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Un employé travaille près d'une chaîne de montage dans l'entreprise principale du constructeur automobile allemand BMW à Munich. Allemagne, 22 octobre 2021.
Un employé travaille près d'une chaîne de montage dans l'entreprise principale du constructeur automobile allemand BMW à Munich. Allemagne, 22 octobre 2021.
©Christof STACHE / AFP

Historique

Les ventes automobiles en Europe au plus bas depuis 20 ans : mauvaise ou bonne nouvelle ?

Seulement 9,7 millions de véhicules neufs ont été vendus dans l’Union Européenne cette année, selon les chiffres des constructeurs automobiles dévoilés le 18 janvier

Bernard  Jullien

Bernard Jullien

Bernard Jullien est économiste. Il est directeur général du réseau international Gerpisa (Groupe d’étude et de recherche permanent sur l’industrie et les salariés de l’Automobile).

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Atlantico : Les ventes automobiles sont au plus bas en Europe depuis 20 ans. Comment expliquer ce constat ? 

Bernard Jullien : Il y a déjà une explication immédiate : une partie des véhicules qui auraient dû être vendus n’ont pas été produits. On peut lier ce constat à la pénurie de semis conducteurs qui prive les marchés mondiaux de 10 à 12% des volumes produits jusqu’à présent. Cette seule tentative d’explication me paraît cependant insuffisante. 

D’une manière très structurelle, on remarque également de fortes contraintes réglementaires qui ne sont pas très stables, ce qui ne facilite pas le choix du consommateur. Il se demande s’il pourra toujours rouler avec son véhicule pendant les 10 prochaines années et, dans le cadre d’un achat de voiture neuve, si celle-ci ne perdra pas sa valeur avant une éventuelle revente. Dans ce cadre, de nombreuses entreprises mais aussi des particuliers préfèrent reporter leurs achats, ce qui n’est pas déraisonnable. 

Enfin, la gestion de la crise de Covid-19, particulièrement en Europe, a contribué à financer le chômage partiel. Dans ce cadre, de nombreux constructeurs voient leur volume de production en baisse, généralement de de 25 à 30 points par rapport à l’avant crise. Grâce au chômage partiel, cela devient supportable et les entreprises n’ont plus besoin d’aller chercher d’éventuels acheteurs. Les constructeurs peuvent donc choisir leurs clients et le volume de vente baisse. Tant qu’on ne sera pas revenu à une situation d’avant crise, la situation ne risque pas de revenir à la normale. On peut appeler cela l’effet des anabolisants commerciaux. 

Alors qu’une crainte inflationniste est redoutée depuis un peu plus d’un mois, je pense que les politiques budgétaires vont rester généreuse car la politique monétaire est accommodante. Il ne faut donc pas casser la reprise quand elle aura lieu. Selon moi, nous ne sommes pas face à une mutation structurelle du marché de l’automobile et les ventes vont repartir à la hausse lorsque les économies européennes retrouveront leur niveau d’avant crise.

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Ces ventes en baisse pourraient-elles mettre en péril l’industrie de l’automobile ? 

Les gros constructeurs et équipementiers n’ont pas de soucis à se faire pour le moment. Si certaines entreprises peuvent sembler en difficulté, elles peuvent pour le moment mettre leur situation sur le dos du Covid et donc survivre. Des éléments de la filière comme certains fournisseurs pourraient pourtant bien disparaître le jour où leurs salariés, souvent en surnombre, ne seront plus payés par le contribuable grâce au chômage partiel.

Peut-on y voir des conséquences néfastes sur d’autres secteurs ? Quel est l’impact économique de ces baisses ? 

L’industrie automobile est liée à de nombreux domaines. Les effets d'entraînement sont multiples et si on devait voir une baisse durable de l’activité automobile, de nombreux secteurs en souffriraient. C’est le cas pour le ferroviaire, l’aéronautique, la métallurgie, l’électronique de puissance, l’industrie informatique … Après la crise de 2009/2010 aux États-Unis, 11 unités d’assemblages ont été fermées et cela apparaissait comme un véritable cataclysme. Si une baisse importante de l’activité était observée, il faudrait également s’attendre à de nombreux mouvements sociaux. Pour le moment, l’impact économique reste très limité, même s’il est compliqué à observer. 

A l’inverse, peut-on y voir des effets positifs, d’un point de vue environnemental notamment ? Ces avantages sont-ils si évidents ? 

Quel que soit le point de vue adopté, il est très compliqué de voir des effets positifs à la baisse du nombre de ventes automobile. D’un point de vue environnemental, cela peut sembler vrai au premier coup d'œil mais ce n’est pas vraiment le cas. Ce n’est pas parce que le parc automobile vieillit que les individus roulent moins. De plus, cela pourrait ralentir le mouvement d’électrification que l’on observe actuellement et qui tend à diminuer les émissions de CO2. Enfin, les véhicules modernes polluent généralement moins que les anciens. 

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