gauche du monde ouvrier était avec le Parti communiste dans les années 50-60, les socialistes étaient minoritaires dans ce qu’on appelle le vote de classe ouvrière quand il était très fort. Dans les années 50, on estime que les communistes pouvaient avoir jusqu’à 50 % du vote ouvrier, il était structuré autour des syndicats puissants. Mais il est évident que le Parti communiste n’a jamais été un parti de gouvernement comme l’était à la même époque les sociaux-démocrates.

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En France, le parti socialiste n’a jamais été la force de gauche institutionnellement chez les ouvriers après la seconde guerre mondiale. Si la CFDT a été proche du Parti socialiste, elle ne l’a jamais été organisationnellement, mais elle est un parti politique à elle seule. Il n’y a jamais eu en France de syndicats liés au parti socialiste contrairement à la Norvège. Le Parti communiste, lui, a un syndicat ouvrier lié avec lui. En Italie, par contre, la situation était semblable.

Encore une fois, ce qui permet, malgré un déclin important, aux partis sociaux-démocrates de rester dans le jeu, c’est qu’ils partent de très haut et qu’ils ont une implantation dans la société par l’intermédiaire de syndicats d’association qui fait qu’ils ont encore une quille et un électorat assez fidèle qui leur permet de tenir et de résister dans leur déclin. Cela leur permet de continuer d’être soit le premier, soit le second parti dans les élections et de pouvoir diriger un gouvernement. Il y a tout de même un déclin et même si le SPD est élu en Allemagne il n’aura pas un score extraordinaire pour lui et il profite du déclin de la CDU.

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