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Philippe Tesson : "Le "made in France" est dans la droite ligne du discours du Front national."
Philippe Tesson : "Le "made in France" est dans la droite ligne du discours du Front national."
©Reuters

Marine Le Pen en soldes

Made in France : ce ne sont pas les idées du FN qui sont au cœur du débat, c'est la crise !

Marine Le Pen y voit une victoire idéologique, François Bayrou et Nicolas Sarkozy se sont engagés dans le débat sur la préférence nationale et le Made in France. Après l'immigration, l'insécurité ou la sortie de l'euro, le Front national est-il en train de devenir le centre de gravité de la vie politique française ?

Philippe Tesson

Philippe Tesson

Journaliste, fondateur et directeur du Quotidien de Paris de 1974 à 1994.

Chroniqueur habitué des studios de radio et des plateaux de télévision.

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Atlantico : Lorsque François Bayrou ou Nicolas Sarkozy abordent le sujet de la préférence nationale, Marine Le Pen jubile. Le Front National remporte t-il une victoire idéologique lorsque le "made in France" arrive au cœur du débat ?

Philippe Tesson : Le "made in France" est dans la droite ligne du discours du Front national. La préférence nationale, c’est un thème cher à Jean-Marie Le Pen qui a été repris par sa fille. C’est même un thème fondateur du Front national. L’actualité réveille ce sujet de manière exceptionnelle et du coup, tout le monde s’engouffre dedans. Ce thème a très longtemps été mal vu par la pensée conforme. Des recommandations en la matière, qui renvoient à des revendications nationalistes, ont souvent paru suspectes. Aujourd'hui, cette question est devenue un argument électoral, aussi bien dans la bouche de la droite que de la gauche ou même du centre.

Evidemment, Marine Le Pen revendique cette évolution comme une victoire idéologique de son parti. Elle se sent légitime dans son idéologie, dans sa logique, à penser que les faits lui donnent raison mais ce n'est ni plus ni moins que de la récupération en pleine campagne électorale.

La défense du "made in France" ne m'a jamais choqué, même si tout dépend dans quelle bouche on la place. Mais elle reste parfaitement relative. La mondialisation pose la question de ce qu'est le nationalisme industriel. Rares sont les produits à avoir une vraie identité française, pour des raisons évidentes. Il faut bien faire la part des choses : c’est un argument de campagne qui n’a en fait rien d’objectif.

Parler de préférence nationale, de sécurité ou d'immigration peut-il laisser imaginer que des tabous tombent et que le Front national serait en train de devenir le centre de gravité de la vie politique française ? 

Pas du tout. A mes yeux, ce débat est parfaitement opportuniste. Il n’est rien moins que le fruit d’une crise et d’un ressenti du peuple français dans une circonstance particulière. Il y a un ressenti populaire contre l’Europe qui est exploité à des fins électorales par des gens qui, il n’y a encore pas longtemps, voyaient dans l’Europe la solution à tous nos maux.

Il suffirait que la crise s’apaise, que nous revenions à une situation normale, pour que les discours d’hier reviennent sur le devant de la scène. La crise réveille beaucoup de pulsions, beaucoup de non-dit refoulé. L’idée de Nation était plutôt en déclin depuis des années. Le débat sur l’identité nationale dont on parlait il y a quelques mois, qui aurait pu être utile, a été esquivé pour des raisons de scrupules. Le gouvernement l’avait mal engagé mais il va peut-être falloir l’aborder un jour de manière objective.

Tous les partis peuvent-ils aborder ces thématiques avec la même sérénité ? Sont-ils égaux face à ce débat ?

Les Européens convaincus sont évidemment moins logiques dans un discours de préférence nationale. La crise les oblige à revoir leurs positionnements antérieurs. Dans la bouche de Marine Le Pen, "acheter Français", c’est un principe fondateur qui la rend légitime. Elle en profite. Pour des socialistes ou des libéraux actuellement au pouvoir, c'est moins évident. Mais il n’y a pas que l’extrême droite qui est à l’aise sur le sujet : Jean-Luc Mélenchon en parle lui aussi depuis longtemps.

Derrière cet opportunisme électoral, peut-on encore percevoir de réelles convictions ?

Il faut comprendre que ces contradictions entre convictions et contraintes imposées par la réalité existent. Il y a une vraie crise des idéologies. Les rapports de force à travers le monde font pression sur la France. Le poids des réalités, de l’engagement européen, des accords internationaux, diminuent la portée de la souveraineté nationale. Il y a un mouvement de l’histoire qui provoque des engagements contre lesquels on ne peut pas lutter. Ce mouvement n’est pas une ligne droite. Il y a des accidents et la crise en est un. Les positions des politiques ne sont qu’une soumission aux aléas de notre route.

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Propos recueillis par Romain Mielcarek

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