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Listes électorales : mais qui sont les Français toujours plus nombreux qui ne s'inscrivent plus ?
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Inconstance

Listes électorales : mais qui sont les Français toujours plus nombreux qui ne s'inscrivent plus ?

Les 3 millions de non-inscrits sur les listes électorales représentent un ensemble politique très varié sur le plan de la classe sociale, de l'âge, mais aussi de la région de résidence. Tour d'horizon d'un phénomène qui participe d'une désillusion politique française.

Yves-Marie Cann

Yves-Marie Cann

Yves-Marie Cann est Directeur en charge des études d'opinion de l'Institut CSA.
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Atlantico : Pour pouvoir voter en 2014, les citoyens français et de l’Union européenne doivent être inscrits sur les listes électorales avant le 31 décembre 2013. Une note de la fondation Terra Nova fait ainsi état de 3 millions de non-inscrits sur les listes électorales en France. Quelles sont les motivations, ou au contraire les non motivations de ces personnes qui restent en dehors de tout processus électoral ? Les chiffres risquent-ils d'aller en s'aggravant ?

Yves Marie Cann : Selon l’INSEE, 93 % des Français en âge de voter et résidant en métropole étaient inscrits sur les listes en 2012. Sachant qu’en France l’inscription sur les listes électorales se fait essentiellement sur la base du volontariat (seuls les jeunes âgés de 18 ans y sont inscrits d’office) et si l’on ajoute à cela le contexte de défiance à l’encontre des gouvernants, un tel niveau d’inscription mérite d’être salué et s’avère particulièrement réconfortant !

Ce niveau d’inscription, certes perfectible, témoigne d’un minimum d’intérêt des Français pour la chose publique et d’un attachement au suffrage universel.  D’ailleurs, une étude récemment réalisée par l’Institut CSA montrait que le vote est le seul moyen perçu comme efficace par une majorité de Français pour faire entendre sa voix, loin devant la manifestation ou la grève.

A contrario, le fait de ne pas être inscrit sur les listes électorales illustre fréquemment un détachement à l’égard des mécanismes démocratiques puisque les individus concernés se privent d’eux même du droit de voter aux élections. Il faut toutefois garder à l’esprit que le désintérêt pour la chose publique n’est pas la seule explication possible. Les règles françaises en matière d’inscription sur les listes étant assez contraignantes, le fait de ne pas être inscrits peut aussi résulter d’un "accident" ponctuel, notamment d’un oubli après un déménagement. Repousser le plus tard possible, c’est-à-dire au plus près des élections, la date d’inscription sur les listes électorales permettrait sans doute de limiter ce phénomène.

Les personnes qui ne s'inscrivent pas sur les listes électorales appartiennent-elles à une classe socioprofessionnelle particulière ? Quelles déductions en tirer ? L'âge entre-t-il en ligne de compte, et pourquoi ?

Avec 93 % des Français en âge de voter inscrits sur les listes électorales, les disparités observées s’avèrent minimes d’un point de vue statistique mais n’en sont pas moins significatives. Toujours selon les données de l’INSEE, le taux d’inscription progresse avec l’âge des individus : il est légèrement inférieur à 90 % chez les plus jeunes et culmine à 95 % environ à partir de 50 ans. Des disparités se font également jour en fonction de la catégorie socioprofessionnelle (les cadres étant davantage inscrits que les ouvriers et les employés). De même, il varie en fonction du niveau d’éducation, les sans diplôme étant moins fréquemment inscrits que les titulaires d’un diplôme supérieur au baccalauréat (respectivement 85 % et 96 % en 2012). Enfin, on observe que les habitants des zones urbaines sont moins souvent inscrits que ceux des zones rurales.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces phénomènes. Le premier d’entre eux est le degré de socialisation politique des individus concernés qui est, on le sait depuis longtemps, inégalement réparti au sein de la population. A cet égard, les catégories de population qui se disent les moins intéressées par la politique dans nos enquêtes (en particulier les sans diplôme et les couches populaires) sont fréquemment celles qui s’inscrivent le moins souvent sur les listes électorales. La mobilité résidentielle, particulièrement importante chez les jeunes, peut aussi influer sur le taux d’inscription : la probabilité d’être inscrit sur les listes électorales et d’autant plus importante que l’on n’a pas connu récemment un déménagement.

Entre un abstentionniste (i.e. une personne inscrite mais qui ne se rend pas au bureau de vote) et un non inscrit, le message est-il le même ? Peut-on envisager qu'une part des non inscrits cherchent également à manifester leur existence, justement en se maintenant à la marge ?

Il est difficile de quantifier le phénomène mais on ne peut effectivement pas exclure a priori que le fait de ne pas être inscrit sur les listes électorales soit un acte motivé politiquement, au moins pour certains individus.

En revanche, il me semblerait largement exagéré de placer arbitrairement un signe d’égalité entre un non inscrit et un abstentionniste. Au moins convient-il de distinguer les abstentionnistes systématiques, qui ne participent à aucune élection, des abstentionnistes par intermittence. Ainsi en 2012, ce sont "seulement" 12% des inscrits qui n’ont exercé à aucun moment leur droit de vote (9,5 % en 2007 et 13, 1 % en 2002), que ce soit à l’élection présidentielle ou aux élections législatives. Ces derniers, en n’exerçant pas leur droit de vote se rapprocheraient ainsi de la situation des non inscrits. Toutefois, il serait nécessaire de pouvoir observer les comportements des uns et des autres sur un temps plus long, supérieur à celui d’une année électorale, pour s’assurer vraiment de leur caractère de non inscrits permanents ou d’abstentionnistes systématiques.

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