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Edouard Philippe, Richard Ferrand, François Bayrou et Stanislas Guerini, assistent à une conférence de presse après la réunion du bureau exécutif de LREM, à Paris, le 5 mai 2022.
Edouard Philippe, Richard Ferrand, François Bayrou et Stanislas Guerini, assistent à une conférence de presse après la réunion du bureau exécutif de LREM, à Paris, le 5 mai 2022.
©STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Pas une tête qui dépasse

Mais au fait, quel est vraiment le programme de la coalition macronienne pour les législatives ?

Dit autrement, les partis alliés de LREM ont-ils obtenu autre chose que des investitures ? Quels engagements politiques spécifiques propres aux sensibilités de chacun ont-ils obtenu du président de la République ?

Christophe Boutin

Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009) et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017), le Le dictionnaire des populismes (Cerf 2019) et Le dictionnaire du progressisme (Seuil 2022). 

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Atlantico : Le Parisien racontait que pour les législatives 2022, Emmanuel Macron jouait “la sécurité”. A-t-il voulu s’assurer qu’aucune tête ne dépasse dans sa future majorité ?

Christophe Boutin : Emmanuel Macron a en effet choisi d’envoyer au combat une partie de sa garde rapprochée, c'est-à-dire un nombre relativement important de ministres ou secrétaires d'État, de permanents de sa formation politique ou certains de ses conseillers proches. Il veut ainsi éviter bien évidemment le piège des « frondeurs », cette division de la majorité qui avait, on le sait, plombé une partie de la présidence de François Hollande. C’est aussi pour cela, en même temps que pour faire place aux alliés et ralliés, que certains élus LREM de 2017 seront écartés des investitures. Mais gageons que si un problème réel surgissait en cours de mandat, une quelconque affaire, financière par exemple, viendrait fort à propos permettre d’écarter l’importun.

La question est donc plus pour le Président celle du déroulement de son quinquennat que celle de la victoire de sa coalition, Ensemble, aux législatives qui viennent. Il pense en effet que le « barrage républicain », qui a joué au second tour de la présidentielle pour lui et contre Marine Le Pen, se fera, au second tour des législatives, contre la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (NUPES) menée par Jean-Luc Mélenchon. Ayant radicalisé Le PS ou EELV aux yeux des électeurs de droite, ceux-ci pourraient en effet ne pas s’abstenir, quand bien même leurs poulains auraient-ils disparus au premier tour, et « voter utile » contre les « islamo-gauchistes ». 

Quant au fait qu'aucune tête ne dépasse de sa majorité, on voit mal comment ce pourrait être le cas au regard de l'insignifiance abyssale des êtres interchangeables qui se succèdent auprès du Président. Ni parmi les chevaux de retour collectionnant les casseroles comme jamais, ce « vieux monde » éternellement recyclé mais jamais vraiment blanchi, ni parmi les jeunes arrivistes plus hologrammes que véritablement humains, clonés dans ce Sciences Po version Descoings devenu une sorte de « Village des damnés » parisien, aucun n’arrive à la cheville du Fregoli élyséen, et leurs egos les placent dès maintenant dans une logique d'affrontements internes pour se projeter sur 2027.

Au lancement du groupe Ensemble !, Edouard Philippe, président de Horizons a déclaré : « Nous sommes parvenus à un bon accord pour mettre en place le programme défendu par le président de la République. » Et d’ajouter : « Nous sommes ensemble parce que nous ne sommes pas identiques… sinon nous serions un seul. » Mais les différents partis de la majorité ont-ils vraiment fait valoir des différences idéologiques pour ces législatives ? Ont-ils obtenu des changements de programme ou leur accord n’est-il que purement électoral ? Le programme de ces législatives pour la majorité serait-il différent - et en quoi - s’il n’y avait pas le MoDem, Horizons, Territoire de progrès, etc ?

Tout est dit dans la formule d'Édouard Philippe : « mettre en place le programme défendu par le président de la République ». Point. Quand bien même ne sait-ton rien, ou pas grand chose, du programme macronien, tant la campagne présidentielle a été d’un vide sidéral sur ce point – on avait plus de confrontations de programmes dans les primaires LR !! –, il s’agit d’être unis derrière le Président. Et si les différents membres d’Ensemble ne sont effectivement pas identiques – l’un, qui dirige Horizons, a une barbe et est normand, l’autre, chef incontesté du MoDem, est plus âgé et béarnais, le troisième, qui pilote maintenant Renaissance, est chauve et aidé par un célèbre mutuelliste breton - et encore n’évoque-t-on pas ici Territoires de progrès, piloté par Olivier Dussopt, Agir, dirigé par Franck Riester, En commun, de Barbara Pompili, piloté par Philippe Hardouin, le Parti radical, de Laurent Hénart – ils ne seront cependant guère différents quand il s'agira d'appliquer au plus près les volontés présidentielles. 

