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Les créances douteuses des banques en Europe s'élèvent à plus de 800 milliards, un chiffre qui a doublé en cinq ans
Les créances douteuses des banques en Europe s'élèvent à plus de 800 milliards, un chiffre qui a doublé en cinq ans
©Reuters

Mauvaise surprise

Mais comment les créances douteuses en zone euro ont-elles pu doubler depuis 2009 ?

Le FMI s'est récemment inquiété de la situation du crédit en Europe alors que les créances douteuses des banques du Vieux Continent se porte, d'après les estimations, à plus de 800 milliards, un chiffre qui a doublé en cinq ans...

Pascal de Lima

Pascal de Lima

Pascal de Lima est un économiste de l'innovation, knowledge manager et enseignant à Sciences-po proche des milieux de cabinets de conseil en management. Essayiste et conférencier français  (conférences données à Rio, Los Angeles, Milan, Madrid, Lisbonne, Frankfort, Vienne, Londres, Bruxelles, Lausanne, Tunis, Marrakech) spécialiste de prospective économique, son travail, fondé sur une veille et une réflexion prospective, porte notamment sur l'exploration des innovations, sur leurs impacts en termes sociétaux, environnementaux et socio-économiques. Après 14 années dans les milieux du conseil en management et systèmes d’information (Knowledge manager auprès de Ernst & Young, Cap Gemini, Chef Economiste-KM auprès d'ADL et Altran 16 000 salariés, toujours dans les départements Banque-Finance...), il fonde Economic Cell en 2013, laboratoire d’observation des innovations et des marchés. En 2017, il devient en parallèle Chef Economiste d'Harwell Management.

Diplômé en Sciences-économiques de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (PhD), de Panthéon-Sorbonne Paris 1 (DEA d'économie industriel) et de Grandes Ecoles de Commerce (Mastère spécialisé en ingénierie financière et métiers de la finance), il dispense actuellement à Sciences-po Paris des cours d’économie. Il a enseigné l'Economie dans la plupart des Grandes Ecoles françaises (HEC, ESSEC, Sup de Co, Ecoles d'ingénieur et PREPA...).

De sensibilité social-démocrate (liberté, égalité des chances first et non absolue, rééquilibrage par l'Etat in fine) c'est un adèpte de la philosophie "penser par soi-même" qu'il tente d'appliquer à l'économie.

Il est chroniqueur éco tous les mardis sur Radio Alfa, 98.6FM, et chroniqueur éco contractuel hebdomadaire dans le journal Forbes.

 

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Atlantico : Comment expliquer que les créances douteuses aient pu passer du simple au double depuis 2009 en plein contexte de crise économique et de défiance généralisée ?

Pascal de Lima : Il y a plusieurs raisons à cela :

D'abord toutes les solutions de restructuration de dettes privées, que ce soit en Espagne, en Irlande ou en Allemagne ne sont pas significatives. Dans une période de croissance assez faible, de forts taux de chômage mais aussi et surtout de plans d'austérité, il ne faut pas trop s'étonner que de nombreux emprunteurs se retrouvent en situation de difficulté en l'absence de restructuration de plus grande ampleur (cela ne concerne pas la France qui fait un travail considérable à ce niveau).

On sait mieux chiffrer les créances douteuses. En réalité ces créances étaient latentes mais il fallait attendre un peu plus longtemps pour les voir apparaître au grand jour.

Les pays concernés connaissent une phase de rationalisation des processus bancaires à base de consolidations bancaires renforcées. Les créances douteuses interviennent après l'octroi de crédit c'est à dire ex-post et peuvent être considérées comme le pendant du surendettement en période de consolidations bancaires. On sait aussi que les consolidations bancaires à base de systèmes d'information de segmentation sélection exclues ex post certains clients du système d'élection au financement. On sait aussi qu'après la crise de la dette publique, il existe une crise latente de la dette privée qui apparaît aujourd'hui avec plus grande acuité.

Les "stress test" (évaluation bancaire) prévus pour les banques de la zone euro inquiètent beaucoup, notamment en Allemagne où la situation des banques fédérales n'est pas au beau fixe. Risque t-on de se retrouver face à une situation encore plus dégradée que ce que l'on craignait ?

A mon avis la réponse est dans la compréhension du stress test. Il faut considérer le stress testing comme un outil d'aide à la décision et pas plus. Le « stress testing » vise à simuler les conditions les plus extrêmement défavorables ou contraignantes que peut subir une banque afin d’en étudier les conséquences. Pour un pont d’autoroute, on fera stationner des semi-remorques chargés à bloc sur le pont pendant plusieurs heures. Pour une banque, on mélangera des dévaluations, des chutes de cours, des défauts de créances puis on étudiera l’impact sur les « coussins » de capitaux propres de chacune des banques. A la différence près que le poids des camions utilisés dans le test est objectivement déterminable, alors que les variations de cours et des taux subies par le portefeuille de la banque peuvent, au mieux, être estimées.

Or, par définition, une estimation ne peut être certaine. Les stress tests sont souvent fondées sur des hypothèses erronées ou mal maîtrisées et les méthodes de simulation développées ont révélé l’insolubilité de beaucoup de titres et produits présents (ou cachés) dans les bilans des banques, l’incapacité des banques à calculer le risque d'illiquidité et les corrélations entre risques différents et même d’ailleurs les corrélations intra-risques sur des catégories de clientèles différentes. En gros, c’est comme si les camions chargés de tester le pont transportaient des blocs de polystyrène libellés 15 tonnes. Il est juste de dire que le « stress testing » reste la meilleure méthode d’évaluation de la solidité des banques – à condition d’utiliser des hypothèses réalistes – mais ce ne doit certainement pas devenir un outil de communication visant à rassurer la population à propos de la solidité du système financier d’un pays, ou n’a-t-on toujours pas saisi, les pièges des promesses de la finance !

La crise de la banque franco-belge Dexia a eu des conséquences de long-terme, notamment sur les collectivités locales française. La zone euro pourrait-elle résister face à un nouveau choc de ce type ?

Tous les systèmes bancaires ne sont pas impactés de la même façon. le système bancaire français reste très sain. il faut voir dans les pays où le poids de la dette privée rapportée au PIB est très fort : Grande Bretagne (UE), Espagne, Portugal, pour la Zone euro...En Allemagne il faut ajouter son implication importante dans la crise du subprime par le financement d'actifs toxiques et la courroie de transmission d'un possible risque systémique par les petites banques coopératives (et non grandes comme le laisse entendre la Commission européenne dans l'analyse du risque systémique).

Quelles solutions se présentent face à une telle montagne de crédit toxiques ?

Pour les solutions macroéconomiques : il faut plus de croissance et que cette croissance dépasse le niveau des taux du crédit.

Au niveau bancaire il faut mettre en place des outils de prévention via des systèmes d'information qui détectent tôt des situations de risque à conjoncture donnée avec matrice de scénario macroéconomiques.

Le développement de la restructuration est absolument nécessaire ! restructuration du capital, des années, des taux d'intérêt etc..., une dose des trois pondérée et adossée à davantage de croissance et une politique monétaire accommodante avec inflation à la hausse (ce qui n'est pas le cas).

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