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Mais qu’a donc négocié la France en contrepartie de son silence sur la nomination qui fait scandale à Bruxelles ?
©FREDERICK FLORIN / AFP

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Mais qu’a donc négocié la France en contrepartie de son silence sur la nomination qui fait scandale à Bruxelles ?

Martin Selmayr, directeur de cabinet de Juncker a été précipitamment nommé au secrétariat général de la Commission, poste clé de l'institution, en février. Une promotion express qui a provoqué une fronde à Bruxelles.

Françoise Grossetête

Françoise Grossetête

François Grossetête est députée européenne (LR, circonscription Sud-Est) depuis 1994, vice-présidente du groupe PPE au Parlement européen, et secrétaire nationale à l'Europe du parti Les Républicains. 

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Atlantico : Ce lundi 12 mars vous avez déclaré, à propos du "SelmayrGate"​ - évoquant ainsi la nomination très contestée de Martin Selmayr au poste de secrétaire général de la Commission Européenne, "Nous avons fait campagne pour une Union enfin politique, où le politique prendrait le pas sur l’administration. Et voilà que, grâce à une mystification digne d’un régime totalitaire, des fonctionnaires non élus prennent de facto les rênes de l’institution au nez et à la barbe de nos 27 commissaires, prévenus en dernière minute et sans qu’ils aient eu leur mot à dire" ​tout en ajoutant "les institutions européennes n’appartiennent pas aux hauts fonctionnaires, mais aux citoyens européens. Les premiers sont là pour servir les seconds et non pas pour se servir eux-mêmes", selon des propos rapportés par Jean Quatremer, à l'origine de ce que nous pouvons appeler "l'affaire Selmayr". Alors que cette polémique prend de l'ampleur depuis plusieurs semaines, comment expliquer le silence du gouvernement français à ce sujet ? 

Françoise Grossetête : Ce n'est pas exactement ce que j'ai dit. Jean Quatremer a fait quelques interprétations auxquelles je ne suis pas totalement opposée, mais je n'ai pas fait de comparaison avec les régimes totalitaires, pour éviter de jeter de l'huile sur le feu.

Concernant le silence français, je me pose la même question bien évidemment. Je suis un peu surprise de ce silence là parce que j'ai toujours essayé de passer le message pour que justement la France soit beaucoup plus présente. Nous savons très bien que tout se passe en poussant des pions sur un échiquier et je trouve que la France est absente depuis trop longtemps dans les organigrammes des institutions européennes et notamment de la Commission. Ce silence français me surprend et me déçoit. Et comme je ne suis pas naïve, je me demande ce qui a été négocié en contrepartie. Mais je n'ai pas la réponse.

​Alors qu'Angela Merkel et Emmanuel Macron avaient initialement prévu de présenter un agenda de réformes de la zone euro les 22 et 23 mars prochains, cette présentation a été ajournée. Faut​-il voir dans le silence d'Emmanuel Macron sur l'affaire Selmayr, une "tolérance" sur les principes de "renouveau démocratique" pourtant défendus pendant la campagne électorale, qui pourraient découler d'une volonté de conciliation avec Berlin, Martin Selmayr étant réputé proche d'Angela Merkel ? 

Je ne sais pas si Martin Selmayr est si proche d'Angela Merkel. Lorsque j'entends mes collègues allemands, je vois qu'il a beaucoup d'ennemis, aussi bien à Berlin qu'au sein de la CDU. Il faut prendre cela avec beaucoup de pincettes. Il s'agit d'un homme assez libre qui pense surtout à sa carrière personnelle. Je ne suis pas certaine du tout qu'il soit si soutenu que cela par Berlin. Mes collègues allemands se sont exprimés avec virulence à son égard, et ils ont peut-être moins pesés leurs mots que je ne l'ai fait.

Quant aux négociations qui doivent être menées entre Emmanuel Macron et la Chancelière allemande, il est vrai que tout ceci est assez délicat. Il y a des propositions fortes qui ont pu être faites par le président Macron et qui avaient au moins l'intérêt de susciter le débat, et finalement d'obliger tout le monde à se repositionner. Il y a des propositions qui vont sans doute un peu trop loin, Angela Merkel n'est pas quelqu'un qui aime être bousculée. De plus, la situation en Europe est compliquée avec une Italie très affaiblie. J'espère tout de même qu'il parviendra, avec tact, à bousculer un peu les choses.

Cette déception dont vous parlez, et en reprenant les promesses de renouveau démocratique européen portées par Emmanuel Macron, ne constatez-vous vous pas un décalage entre les paroles et les actes du président, aussi bien sur la question du "Spitzenkandidaten" (désignation du président de la commission européennes par les électeurs) que son silence à propos de Martin Selmayr ?

Emmanuel Macron se confronte un peu à la réalité européenne. Je trouve très positif que nous ayons un président de la République qui soit pro-européen, cela change et c'est bien. Après, il faut savoir que cela n'est pas si simple. Le problème du "spitzenkandidaten" est un problème pour lui parce qu'il n'a pas encore de parti européen, ce qui rend la situation très compliquée pour lui. Mais il est vrai que tout le monde, tous les groupes politiques s'interrogent sur cette question de ce que fera le président Macron. Il peut déranger sur cette question mais ce n'est pas plus mal, il vaut mieux déranger dans une Europe ou tout est rapport de force. Néanmoins, il a ici une difficulté dont je ne sais comment il va la résoudre parce que nous y sommes très attachés. D'autant plus que je ne sais pas s'il a des relations "parfaites" avec Guy Verhofstadt du groupe libéral, ce qui laisse ouverte la question de "où" iront les candidats de la liste Macron pour les européennes.

Jean Quatremer laissait également entendre que Michel Barnier pourrait être le candidat "choisi" par Martin Selmayr pour la prochaine mandature, dans l'objectif d'en faire un "homme à sa main". Que peut faire le PPE pour se sortir de la situation actuelle ou Jean Claude Juncker et Michel Barnier sont tous deux pointés du doigt ?

J'attends de voir. Parce que Michel Barnier a montré sa capacité à être autoritaire et à surtout savoir être ferme quand cela est nécessaire. C'est un homme qui sait très bien s'entourer. Je fais beaucoup plus confiance en la capacité de Michel Barnier de ne pas s'encombrer d'un homme comme Martin Selmayr. Si Michel Barnier doit être, ce que je souhaite, le président de la future Commission, je peux vous dire que le premier acte symbolique de force et d'autorité qu'il devra montrer sera justement de mettre des gens proches de lui au sein de la Commission Européenne et au secrétariat général.

Une nouvelle crise européenne, d'ordre institutionnelle cette fois-ci, est-elle évitable ? Comment sortir l'Europe par le haut d'une telle crise ? 

Le Parlement reprend la main puisqu'il a hier décidé le 12 mars que la commission du contrôle budgétaire qui est compétente sur ces questions-là doit faire l'examen de cette nomination qui pose problème. À l'issue de cette enquête, il y aura des conclusions qui déboucheront sur une résolution du Parlement, et nous aurons un vote. Ce que je regrette, c'est que Martin Selmayr ne connaît pas les pratiques anciennes ou il y avait beaucoup plus de sens de la responsabilité et lorsque l'on déclenchait un problème aussi crucial que celui-là, le haut fonctionnaire décidait de lui-même de démissionner pour arrêter toutes ces polémiques. Malheureusement, Martin Selmayr s'accroche à son poste. Mais le Parlement reprend la main.

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