Contrairement à ce qui s'est passé avec la formation de la NUPES, où il y eut non seulement une négociation sur la répartition des investitures, mais aussi sur le programme, cette dernière n'était absolument pas nécessaire au sein d’Ensemble, dont tous les membres communient dans un même progressisme : pas ici d’oppositions sur la laïcité ou le rapport à l'Union européenne. Ses différents partis sont des écuries politiques qui permettent des financements séparés, mais qui se retrouveront dans une même discipline de vote – et sans doute plus que la NUPES, malgré son futur intergroupe parlementaire. 

Plus globalement, ces législatives sont-elles marquées par une faiblesse des programmes politiques, tous bords confondus ?

Faiblesse, le mot est… faible. On chercherait en vain des programmes politiques dans des élections législatives que l'on pourrait qualifier « d'élections photos » tant nombre de candidats ne semblent trouver une légitimité qu’en posant sur leur affiche de campagne à côté de l’un des candidats à la présidentielle, Emmanuel Macron, Éric Zemmour ou Marine Le Pen par exemple. Une image comme d’autres de cette idée de « troisième tour » de ces législatives qui suivent immédiatement l’élection présidentielle, et si ce n’est pas illogique pour le RN et Reconquête, dont les candidats sont souvent peu connus car ces partis n’ont qu’une faible implantation locale, pour Renaissance cela traduit plus simplement le peu d’implantation réelle de son personnel politique.

Mais pas plus de programme chez LR ou chez les dissidents du parti socialiste ou d’EELV qui se refusent à rejoindre la Nouvelle union populaire, puisqu'il s'agira essentiellement alors de faire une campagne locale et non pas une campagne nationale. Ayant conscience, pour les Républicains par exemple, non seulement qu’une photo aux côtés de Valérie Pécresse ou Christian Jacob ne serait pas nécessairement un plus pour une campagne, mais aussi que l’image même de LR est dégradée, certains ont d’ailleurs choisi de ne pas mentionner leur appartenance et partent sous des couleurs qui peuvent être celles de leur région, comme dans le cas des candidats de Normandie conquérante, un regroupement lancé par Hervé Morin, président de la région, de candidats du centre et de droite qui « veulent défendre à l'Assemblée la Normandie et ses projets » - oubliant au passage qu’il s'agit d'une élection nationale, et que l'élu est élu dans une circonscription mais qui n'est pas l'élu d'une circonscription. Le « programme » de ces sortants qui ne veulent pas être sortis va consister dans tous les cas à tenter de sauver leur siège en rappelant aux chers-z-électeurs qu’ils ont distribué à Noël des cadeaux à l’Ephad et participé au méchoui des chasseurs ou à la tombola des pompiers. « Les tâches ménagères ne sont pas sans noblesse », dit le poète, mais il serait excessif de parler de programme politique national dans ce localisme au petit pied. Ajoutons qu’au niveau national ils se préparent à une « opposition constructive », c’est-à-dire, comme ils l’ont fait lors du précédent quinquennat, à valider tous les choix économiques libéraux par lesquels Emmanuel Macron met en œuvre la politique qu’ils n’ont pas osé mener quand ils étaient aux affaires, ce qui peut difficilement être présenté comme un programme quand on se dit être l’indispensable opposition à la toute-puissance présidentielle.

On ne reviendra pas sur Ensemble, dont le seul programme est donc de servir le progressisme présidentiel dans une fuite en avant dont les récents développements sur l’évolution de l’Union européenne donnent une idée inquiétante, sans pour autant que les choix nationaux ne soient clairs. Au Rassemblement national on tentera de surfer une fois encore sur une question du pouvoir d'achat devenue l'alpha et l'oméga de son programme, mais même si  l’état critique de notre économie mérite effectivement que l'on s’y intéresse, et si les difficultés auxquelles sont de plus en plus confrontés nombre de nos concitoyens demandent qu’on leur vienne en aide, cela ne saurait tout résumer. Reconquête a bien un programme national – et même « civilisationnel », - mais ses candidats, nouveaux arrivés en politique, sauront-ils le porter ? Reste le programme politique d’une gauche rassemblée derrière Jean-Luc Mélenchon, peut-être le seul vrai programme national avec celui de Reconquête, un programme de rupture à bien des niveaux (sociétal, économique…) et destiné à rien moins qu’à permettre, dans la lignée de ce populisme de gauche développé par Chantal Mouffe, de créer un nouveau peuple, en éradiquant ici la culture de l'ancien pour établir ce monde créolisé que le chef des Insoumis appelle de ses vœux.

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