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Libération des otages en Syrie : une piste turco-russe ?
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Nouvelle piste

Libération des otages en Syrie : une piste turco-russe ?

Moins d’une semaine après la libération des quatre journalistes français retenus pendant onze mois en Syrie, le scepticisme grandit face à la version officielle du gouvernement français. Des médias turcs évoquent une intervention diplomatique combinée entre Moscou et Ankara. Une piste crédible ?

Jean-Yves  Ollivier

Jean-Yves Ollivier

Jean-Yves Ollivier est un homme d’affaires français engagé depuis plus de quarante ans en Afrique qui, au-delà de ses activités commerciales, a entrepris de nombreuses médiations de paix.

 

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Les preneurs d’otages n’œuvrent jamais sans motivations précises. Qu’il s’agisse d’enlèvement ou de libération, leur logique est toujours identique : qu’ont-ils à gagner ou à perdre par leurs rapts ? Compte tenu de cette évidence, que j’ai plusieurs fois personnellement constatée notamment dans les années 1980 au Liban, la théorie officielle ne tient pas la route.

Il n’existe que trois leviers pour négocier avec des preneurs d’otages : des promesses, des actes (quelques fois sous forme d’argent) ou disposer de moyens de pression. Ces trois leviers nécessitent de surcroit dans l’immense majorité des cas, de pouvoir disposer d’un intermédiaire ayant peu ou prou la confiance de toutes les parties en présence. Or, pour le Quai d’Orsay  les djihadistes syriens ont libéré leurs otages sans intermédiaire, ni contreparties ! Après onze mois de captivité !

Si le scénario officiel contient beaucoup de langue de bois et peu de vérité, la presse turque en propose un autre qui mérite observation et pourrait donner un début d’éclairage aux dessous de la libération des journalistes français. Selon le journal économique turc Dünya, généralement bien informé, le groupe nucléaire russe Rosatom aurait été un acteur majeur des négociations.

Que viendrait faire un groupe public russe dans cette affaire ?Il faut tout d’abord rappeler que la Turquie contrôle la frontière septentrionale de la Syrie, où se situent les foyers de rébellion au régime de Bachar Al-Assad et d’où les djihadistes reçoivent leurs ravitaillements et leurs soutiens logistiques. Dans ce contexte, Ankara est par excellence l’intermédiaire à même de faire pression sur les preneurs d’otages.

Mais les relations franco-turques sont très fortement dégradées (et c’est un euphémisme) depuis des années par la question arménienne… D’où la difficulté pour Paris de demander directement à Recep Tayyip Erdogan d’intervenir comme l’ont fait par exemple les Espagnols pour faire libérer leurs ressortissants détenus par les mêmes groupes.

La Russie en revanche, qui aimerait bien faire oublier aux Occidentaux (et notamment aux journalistes) son intervention en Ukraine, a d’excellentes relations avec la Turquie où le groupe public Rosatom s’apprête à construire la première centrale nucléaire du pays, perçue en Turquie comme un important pas en avant économique.

Et Moscou, indéfectible soutien de Bachar El Assad, n’aurait pas pu intervenir directement dans des négociations avec des factions rebelles qui vouent Vladimir Poutine aux gémonies.

Et quand on sait que le PDG de Rosatom, Sergueï Kirienko, est un ancien Premier ministre russe et très proche de Vladimir Poutine, la connexion devient d’autant plus crédible. La presse turque évoque d’ailleurs des pressions de Rosatom auprès des autorités turques pour faciliter la libération des journalistes français.

Si rien n’indique que cette piste soit la bonne, elle a le mérite d’être cohérente avec la psychologie des groupes preneurs d’otage et les forces en présence dans la région. Si comme l’assure le gouvernement français, aucune rançon n’a été directement ou indirectement versé, les preneurs d’otages ont dû recevoir d’autres garanties pour accepter de se défaire de leurs otages.

Mais alors pourquoi le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a-t-il assuré que la Turquie n’avait pas œuvré pour la libération de nos compatriotes ? Pourquoi ne pas évoquer l’intervention russe ? Peut-être que ce coup de pouce est un peu embarrassant à l’heure du bras de fer ukrainien.

Toujours est-il que la vérité, quelle qu’elle soit, finira par se savoir au fil des semaines et des mois. Intervention russe, qatarie, ou autre, il est évident que les otages n’ont pas été libérés par l’opération du Saint-Esprit. L’avenir proche nous dira avec plus de certitudes ce qui s’est joué en sous-main.

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